LK8 L0L
'arrivée de notre jonque est-elle un événement». . . «Nous touchons au pays des Lolos, tribus aborigènes qui habitent le sud-ouest du Se tch'ouan et le nord-ouest du Yun nan. Il y a, dit-on, à P'ing-chan bien plusieurs Lolos qui résident là en qualité d'otages ».
Le lieutenant de yaissean Houbst dans son levé du Hant Yangtseu kiang écrit à pen près dans les mêmes termes que le P. Gheyalier: <P*ing chan hien est une petite sous-préfecture, bâtie au pied d'un groupe de montagnes sur un plateau bas dont elle ne couvre qu'une partie, ville morte sans grand commerce, terminus de la navigation commerciale proprement dite» ^).
Au delà de P'ing chan, on passe Fou-kouan, village de la rive droite, marqué ear la carte chinoise de M. de Vaalserre, séjour du mandarin en second, douane et bac.
«Les jonques légères ne dépassent pas Fing-chan; elles peuvent à la rigueur aller jusqu'à Tso-t'an, mais la desœnte est très hasardeuse, les embarcations un peu fortes étant in gouvernables à cause des tourbillons et des contrecourants qui les lancent en tous sens». ')
M. de Yaulsbbbb, Membre de la Mission française d'exploration
en Asie centrale qui avait pour chef M. C.-E. Bonin, partit de
Soui-fou le 8 juillet 1898, avec trois annamites, un petit interprète
de seize ans, huit montures ou animaux de bât et trois palefreniers
chinois. Il remonta le Fleuve Bleu jusqu'à la hauteur de Ta-li fou dans le Yun nan sans s'écarter de son cours.
Sa mission consistait à relever le fleuve dans cette région qui n'avait été traversée jusqu'alors que par Francis Garnier et Baber, et à recueillir des renseignements sur la contrée du Se-tch'ouan
2) No. 868. — Instruetioua nautiques — Chinb — Haui Tang^H4tUmg 9Ù Affiuewtê, Paris, 1904, in-8, p. 144.
HIHRI OORDIBB.
appelle le Leang chan (Montagnes froides) habitées par les populations Lolos qui dans ces régions jouissent encore de leur indépendance. n arriva à Ta-li, le 9 novembre suivant muni de ses travaux topographiques et de deux cartes chinoises du Leang chan qui ont été déposées à TEcole des Langues orientales vivantes. Je place les documents réunis par M. de Vaulserre au nombre des plus importants qu'on nous ait rapporté sur la région habitée par les Lolos. Après avoir quitté M. Bonin, M. de Vaulserre a accompagné dans ses explorations M. André LicLiBB, Ingénieur en Chef des Mines, qu'il a rejoint à Ta-li.
La carte du Ta Leang chan a été traduite par le P. Pabmintisb ^), des Missions étrangères. Mais la traduction des légendes des deux cartes, ainsi que la plupart des inscriptions faites sur la carte des districts chinois avec leurs explications a été l'œuvre de M. Yissière.
Origine des Lolos.
Voici ce que dit le P. Vial de l'origine des Lolos:
«Les Lolos se disent venus de la région située entre le Tbibet et la Birmanie, et tout au commencement de leur histoire ils placent douze patriarches qui leur auraient appris la manière de se vêtir, de travailler et de vivre.
«De ces douze patriarches l'un surtout est resté dans la mémrâre de ce peuple primitif, comme protecteur insigne. Ds l'adorent, je le dirai plus loin, sous le nom de Pou^ ainsi que son épouse sous le nom de JVb. Dans la tradition du déluge, les Lolos parlent du mont Mauto d'où ils seraient partis. Sous quelle forme ont-ils débouché au Yun-nan? Leur tradition est muette; mais il est vraisemblable qu'ils étaient conduits par les chefs de famille ou tribus; peutêtre même n'étaient-ils que deux l'un appelé Blanc (tou), l'autre appelé Noir (na); c'est, pour moi, le seul moyen d'expliquer cette tradition qui divise les Lolos en deux espèces, les blancs et les noirs.
«D'après une veraion indigène, ceux-ci seraient descendus de trois frères; mais les descendants du plus jeune se seraient confondus avec les deux autres frèi'es.
]) JeanF-Bapiitta Sért^kin Nieoku Parmentier, dn diocèse de St. Dié; parti 18 novembre 1899»
628 LB8 LOLOS. 29
«Ce qui est constaDt, c'est que ]e blanc était Tainé et le noir le cadet; mais par une interversion inexpliquée, les descendants du noir ont formé la tribu patricienne appelée napou^^ et les descendants de l'ainé sont devenus les ser6 de l'autre, tout en se subdivisant en un grand nombre de tribus (naseu^ ko^ kotou^ gniâou, gni^ cuhi^ adje^ etc.).
