‹ Les Lolos ...: État actuel de la questionChapitre 6 sur 10 · LES L0I · texte numérisé non relu

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oblique, le visage étant plus long et le nez presque droit, et plus proéminent. La couleur de leur peau était beaucoup plus foncée, et pas du tout jaune. Us étaieut de plus grandes proportions et plus robustes, et paraissaient comme s'ils étaient moins habitués à une vie civilisée. Cependant, je ne réussis pas à découvrir, ce qui semble avoir frappé un de mes compagnons, une grande honnêteté peinte sur leurs physionomies. L'un d'eux était une espèce de chef; et il m'apprit qu'il était venu de son pays, qui était à une longue distance à Touest pour défendre P'ing chan contre les rebelles. Nous leur fîmes enlever leurs turbans, afin que nous puissions voir leurs tètes: l'un avait la sienne complètement rasée, et les autres en partie, mais le seul qui portait une natte était le métis. Ils étaient très curieux de voir les différents articles que nous avions dans la cabine, et ils furent très étonnés des télescopes -^ que nous avons toujours trouvés d'un grand secours pour l'amusement des visiteurs, et avec lesquels ils croyaient que nous pouvions voir à travers les murs des villes; nous leur montrâmes aussi nos fusils et nos pistolets. Ils se conduisirent très bien, nous apportèrent quelque vin de choix comme une offrande de paix, et nous leur fournîmes un couteau de boucher et quatre bouteilles de bière vides, dont ils furent enchantés. Ils reconnurent qu'ils ne pouvaient ni lire ni écrire, et s'appelaient eux-mêmes He-yi ou Yi-jen^ harbares noirs, ou plutôt étrangers ou «outsiders» — barbare étant, je crois, une interprétation fautive d'un mot chinois qui est devenu une traduction reçue. Ils disent que dans leur pays ils ont beaucoup de chevaux, de bestiaux, de moutons, et de chèvi'es; et que si nous y arrivions, nous n'aunons aucune difficulté pour voyager dans toutes les directions, mais qu'à moins de la protection d'un chef, les voyageurs courraient le risque d'être volés. Le chef donna le nom de l'endroit d'où il venait comme étant Ta-^taihariy à une distance d'environ douze jours vers l'ouest, mais nous n'avons pu le trouver sur aucune de nos cartes; il avait l'intention d'y retourner dans environ cinq mois. Ces hommes paraissaient très enclins à fraterniser avec nous, croyant qu'étant étrangers nous devions appartenir à leur nation ; et les Chinois de leur c6té nous désignaient comme des Miao-tseu blancs» i).

Lors du Voyage d'exploration du Mékong, Francis G^rkier q^^^^^ laissant son chef Doudabt de Lagr^e à Tong tch'ouan y§ )\\ Jf^ se rendit à Ta-li: il traversa le Fleuve Bleu, passa à Houei-li tcheou en février 1868, Houng pou so ^ [^ |§] et visita le confluent du Ta-loung-kiang J^^tL et du Pe Choui kiang ^ ;|C 2Ï • U rencontra des Lolos et nous ayons donné plus haut ses remarques.

1) Five Montkt <m iAâ Tanç-Uze. . . by Thomu W. Blakiston. . . London, 1862, in-8, pp. 270— S.

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j» A son retour il repassa à Houei-li tcheon pour reyenir à Tong

I tch'ouan d'où il gagna Soai-fon par Tchao T*oung ^ Hl et Ta kouan

I ^AC iB* toutefois, c'est surtout dans le Yun-nan, que la mission

L française étudia les Lolos et je donne quelques notes du Dr. Thorsl,

\ chargé de la partie anthropologique du yoyage.

f "^fiM ^- le D'« Thoril, l'un des membres de la Mission Doudart de

Lagrée, a rédigé les Notée anthropologiques sur V Indo-Chine. Dans la «Bace noire, rameau oriental ou malayo-polynésien», il a créé une subdivision: «Sauvages à type océanien du Sud de la Chine», qu'il a répartis en Loloe blancs et Lolos noirs.

