LALA
dans les rameaux à fruits, la merveilleuse métamorphose s’est faite ; le sauvageon s’est civilisé, il a perdu ses épines et remplacé ses détestables petits fruits par des poires à chair fondante et parfumée. De même avec le pommier et les autres arbres fruitiers, qui font aujourd’hui nos délices ; de même avec la vigne, dont les grappes primitives ne dépassent pas en volume les baies de sureau ; de même enfin avec le blé, obtenu à force de soins de quelque pauvre gramen aujourd’'hui inconnu. Mais la plante se préoccupe fort peu de nos intérêts; elle vit pour elle et non pour l'homme et s'efforce autant qu’elle peut de retourner à son état primitif, à la liberté, et d'échapper aux tortures de la taille, aux ennuis de la greffe, au supplice du palissage. Et lorsqu'elle ne peut s'affranchir ellemême, elle inspire à ses descendants des idées de révokte, et les arbustes qui naîtront de ses graines tenteront de revenir à l’état sauvage, si le jardinier n’y apporte une attention incessante, un travail assidu.
Il en est de même des fleurs, que nous transformons et modifions au moyen d’un sol substantiel,
d’arrosages fréquents, de tailles habiles. Les étamines
gonflées d’une sève surabondante se transforment en pétales ; nous les doublons, nous les engraissons en quelque sorte comme les oies et les canards.
Pour le botaniste, ce sont des monstres, monstres charmants, il est vrai ; mais pour le jardinier ce sont les seules vraies fleurs qui récompensent ses soins par un parfum plus suave, un coloris plus vif, des
formes plus riches. En réalité l'homme n’est pas le maître de la nature, il n’en est que le tyran ; mais aussi comme elle se venge !
Loin d'accepter avec docilité les réformes que l'homme lui impose et de le laisser jouir en paix des biens qu'il est parvenu à conquérir sur elle, la nature est toujours prête à éclater en soudaines violences et à lui ravir le fruit de ses efforts. Tantôt ce sont des pluies excessives contre lesquelles il est sans ressources, tantôt des débordements de rivières, tantôt des sécheresses, tantôt la grêle, la gelée; puis les épidémies ou même l'incendie, fléaux dévastateurs qui enlèvent à l’homme le produit de son industrie et de ses labeurs ; ses champs sont ravagés, ses troupeaux détruits, et, menacé des horreurs de la famine, il erre avec désespoir dans ces campagnes sur lesquelles la nature vient de ressaisir momentanément son empire. Et n'a-t-elle pas encore les ouragans, la foudre et les tremblements de terre, puissances formidables, sans cesse armées contre nous, qui nous tiennent constamment en éveil et nous rappellent cruellement que l'homme n’est pas le maître de la nature ?
Gelées d'avril. — La lune rousse ; les prévisions du temps.
Au printemps, la température est douce et les travaux moins fatigants que sous le soleil embrasé de juillet et d'août: mais c’est une saison dangereuse et angoisseuse pour le pauvre jardinier. S'il veut avoir