«La tradition rapporte que les Lolos étaient soumis à dix-huit seigneurs ou midzemou à qui le peuple payait une redevance annuelle; quant au bien foncier il appartenait à celui qui le cultivait. C'est encore actuellement le régime de la propriété chez cette race; en sorte qu'un seigneur peut aliéner la redevance qui lui est due, mais il ne peut pas aliéner le fond qui ne lui appartient pas. Plus tard, ces dix-huit seigneuries furent obligées de reconnaître un chef ou roi sous le nom de gnemou\ ce roi résida où est maintenant la capitale de la province, à Yun-nan-sen» ^).
M. d'ÛLLora écrit dans son Rapport:
«Sur l'origine de cette race, qui a été l'objet de tant d'hypothèses hardies, j'ai rassemblé des données fort intéressantes, mais je suis loin de les trouver décisives. Je n'avais pas emporté de Yun-nan sen mes instruments de mensuration, sachant bien que je ne pourrais les utiliser au cours d'une exploration qui excitait déjà suffisamment les défiances des ombrageux indigènes. A défaut de ces mesures, les observations que j'ai pu rassembler ne permettent encore que des théories plus ou moins hasardeuses; sur ce sujet capital je vais tâcher d'obtenir un résultat définitif car je suis midntenant en mesure d'effectuer utilement ces recherches».
Noms des Lolos.
An sujet da nom Lolo^ Babbb ') remarque qu'il est une injure, d'origine cldnoise inconnue, qui ne devrait pas être employé dans leur présence, quoi qu'ils l'excusent et parfois l'emploieront même en cas d'étrangers ignorants. Dans un rapport du Gouvernear Général Lo Ping-tchang, ils sont appelés F ^ , le terme usité par les Chinois pour les Européens. Eux-mêmes n'ont aucune objection a être d&ignés T'kia (Familles F), mais ce mot n'est pas leur nom indigène. Près de Ma pien, ils s'appellent eux-mêmes £o-
1) JL e.f p. 1.
S) Zb e,, pp. 66—7.
30 HBNBI COBDIBR. 624
80u; dans le voisinage de Leî-po t*ing, leur nom est No^sou on Ngo-sou (il est possible qne ce ne soit qn'nne simple yariante de Lo'8ou)\ près de Honei-li tcheon» on emploie le terme de Li-aou.,^ Les tribns soumises sur la rivière T'ong, près du Mont Wa, se nomment elles-mêmes Ngo-sou, J'ai constaté qne ces dernières parlaient très, irrévérencieusement des Lé^sou^ ce qui indique une différence intérieure; mais il ne peut y avoir de doute qu'ils sont de même race, et parlent la même langue, quoiqu'avec de petites différences de dialecte
«Le mot «Os noir» est généralement employé par les Chinois pour désigner les Lolos indépendants, mais dans la bouche d'un Lolo il parait signifier un «homme libre» ou «noble», dans un sens qui n*est pas plus absurde que le sang bleu des Européens. Les «Os blancs», classe inférieure, mais cependant Lolo de naissance, sont, autant que j'ai pu le comprendre, les vassaux et les suivants des patriciens — en somme, le peuple. Une troisième classe consiste des Wa-tseu^ ou esclaves, qui sont tous des Chinois prisonniers. Il ne semble pas que la classe servile soit subdivisée, mais, en tous cas, les esclaves nés dans le pays des Lolos sont traités avec plus de considération que ceux qui ont été capturés dans les chasses aux esclaves».
M. Bons d'Anty, marchant du Mont Omei vers le nord du massif des Lolos en suivant la route du T*ong ho, aperçut vers le sud la masse du Ta Leang chan et fait les remarques suivantes: «Combien tentantes sont les énigmes géographiques, ethnographiques, etc., que nous pose cette contrée mystérieuse où le pied des Européens n'a pu encore se poser, où les Chinois ne pénètrent qu'en qualité d'esclaves des farouches «Chevelures brunes» (traduction du nom ethnique particulier que se donnent les Lolos Noirs, nom inexactement rendu par Baber sous l'appellation incompréhensible d'0« iVbtr^, «Black bones»).
«Le 5 mars [1904], traversant le Tong-ho en aval du marché de Fou-lin, nous quittions la terre chinoise et foulions le sol du pays lolo. Depuis plusieurs jours, déjà, il était facile de constater que les habitants des contrées traversées n'étaient chinois que de nom: des détails de toilette (surtout chez les femmes)
626 LES LOLOS. SI
rindiquaient extérieurement; puis, les façons hospitalières, la générosité et la franchise des gens étaient si différentes du caractère et des dispositions auxquels nous ont habitués les Chinois! Sur la live droite du Tong-ho, le Lolo a conservé toutes ses caractéristiques, son costume, ses moeurs et sa langue. Nous avons passé là trois journées inoubliables dans un village dont les habitants nous firent fête. Il ne faisait pas chaud, à ces altitudes, dans des gorges balayées par le vent, dominées par des calottes de neige. Mais on s'asseyait autour du foyer, devant la jarre de vin qui se vide au moyen d'un siphon primitif et bientôt les chants, les petits jeux innocents, élevaient la température au propre comme au figuré. Quels braves gens que ces Lolos .... nous nous souviendrons toujours de leur accueil si cordial.
