‹ Les loisirs d'un campagnardChapitre 43 sur 51 · FÉVRIER · texte numérisé non relu

FÉVRIER

La neige. -- Le givre des hauts sommets. — L'avalanche.

Nous sommes en février. La terre est couverte de neige ; elle est enveloppée, comme disent les poètes, d’un blanc linceul ; image très poétique, sans doute, mais très fausse aussi; car la terre que couvre la neige n’est pas un cadavre; elle n’est pas morte, elle n’est qu'assoupie. Elle conserve le germe de la vie dans les graines et les racines des plantes et donnera, avec le retour du printemps, une nouvelle impulsion à la sève dont la circulation sommeille pendant l'hiver.

Puisque nous ne pouvons encore étudier les plantes, étudions la neige. Le sujet n’est pas dépourvu d'intérêt. Mais, d’abord, qu'est-ce que la neige? Si, lorsqu'elle tombe, vous en recevez des flocons sur un corps de couleur sombre et froid, sur la manche de votre habit, par exemple, et que vous les examiniez à la loupe, vous serez émerveillé des formes qu'ils affectent; ce sont des cristaux combinés entre eux de manière à former les figures géométriques les plus élégantes et les plus bizarres. Le plus souvent, et lorsque la température n’est pas très

basse, c'est une étoile à six rayons ; mais à mesure que le froid devient plus intense, à mesure que le mercure descend dans le thermomètre audessous de zéro, les cristallisations deviennent de plus en plus compliquées. Tantôt chaque rayon de l'étoile est régulièrement dentelé; tantôt c’est un hexagone d'où partent des rayons symétriquement disposés; tantôt, enfin, ces rayons partent d’une étoile centrale et semblent porter de petites flèches qui se dirigent en différents sens. Et, au dire des voyageurs, ces formes sont encore plus variées dans la neige des régions polaires.

Mais comment la neige se forme-t-elle? Les nuages qui lui donnent naissance se composent-ils de parcelles déjà glacées ? Sont-ils encore à l’état de vapeur vésiculaire? Comment se forment les flocons ? existent-ils tout formés dans les flancs mêmes des nuages, ou leur accroissement est-il dû au trajet qu'ils parcourent en quittant la nuée maternelle pour traverser les couches inférieures de l'air? Il faut avouer que la science ne sait encore rien de positif sur un phénomène qui frappe pourtant les yeux de l’homme depuis qu’il est au monde. Elle en est réduite à des conjectures, à des hypothèses. La plus répandue est que la neige doit son existence à la congélation des vapeurs aqueuses qui, saisies par le froid, passent à l’état solide, et que ces cristaux, nés au haut de l’atmosphère, déterminent, à mesure qu’ils descendent, la cristallisation des vapeurs te-

nues e en suspension dans l'air environnant. La neige n’est donc que de l’eau cristallisée par le froid.

Cristaux de neige.

Dans nos régions tempérées, la neige ne one que en hiver, et rarement e en très grande : abondance :

proche du pôle, il neige en tout temps. Le sommet des hautes montagnes est toujours couvert de neige, la température ne s'y élevant jamais suffisamment pour en opérer totalement la fusion. Que l’on marche vers le pôle ou que l’on s'élève sur une haute montagne, on observe les mêmes phénomènes.

C'est vraiment un spectacle curieux d'examiner les effets de la température sur les productions de la terre : à mesure que la température s'abaisse, la végétation diminue de vigueur, languit et disparaît bientôt. Ainsi dans ces vallées, dans ces plaines si riches et si belles, les arbres élèvent et balancent dans les cieux leurs cimes verdoyantes ; la température y est en rapport avec la force de la végétation ; elle est très élevée; mais à mesure que nous montons vers la montagne, les arbres diminuent de. vigueur; chaque pas que nous faisons en montant change les dimensions des produits de la terre; ces beaux arbres si frais et si majestueux, que nous admirions tout à l'heure, sont remplacés par des arbustes qui ne dépassent plus la taille de l'homme; l bientôt ces arbustes eux-mêmes ont disparu de la -2 surface du sol, où l’on ne voit plus que des plantes | herbacées répandues çà et là; enfin l’œil étonné n'aperçoit plus aucune verdure, aucune apparence de végétation; les neiges seules recouvrent alors la montagne. Certes, rien n’est plus curieux que ce spec- . tacle, et il n'apparaît dans aucun pays avec plus de singularité que dans les Andes, au milieu de la zone

torride, où l'habitant du bord de la mer ne connait ni la gelée, ni la neige, et où le voyageur de la montagne ne voit que glaciers et neiges perpétuelles,

Le refroidissement progressif des régions boréales s'explique naturellement par l’éloignement du soleil et par l'obliquité de ses rayons; mais il semblerait, à première vue, que, le sommet des montagnes étant plus rapproché du soleil que les plaines basses, la température y devrait être plus élevée, tandis que c’est le contraire qui a lieu. Lei, le phéno- mène est dû à une autre cause.

L'air est pesant et, en raison de son poids, il repose sur la terre, qu’il comprime de tous côtés ; les couches supérieures pesant sur les inférieures, cellesci sont beaucoup plus denses, et plus on s'élève, plus l'air est léger. Or, plus l’air est dense, plus il retient la chaleur solairé. L’atmosphère, en retenant dans ses couches inférieures une grande partie des rayons calorifiques qu’elle reçoit du soleil, y maintient une température bien supérieure à celle des régions élevées, dont l'air raréfié s’échauffe à peine. C’est ce qui explique pourquoi, même sous l'équateur, les hauts sommets sont couverts de neige.

Quand je dis de neige, je devrais dire de givre, car les hauts sommets des montagnes s'élèvent souvent au-dessus des nuages, et la neige provient toujours de ceux-ci. Des expériences répétées ont démontré que la température décroit à mesure que l’on s'élève au-dessus du niveau de la mer, d'environ

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1 degré par 180 mètres. Ainsi, en supposant que près du sol le thermomètre marque zéro, transporté au sommet du mont Blanc, il descendrait à 26 degrés au-dessous de glace. Mais la direction des vents, leur vitesse, l'état du ciel viennent souvent troubler la régularité de cette loi.

Chacun à pu remarquer que si, pendant l’été, l’on monte de la cave une carafe pleine d’eau, sa surface extérieure se couvre immédiatement de gouttelettes liquides, bien que l’air ne semble pas humide. Si la carufe était plus froide, ou mieux, si on l'avait remplie de glace, au lieu de gouttes liquides, ce serait une poussière blanche, comparable à du givre, qui recouvrirait le eristal.

Tout cela n’est que le résultat de la condensation de l’eau contenue d’une manière invisible et permanente dans l'air, qui la dissout en quantité d’autant plus grande qu’il est lui-même plus chaud. La montagne joue le même rôle que la carafe vis-à-vis de l’atmosphère tiède de l’été, quand l'air, échauffé dans les régions basses de la terre, et devenu plus léger, monte et passe dans son voisinage, refroidi brusquement à son contact, il abandonne à sa surface, sous la forme de névé ou givre, une partie de l’eau qu'il contient, et en même temps il s’y refroidit. Ce n’est done pas la neige proprement dite qui blanchit les plus hauts sommets, car souvent ils dominent les nuages; c’est une substance aussi blanche, mais infiniment plus fine et plus mobile, sorte de sable glacé que les

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