‹ Les loisirs d'un campagnardChapitre 42 sur 51 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

Le mois de janvier chez les anciens. — Travaux des ehamps et des jardins. — Utilité de l'hiver.

Le ciel est gris comme une coupole de plomb; la terre est couverte d’un manteau de neige ; les arbres livrent aux vents aigres leurs noirs squelettes et tendent comme des bras suppliants leurs branches dénudées; les fleurs sont mortes; l’eau glacée est immobile entre ses rivages sans herbe ; il n'y a dans l'air ni chants d'oiseaux, ni bourdonnements d'insectes, ni parfum des fleurs; le soleil, quand il parait, ne reste que quelques heures à l'horizon. Voilà mon jardin l'hiver ; il m'offre le triste tableau des régions hyperboréennes.

Ah! janvier est un vilain mois pour ceux qui aiment les jardins, les bois, les beaux jours. Beaucoup de personnes, cependant, .apprécient le mois de janvier. C’est l'époque des bals et des soirées. Ce premier mois de l’année, que les Romains avaient consacré à Janus — Le dieu à deux visages dont l’un regardait l’année qui venait de finir et l’autre celle où l’on entrait — était alors comme aujourd'hui le mois des étrennes. On offrait à ce dieu, dans le

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cours de la première journée, un gâteau particulier nommé 7anual, des figues et du miel. On se souhaitait une heureuse année, les amis s’envoyaient des présents, et le soir on festoyait en l'honneur de Janus. Ce sont là de bonnes habitudes que l’on a eu soin de ne pas laisser tomber en désuétude.

L'hiver, d’ailleurs, n’est pas complètement dénué de charmes. Quand la bise hurle au dehors, quand les flocons de neige descendent de plus en plus rapides et serrés, combien le logis paraît hospitalier et cher, et le feu souriant. C'est le temps de la libre étude et du calme. Alors, je tisonne, je songe, je médite. Et puis ces plaines blanchies, ce ciel fermé, ces branchages nus festonnés de givre ne manquent pas d’une certaine poésie qui parle à l’âme, et dans ces longues et paisibles veillées on échange, au milieu des siens ou de vieux amis, ses idées et ses espérances.

Les travaux manuels ne sont pas complètement suspendus. Pendant que le cultivateur profite des quelques jours calmes pour labôurer les terres fortes qu’il destine aux récoltes du printemps, qu'il fume le sol, répare ses clôtures et ses outils, l’horticulteur ne chôme pas non plus. Il défonce les carrés et les couvre d’une couche d’engrais ; à moins de gelée, 1l plante ou taille ses arbres fruitiers, sème sur couche ou sous châssis des légumes hâtifs et des fraisiers ;

il taille ses rosiers, abrite les violettes et Les pensées, :

couvre de paille sèche les plantes de pleine terre et

les semis faits en automne, qui craignent la gelée.

Les rigueurs de l'hiver ne sont pas ques, comme on pourrait le croire, à l'éloignement du soleil; car les astronomes nous apprennent que cet astre est, au

contraire, plus près de la terre le 1‘ janvier que le:

{juillet de plus d'un million de lieues. C'est par la brièveté des jours, qui n’ont que huit heures de durée, et par la direction oblique des rayons solaires

que s'explique l’abaissement de température à cette

époque de l’année. Encore ces rayons nous arriventils difficilement à travers une atmosphère brumeuse, qui nous prodigue les brouillards, la pluie, la neige et les vents glacés.

Généralement, on accuse l'hiver d’être aussi peu utile qu'il est désagréable ; c’est là une erreur, et l’on méconnaît ses services dans nos régions tempérées. Chaque saison porte un caractère qui lui est propre; celui de l'hiver n’est pas d’être gracieux et agréable, mais d'être économe et réparateur. Dans cette saison, la nature se recueille; elle combine de nouveaux principes de fécondité pour le printemps. Le froid, qui est le principal agent de l'hiver, supprime tous las décors, défait les formes, efface les couleurs, fait taire tous les chants; mais il accumule au sommet des montagnes les glaces qui doivent alimenter les cours d’eau de l'été; il durcit et ferme le sol pour soustraire à l'influence du soleil, alors dangereuse, la graine qui vient d'être semée; il couvre le sol d’un manteau protecteur de neige. Alors la sève s'arrête,

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les végétaux sont plongés dans une sorte de léthargie, tout s'endort, L'hiver et le froid diminuent tellement les propriétés des plantes que, dans les régions septentrionales, on ne rencontre plus aucun poison végétal, et l'on voit les paysans russes manger 1mpunément des espèces de champignons qui, dans nos contrées, sont des plus vénéneuses. Pendant cet engourdissement des plantes, le principe vital n'existe plus que dans les graines ou dans les bourgeons; chez toutes, il est soigneusement enveloppé et garanti contre les pernicieuses influences de l’extérieur.

La vigilance de la nature s'étend également sur les animaux. Les plus délicats, avertis à temps par leur instinct, partent pour des climats plus doux; d’autres s’engourdissent et passent l'hiver, comme les plantes, dans le sommeil; le loir est rentré dans son trou; la taupe dans son terrier; la grenouille s’est enfoncée dans la vase de son marais; les chauves-souris sont suspendues en grappes aux voûtes des cavernes; la chenille, transformée en une momie lustrée, se cache sous le chaume; et l’araignée, artiste habile, se fabrique un fourreau de ouate soyeuse; et tous vont, dans un calme sommeil, attendre dans leur retraite le retour des beaux jours. D'autres, enfin, doués d’un tempérament plus robuste, reçoivent, à l’époque du froid, le vêtement dont ils ont besoin pour ne pas souffrir de ses atteintes, et leur

vêtement léger se change en une fourrure plus : 26

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chaude. L’homme seul reste abandonné à ses propres ressources; mais son intelligence et son industrie savent y suppléer. La nature lui ayant refusé ane chaude fourrure, il prend celle des autres.

Mais puisque l'aspect de la nature est si triste sur terre, en cette saison, occupons-nous de classer nos herbiers et nos collections, de mettre en ordre nos notes et de relire nos auteurs favoris.

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