«J'ai pu constater que, comme au Yun-nan, on englobe ici sous cette appellation des races entièrement différentes. Le vrai Lolo, la «Chevelure brune» est un homme de très haute taille, au nez proéminent très effilé, au visage allongé avec un menton bien marqué; chez les femmes, la face a un joli ovale et la peau est duvetée. En opposition avec cet élément vraiment noble comme physique, se présentent les pygmées trapus dont je vous parlais dans ma dernière lettre, comme constituant probablement le plus ancien &cteur ethnique de 'Indo-Chine. Des photographies vous donneront une idée du contraste qu'offrent ces deux types.
«Les Chinois commencent à s'infiltrer dans cette orée du pays lolo. Ils ont déboisé la montagne, où la lixivation pluviale a commencé son travail de désintégration aussitôt. Il en résulte un paysage de pans dénudés, zébrés de lézardes ou de plaques d'érosion; on voit là des tons et des oppositions de nuances du plus haut pittoresque dès que l'œil s'est fait à l'aspect morne et désolé du canevas. De distance en distance, dans une vallée où des croupes étagées se couvrent de riches verdures: rizières, cannes, arbres à cire, etc. Le climat est celui du Kien-tchang, chaud et sec l'automme et l'hiver, pluvieux le reste de Tannée.
Le gouvernement chinois se cache dans ces régions derrière les Bannières mandchoues. Ce fait n'a pas encore été signalé, je crois; les soldats chinois, les milices bourgeoises du pays elles-mêmes, ne portent que des inscriptions en langue mandchoue sur leurs uniformes et toute cette organisation des confins et des marches dépend du maréchal tartare de Tch'eng Tou. Il est certain qu'il doit y avoir là une sorte d'amorce tendue aux aborigènes», i)
Je ne suis pas sur que M. Bons d'Anty ait raison dans sa rectification du nom donné aux Lolos par Baber. Devéria note que: «Cette expression d*os blancs et d'os noirs se retrouve chez les
l) La Géographie, 15 nov. 1904, pp. 819—820.
82 HIKEI OOBDIIE. 626
Eirghiz de l'Asie centrale. L'ouvrage intitulé Cheng vou ib' lË ^ fB désigne les Lolos sous le nom de He-houa ^ ^ au lieu de He^^kou
D'autre part le P. Yial qui Habite le Yun-nan écrit:
«Les Lolos eux-mêmes n'ont aucun terme pour se désigner d'une &çod générale. 11 n'existe chez eux que des noms de tribus. Ces noms de tribus ont dû ètra anciennement des noms de familles donnés dans des circonstances maintenant oubliées». S) Et encore: «Le mot «Lolo» est mal reçu; quand on s'adresse à un indigène en chinois, il faut l'appeler «Lao-pen-Kia». >)
Plus tard^) le P. Yial, d'après une lettre de son confrère M. MARTiVf trouve une explication du mot Lolo:
«J'ai dit que ches ce peuple, il existe une tribu patricienne, une classe élevée d'où sortent tous les che& et presque tous les propriétaires. Les Chinois les appellent des Hee-y^ c'est-à-dire tribu noire. Dans le nord où habite mon Confrère, cette tribu s'appelle elle-même No\ dans le sud, au Yun-nan, elle se nomme Na, Lorsque les Chinois, en s'avançant graduellement du nord au sud, rencontrèrent cette race nouvelle, qui alors occupait le Se-tchoan et le Yun-nan, ils n'ont pu prendre contact avec elle que par l'intermédiaire des Chefs. Ce contact s'étant tout d'abord produit dans le nord, c'est là que les Chinois ont dû apprendre le nom de ceux contre qui ils luttaient. Comme les Chinois n'avaient à leur disposition que les sons de leur propre langue, ils ont écrit le mot No d'une manière approchante et l'ont doublé par euphonie. C'est ainsi que les Chinois ont inventé le mot Lolo, Spécial à une tribu, ce mot est devenu l'appellatif de tout un peuple».
Mr. BouRNB écrit {Report^ p. 88): «Le nom ancien chinois pour cette race était «Ts*ouan Man» — «Barbares Ts'ouan> — nom pris d'un de leurs chefs. La Topographie dit: '«Le nom de Ta'otAan Man est très ancien, et à l'origine les tribus Ts'ouan étaient très nombreuses. Il 7 avait celle appelée Lou-lou Man par exemple, maintenant improprement nommée Lo-lo. Ces peuples s'appelaient eux-mêmes Nersu:^.
1) La FroitHèrâ tiuo-^mMëmite, p. 147, note.
S) La Loloi, 1898, p. 28. 8) laid., note. é) lUd^ p. 69.
Manuscrits Lolos.
 ma connaÎBsanoe, le premier maniucrii enToyë des régions w. Umaj que les Lolos habitent est celai qui me fat expédié à Chang-hai vers 1872 par M. William Mbsnt, général an serrioe chinois, alors en résidence à Eonei-yang, capitale de la proTince daKonei-tcheon; c'était an petit in-folio recoayert de peaa de chèvre, le plus considérable qne j'aie tu, et qoi ofiait cette particalarité d'être orné de figures rehaussées de couleur rouge; je déposai le MS. dans la Bibliothèque de la Société asiatique de Ghang-haï; quelques années plus tard, désireux d'en faire fiûre une copie, je demandai qu'il me fût envoyé en France; le précieux MS. avait disparu, ei malgré toutes les recherches, il n'a pas été retrouvé depuis.
En 1885, Mr. Charles Gk)ULo publiait à Londres un volume intitulé Mythiccd Monsters dans lequel il donna pp. 256 — 258| trois figures, la première accompagnée de caractères lolos qui, dit-il, sont des fisMSsimiles d'un manuscrit in-folio en possession de J. Haas, vice-consul d'Autriche-Hongrie à Chang-Haî. «Ce volume unique est à présent, malheureusement, inintelligible. Il provient des limites occidentales de la Chine, et on croit qu'il est un exemple de la langue écrite lolo, qui est la langue des tribus aborigènes de la Chine» • Or Haas m'a remplacé comme bibliothécaire de la North China Branch of the Royal Asiatic Society et devenu Consul-général s'est noyé accidentellement le 26 juillet 1896, à P'ou ton, l'une des Tchou-san, et je n'ai aucun doute que le manuscrit de Mesny a dû rester parmi ses papiers personnels à moins qu'il ne l'ait prêté à une tierce personne qui aura négligé de le rendre.
Sur ces entrefaites, le P. François Louis Victor Crabouillbt, GnboiiiU«t des Missions étrangères de Paris, missionnaire au Se tch*ouan étant venu k Chang-hai, je lui communiquai le manuscrit et je fis d'après ses notes en 1876 à la Société asiatique de cette ville une commu-
HBHRI OOSDIBR.
nication en anglais sur les Lolos du Se-tch'oaan ; je n'ai pas publié cette conférence car elle n*est qae la substance des articles que le P. Orabouillet a publié lui-même dans les Missions Catholiques (Y, 1873, pp. 71—2, 04—5, 105—7) d'après des lettres adressées à sa famille en juin 1872.
Le P. Crabouillet écrit:
«Le type lolo, plus expressif que le type chinois, a les traits du visage assez réguliers et les formes vigoureusement constituées. Ce qui le dépare, c'est un certain air de sauvagerie, rembruni par la malpropreté.
Les Lolos s*épilent la barbe par coquetterie, eux qui pourtant ne se lavent jamais, et laissent crottre leur chevelure, qu^ils tressent et ramènent sur le haut du front, en chignon pyramidal. Cette espèce de corne chevelue est enroulée dans une bande de toile; elle leur donne un aspect pittoresque, même martial, au dire des Chinois.
«Une ample limousine de feutre grossier, tombant à la hauteur des genoux, leur fait, à cause de sa raideur, un volumineux boursouflement. Le pantalon se lifurque en deux larges sacs, et s*omemente, à l'endroit qui couvre le fémur postérieur gauche, d'une petite pièce ronde en toile rouge ou verte. Comme les bas et les souliers gêneraient la peau durcie de ces barbares, il est de mode de n'en foire jamais usage.
«Les femmes ont un chapeau de feutre noir, dont les bords tiennent lieu de parasol et de parapluie. Elles portent une espèce de casquette plate, étoffée et dépourvue de visière ; un collier surchargé de clous d'argent ou de verroterie, lequel ne fait qu'un avec la chemise; un jupon du plus mauvais goût leur tombant flasquement à mi-jambe. Les femmes riches se font une jupe composée de morceaux de toile, où la variété des couleurs rappelle la mise d'Arlequin. Sur le côté, à la hauteur de la hanche, pend une blague à tabac, de forme oblongue et pointue; là encore, la bigarrure du coloris contraste avec le teint huileux des matrones aux pieds nus. Des pendants d'oreille en argent, dont le poids fait toute l'élégance, tombent jusque sur les épaules et complètent à peu près la liste de leurs vêtements et de leurs atours».
Au sujet de la religion, il remarque:
La religion est celle des sorciers; «la divinité, objet d'une grande vénération, est un certain Ou-lang, le premier des humains et l'inventeur des céréales; il fut aussi, disent-ils, un célèbre tueurs de bètes fauves. Pour le représenter, pendant les sacrifices, ils fichent en terre un bâton sur lequel ils jettent un vêtement quelconque». Les bonzes remplissent Toffice de médecins et se contentent de faire des exorcismes, tout mal, selon les Lolos, venant des esprits
629 iiBs LOLOa, 35
malfaisants. «Les Lolos ont une idée vague de la vie future: après la mort, rame s'envole au ciel, et s*y attache sous la forme d'une étoile. Us savent qu'un déluge a submergé autrefois le monde, et ils prétendent que leurs ancêtres s'y sont soustraits sur le mont Polo». Ils se divisent en une multitude de petites républiques ou tribus indépendantes». Chaque Emilie a pour chef direct et absolu son propre père, dont l'autorité, sur les enfants et sur les esclaves, est illimitée. Toutefois, les femmes sont protégées contre les brutalités de l'arbitraire par leur parenté et même par leur tribu. Les cas qui réclament le concours de toute une tribu, à l'effet d'obtenir justice, sont l'homicide, l'adultère, le vol d'un esclave ou la coopéi*ation à son évasion, le meurtre d'une femme, et «même, en certaines circonstances, la mort accidentelle». >)
Apparemment le P. Craboaillet n'avait pas encore vu de manuscrit lolo, lorsqu'il écriyit ce qui suit:
«Les Lolos ne savent ni lire ni écrire. Quelques Chinois prétendent cependant que leurs bonzes ont des livres. Je regrette de n'avoir pu encore me renseigner sur ces prétendus livres, qui, probablement, ne renferment que des signes superstitieux ou cabalistiques dépourvus de tout sens grammatical. Voici ce qui me porte à le croire.
«Les Lolos, dans leurs contrats, font usage de planchettes sur le bord desquelles ils pratiquent diverses échancrures. Ce mode, tout primitif d exprimer certaines idées, n'offrant à l'œil que très peu de marques distinctives, pourrait laisser une prise facile aux contrefaçons. Les erreurs ou les fi*audes sont pourtant très-rares et il faut l'attribuer à la bonne foi de ces sauvages et à l'habileté avec laquelle ils déchiffrent le sens des planchettes.
«L'écriture, ou plutôt le système des signes sur planchettes, lettre close pour le Chinois, est d'un fréquent usage dans les affaires importantes, telles que le contrat de fiançailles, la déclaration de guerre. On l'emploie même comme message pour un rendez-vous.
«Déclare-t-on la guerre à une tribu? On envoie un messager muni d'une planchette particulière, à laquelle on a fixé une plume de coq. Veut-on dévaster le sol chinois? On jette, sur tous les chemins, certaines planchettes. Cela tient lieu de décret ou d'appel aux armes. Dix jours après, on jette de nouveau des planchettes; dix autres jours après, on répète la même formalité, probablement en forme d'ultimatum. C'est en suite de ces préliminaires, muets et dénués de tout autre caractère officiel, que les Barbares se soulèvent comme un seul homme. La plupart ignorent la cause et l'auteur de cette levée de boucliers, mais c'est, pour eux, question secondaire. L'important, c'est le pillage, et si l'on répand des planchettes il doit y avoir des raisons pour cela. Les Chinois limitrophes,
1) Miânonê CatAoUqun, h c, p. 72.
36 HBNai OORDIBB. 680
s'ils sont munis d'une planchette, n'ont rien à redouter de la rapacité des aventuriers». <)
Quelques années après, le P. de Qusbriaht, comme on le verra, découvrit des manuscrits.
Plus tard, Mbsnt, en réponse à nne question que je lui avais posée à Londres en 1878 chez Eobo Soung-tao, ministre de Chine, m'écrivit de Eouei hien, Eouang-si, 16 juillet 1888:*)
«Ce manuscrit, je peux vous le dire, à présent, est dans l'écriture des Tribus Lolo, peuples très répandus dans l'ouest de la Chine, mais excepté un petit noyau d'indépendance entre les villes Luy-po Ting, Wo-pien Ting, Mapien Ting, et Suey-Tchai Tou, dans le Ssu-tchuan, sur les frontières du Yunnan et du Kuei-tchou, ce peuple est tout à fait assujetti au gouvernement chinois. Ils disent Lobé pour Lune, ce qui est tout à fait différent des autres peuples, dits Indigènes de l'Ouest de la Chine. — Dont les Tang-Kia et Pun-ti de la partie supérieure du Kuang-si, les Tchung-Kia et Suey-Kia du Kouei-tchou et les Sha-rhun, Lung-rhun, et Pa-yi du Yun-nan, qui prononcent le nom dudit luminaire, presque comme en français, Lun,
«Un chef Lolo, nommé Ngan, chef héritier d'une tribu de Lolo noire, c'est-à-dire des Lolo qui se disent avoir les Os noirs et ainsi se croient supérieurs aux Os blancs, m'a écrit quelques phi^ases, sur une feuille de papier, en ma présence, me disant qu'il n'avait jamais vu un homme comme moi et me faisant remarquer qu'il avait un nez haut comme le mien. Il commença à écrire à gauche au haut de la feuille, écrivant comme font les Chinois jusqu'au bas, mais avec la différence d'être de gauche à droite, au lieu de droite à gauche. Ayant rencontré Mr. Baber à Tchung-King, il m'a montré une feuille contenant pareille écriture, et m'a dit qu'il l'avait obtenue des Lolo, aux environs de Luy-po Ting? La mienne venait du chef Lolo des environs deWeining Tchou, dans le Kouei-tchou. Mr. Baber m'a écrit depuis lors que sa feuille était dans la même écriture que mon vieux manuscrit qu'il a vu à Shanghai et qu'il a vérifié sur-le-champ. Ainsi, Monsieur, vous voyez que ce n'est pas du Tchung-Kia, comme on me l'avait dit dans le Kouei-tchou. Les Tchung-Kia du Kouei-tchou ne connaissent pas d'écriture, mais ils parlent la même langue que les Pa-yi, un peuple semi-indépendant que j'ai rencontré sur les frontières de la Birmanie, et qui ont une belle écriture à peu près
1) Mistiont CaiAoUqms, h e,, p. 106.
Lettre à M. Henri Cordier, Bâvne de VEstrhte-OrimU^ II, pp. 682—4.
631 WB LOLOS. 37
comme la nôtre, alphabétiquement écrite ou composée de dix-neuf lettres, dont j'ai pu obtenir quelques exemplaires de livre d'instruction, etc., etc.
«J'avais recueilli une centaine des mots les plus communs de dix-huit différentes langues dans les provinces du Kouei-tcheou, Yun-nan et Ean-sub, mais j'ai malheureusement tout perdu avec mon journal et mes économies dans le Shan-si, il y a deux ans presque».
Par rintermédiaire de missionnaires français, Baber put s'assurer Baber la possession d'an manuscrit Lolo provenant d'un chef Lolo près de Fou-lin; il en a donné une copie page par page et ligne par ligne, mais il ajoute: «Je suis tout à fait ignorant de la nature de l'ouvrage, et je sais même incapable de déclarer par quel bout il commence» 0.
En 1881, Babbb envoya de Peking, an Col. Henry Yulb, un manuscrit qu'il avait reçu d'an chef lolo suivant une promesse faite quatre années auparavant. Tbbbibk de Lacoupebib le décrit ainsi: «Ce MS. sur satin, rouge d'un côté, bien de l'autre, dans un carton couvert de grossière toile bleue, est plié en huit comme an paravent. Il est écrit en noir, apparemment avec le pinceaa chinois, et se compose de textes d'une longueur considérable, avec presque 5750 mots en tout. L'écriture est disposée en lignes verticales, et de droite à gauche, comme en Chinois. Elle est disposée en rangées séparées de denx caractères, ou plusieurs réunies ensemble»'). H y a 2998 mots du côté rouge et 2750 sur le côté blea. C'est le premier MS. lolo venu en Europe. Terrien remarque qu'il témoigne d'une influence tibétaine ').
Le P. YiAL dit, an contraire de Terrien, que l'écriture se lit de la gauche de la page:
«Actuellement les caractères lolos s'écrivent sur du fort papier, plus large que long, cousu par le dos et enveloppé dans une couverture en toile de chanvre ; on se sert de l'encre et du pinceau chinois. Mais avant Tinvention du papier,
1) Travels, p. 129.
3) On a Lolo Manuseript vritien on saiin. 1882, pp. 1 — 2.
3) BeginmMgs of JfriHnff, p. 176.
38 HINEI OOBDIEE. 682
sur quoi les écrivait-on? D'après la tradition, les Noirs (Hee Y) les gravaient sur la pâte de farine durcie, et les Blancs {Pee Y) les écrivaient sur la toile de chanvre. Avec le temps, la pâte 8*est e£fritée, tandis que le chanvre s'est conservé, et c'est pour cela, dit-on, que les Noirs ont perdu leurs livres. De caractères écrits sur la toile de chanvre, je n'en ai pas vu, mais il doit en exister encore. Les livres indigènes, à rencontre des livres chinois, commencent par la gauche, comme nos livres ; mais l'écriture se lit de haut en has, à partir de la gauche de la page. On ne laisse aucune marge, aucun intervalle entre les caractères, point de signes de division ou de repos; seulement, un dessin colorié de rouge indique la fin d'un article quelconque. Les entêtes, que l'on écrit indifféremment dans le sens vertical ou horizontal, sont, en général, renfermés dans un cartouche ou peints à l'encre rouge. Parfois on admire quelques miniatures enjolivant le livre ; ce sont de grossiers bonshommes qui n'ont d'humain que la rondeur de la tète. Tous ces livres sont manuscrits, et chaque écrivain doit écrire les siens; l'imprimerie ou la gi*avure leur sont entièrement inconnues» i).
Dans son rapport, M. d'OLLONB dit:
«J'ai acquis un certain nombre de manuscrits lolos, mais l'interprétation qui m'en a été fournie et même le procédé de lecture différent tellement des indications données par le P. Vial que je crois indispensable d'aller dans la tribu même qu'a étudiée ce missionnaire au Yun-nan, pour élucider cette question. Si le P. Vial ne s'est pas trompé, ses Lolos et ceux du Se-tch'ouan, bien qu'ayant un certain nombre de caractères d'écriture communs, ne leur attribuent ni le même son ni la même signification, et surtout ils ne les lisent pas dans le même sens, fait des plus singuliers, s'il se confirme».
M. Terrien de Lagoupbrib a passé en revue quelques-uns des documents lolos venus en Europe et il a tiré du Yun-nan foung tche^ division Nan man tche (Barbares du Sud) les renseignements suivants sur l'origine de l'écriture lolo en l'an 9 de notre ère:
«Un peu d'information plus précise est donnée dans la topographie de K'ai-houa fou (S.O. du Yun-nan), au sujet des origines de cette écriture. On raconte que «0-kou ou 0-ting», descendant de Nakoutsiu, à l'époque de la dynastie des Han, habitait à K'iu tsing fou (N.E. du Yun-nan). Et là il fit les caractères Tsoitan^ qui sont comme l'écriture Ko-tou, Après un travail de
1) Èe la langtte ei de Véeriture indighiM au TUm-né». Par M. Panl Vial, 1890, pages 18 — 19.
638 LKS iiOLos. 89
deax ans le nombre des caractères simples et de leurs dérivés atteignait au total de 10.840, et composait le wei chou ou «écriture modèle», qui était confié à la garde de quelques hommes choisis» ').
Tbrribv de Lacoupbrik rattache l'écritare des Lolos du Se-tch'ouan ^«'"«i^ 4®
Lacoopene
par une descendance commune avec l'alphabet du sud de Tlnde d'Açoka ^).
M. HosiE a donné une liste de mots Si fan, de P'ing pa, et de ^' ^^^^ mots Lolo, de Hai t'ang ').
Dans son Rapport que j'ai l'occasion de citer plus loin, ]^^*^^' Mr. BouBNB a donné des copies des MSS. qu'il a recueillis. L'un des MS. du Kouei-tcheou a été donné par lui au British Muséum: «n comprend, écrit Terrien de Lacouperici 78 feuillets petit in-fol., et parait être un poème épique, écrit en vers de cinq caractères par ligne. Les premiers et les derniers feuillets sont considérablement endommagés, et le papier est très décoloré. Toutefois, ceci est dû plutôt à la négligence qu'à l'âge; quant à la lettre chinoise qui fut trouyée entre deux feuillets, et dont le papier a été également taché et fatigué par le temps, elle est datée de 1836, L'écriture est claire, et les caractères sont bien formés, montrant que le scribe avait une meilleure connaissance de son écriture native que ceux des autres MSS. Lolo dont j'ai déjà parlé». ^)
Dans ses publications de 1890 et de 1898, le P. Yial a donné p. vial de nombreux fac-similés de l'écriture des Lolos dont nous parlons plus loin. Devéria également dans la Frontière Sino^Annamite,
M. LBFivBB-PoNTALis et le Prince Henri d'OfiLEAKS ont fait don ^^^^""
Pontahs
de manuscrits lolos à la Bibliothèque de l'Ecole des Langues orientales. ^Orléans
1) Beginmngt of Vritinç, pages 177^178.
8) Beçinninçê of Wriiing, pages 26—27.
3) China. No. 2 (1884), App. No. 1, p. 62.
4) Begifimngt of WHHng, p. 176.
40 HEKBI OOBDIBS. 684
La Bibliothèque nationale possède également plusieurs manuscrits; un ms. lolo provenant du P. Yial se trouve au Musée ethnographique du Trocadéro no. 26192.
^' igoT^* ^' Sylvain Charria, receveur des postes françaises à Tun-nan foD, s'est rendu à la sous-préfecture de Lou-k'iuan jj^ ^ , pour relever une inscription ts'ouan ^ signalée par M. Paul Pelliot dans le BuL de V Ecole (VEMrême'-'Orient^ lY, 155, d'après un passage da Sin Tun^nan t'onng tche kao j|K ^ ^ S ^ t^ « ^^^^ inscription tranche la question de la nature de l'écriture ta'anan qui est identique à l'écriture lolo, comme l'avait pensé Devéria; outre cette inscription, M. Charria a obtenu l'estampage d'une autre inscription, également lolo, qui a 17 caractères seulement. Au sujet de la grande inscription, M. Charria écrit {BtU. de VEcole d^ Extrême-Orient^ Y, 1905, p. 196): «Les habitants de Lou-k'iuan croient que cette inscription a été gravée sous le règne de Hong-wou ^ ;^ (1368—1398), le fondateur de la dynastie Ming: j'ignore sur quelle base repose cette tradition. Us disent encore qu'à cette époque le pays était gouverné par un prince birman: c'est du reste seulement en 1382 que prit fin le gouvernement du 12® teong-kouan ^fj^ ^ du Nan*tchao. Enfin la tradition populaire ajoute que, lorsqu'on aura déchiffré cette inscription, la montagne se transformera en or. Ce serait une bonne aubaine pour le pays, qui est d'une extrême pauvreté». Les deux inscriptions sont reproduites, L c, p. 196.
Langue des Lolos.
Doodart ]^|^ mission DouDART de Lagrbb a collectionné en cours de route
de IiBgrée
un grand nombre de vocabulaires 7 compris un vocabulaire Lolo qui a été noté à Touen kiang dans le Tun-nan.
1) Vo^. if Exploration, II, pp. 495—517.
635 LI8 LOLOS. 41
Babbb a rele? é un ooort Tocabolaire chez ane petite triba lolo ^^' viTant sur la rive gauche de la rivière T'ong; la prononciation a perda beaucoup de sa bizarrerie primitiTe; il a donné dans une colonne parallèle un vocabulaire de la langue parlée par les Si-fan (Menia) de Tseu ta ti ^).
En 1899, M. Paul Boell publia un vocabulaire recueilli au P. Bœll
Yun-nan qu'il avait communiqué au Congrès des Orientalistes de Paris en 1897. Il comprend des mots provenant de trois dialectes parlés dans la préfecture de E'iu-tsing-fou. E*iu-tsing ^ d|| fut jadis capitale du royaume, de Nan Tchao ^ ^ . Ces trois dialectes sont:
«Le dialecte nyi on nyi-pa est celui de la tribu lolo évangélisée par le P. Vial. Elle occupe, suivant ce missionnaire, un rectangle borné au quatre points cardinaux par les villes suivantes : Lou-liang tcheou, au nord ; Mi-lo bien, au sud; Kouang-si tcheou, à Test; Lou-nan tcheou, à Touest. Les mots recueillis proviennent du village de Lou-mei-i, résidence du P. Vial.
«La tribu qui s'appelle elle-même du nom de a^Iisi est voisine des nyt, au sud de ceux-ci. Le vocabulaire que j'ai recueilli provient du village nommé Fong-houang-chan par les Chinois et Mo-ie-le par les A-hsù
«La tribu Na-sô-pô est établie au nord de Lou-liang tcheou. C'est d'un indigène de cette tribu, rencontré à I-liang bien, que j'ai obtenu les mots de la seconde colonne de mon vocabulaire». *)
M. Boell ajoute:
«Je joins à ces listes de mots deux textes en dialecte nyi-pa. L'un est le commencement d'une chanson dont je dois la traduction à l'obligeance du P. Vial, qui fut en mainte occasion mon guide autorisé durant mon séjour en pays lolo. L'autre est extrait d'une sorte de géographie chantée, que les Nyi appellent du nom de Mi fë ké {mi = terre), dont, si j'en crois le P. Yiai, les indigènes ont à peu près entièrement oublié le sens. C'est une présomption, sinon une certitude en faveur de l'ancienneté du texte». *)
1) Travâlt, pp. 78 et seq.
S) Paul Boell. — Coia. à VéMe de la langue Lolo, 1899, p. 3.
42 HBVBI OO&BIBB. 686
M. Boell a ajouté à son yocabnlaire les mots correspondants des ▼ocabalaires de Doudart de Lagrée, de Baber et de Hosie.
Tojragenrs européens.
Marco Polo Marco Polo parlant des tribus sauvages du sud-ouest de la Chine, je me contente de renvoyer à la relation de l'illustre voyageur vénitien. La plus ancienne mention de ce peuple est, je crois, celle du P. Du
Da Halde
1786 HaldBi dans sa Description de ÏEmpire de la Chine au chapitre intitulé De la nation des Lolos ^). Il a sans doute utilisé le manuscrit de la Bibliothèque nationale Fr. 17242, intitulé Nouvelle Géographie de la Chine et de la Tartarie orientale dont Devéria a donné un extrait: ')
«La Nation des La los dominoit dans le Yun nan^ & étoit gouvernée par dififérens Souverains; les Chinois après y avoir construit quelques Forts & quelques Villes dans de petites Plaines qui étoient incultes, & avoir livré quelques combats, prirent le parti de s'attacher ces Peuples, en donnant à leurs Seigneurs à perpétuité les Sceaux 8c tous les honneurs des Mandarins Chinois avec les titres de Tchi fou^ de Tchi tcheou^ &c. à condition néanmoins qu'ils reconnoltraient l'Empereur, & qu'ils dépendroient du Gouverneur de la Province dans les affaires ordinaires, de la même manière que dépendent les Mandarins Chinois du même rang; que d'ailleurs ils recevroient de l'Empereur l'investiture de leurs Terres, où ils ne pourroient exercer aucune Jurisdiction, qu'ils n'eussent reçu son agrément, l'Empereur s'engageant de son côté à investir le plus proche héritier.
«Les Lo los sont aussi bien faits que les Chinois, & plus endurcis à la fatigue. Leur langue est différente de la langue Chinoise: ils ont une manière d'écrire qui paroît être la même que celle des Bonzes de Pegou & d'iim. Ceux-ci se sont insinuez chez les plus riches 8c les plus puissans des Lo los, qui sont dans la partie Occidentale d' Yun nan, 8c y ont bâti de grands Temples d'une structure bien différente de la Chinoise. Les cérémonies, les prières & tout le culte sacré est le même que dans le Pegou,
«Les Seigneurs Lo los sont les maîtres absolus de leurs sigets, 8c ont droit
1) PariB» 1786, I, pp. 64—66.
3) Froniière Sina-annamte, p. 69.