«Nous diviserons ces sauvages indigènes en deux races: 1^ ceux qui ont

le teint jaunâtre, et que nous appellerons Lolos blancs \ ils se rattachent aux

Laotiens presque exclusivement; 2® ceux dont le teint est plus ou moins foncé,

I que nous appellerons Lolos noirs ou Sauvages noirs^ et qui sont probablement

les peuples véritablement autochthones du Yun-nan. Ils se subdiiisent en deux classes: 1^ les sauvages à type océanien, semblables à ceux du Laos supérieur et que nous allons étudier; 2^ les sauvages à type caucasique, Man-tse, Mîaotse, Lissons, etc., etc.» <).

Dans la «Bace brune ou rameau noir de la race Caucasique» dans laquelle il place les Lolos noirs à type caucasique:

« Sauvages à type caucasique du Sud de la Chine, — Les Lolos noirs à type caucasique, exclusivement fixés au sommet des hautes montagnes de la Chine, ressemblent non-seulement aux races indo-européennes par les traits, mais encore par leur manière de se vêtir tout à fait différente de celle des femmes des Indo-Chinois qui les entourent. Tout d'abord, on est frappé de la ressemblance qu'ils ont avec les Bohémiens, lesquels sont, comme on sait, originaires de Tlnde. Mais, à Tinverse des Bohémiens, ils sont presque complètement sédentaires et se livrent à peu près exclusivement aux travaux agricoles. Ils sont grands et vigoureux, avec les formes accusées et les muscles assez bien dessinés. Leurs épaules sont larges, leur tronc n*est plus carré et tout d*une venue comme celui de la plupart des Indo-Chinois. Leur taille est dessinée, surtout chez les femmes, et donne à leurs mouvements une souplesse qu'on ne

1) Voy. (F&phraiùm m Indo-ChêMâ, II, p. 821.

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s'explique pas toujours à première vue, mais qui frappe Tobservateur. Leurs membres sont bien proportionnés et parfaitement articulés. Leurs jambes sont très-droites, avec les mollets bien placés et très-développés. Leur teint est bistré, moins noir que cbez les Hindous et que cbez les sauvages océaniens de type pur; néanmoins, si on s'en tenait au teint, il serait souvent impossible de les distinguer les uns des autres.

Leur physionomie est assez énergique, sans férocité ni dureté pourtant; elle est beaucoup plus expressive que celle des Mongoliques. Les traits de leur visage sont accentués, leur profil est droit, leur visage est ovale et surmonté d'un front assez haut, droit peu fuyant supérieurement, avec les bosses frontales assez accusées. Os ont souvent une barbe noire bien fournie; elle est toujours frisée ou au moins ondulée, elle est moins tardive que chez les Chinois, et lorsqu'elle existe, on en observe sur les côtés du visage, ce qui est tout à fait exceptionnel dans la race mongolique.

Leurs yeux sont horizontaux, bien ouverts; il s'en faut pourtant qu'ils soient entièrement comparables à ceux des Européens; ordinairement même ils sont un peu bridés dans l'angle interne. Au lieu d'affleurer comme chez les Mongols, ils sont plus enfoncés et mieux protégés par les bosses sus-orbitaires qui proéminent davantage et qui portent des sourcils mieux fournis. Leur nez n'est ni large ni plat à la radne. Cet organe est presque toujours droit, parfois même il est busqué; rarement pourtant, il devient entièrement comparable à celui des Européens pour son développement, sa minceur et la petitesse du lobule terminal. Les pommettes sont très peu proéminentes et peu élevées. La bouche est de grandeur moyenne, parfois même elle est petite, avec des lèvres peu épaisses; jamais cependant elle n'atteint un degré de minceur très-grand. Les mâchoires ne sont jamais prognathes et portent de belles dents, bien rangées, verticales et d'une grandeur ordinaire. Le menton paraît le plus souvent assez large et proémine, contrairement à celui des Chinois. L'angle formé par la branche montante du maxillaire inférieur avec le corps de l'os, paraît sur le vivant se rapprocher beaucoup de l'angle droit; caractère qui permet de les distinguer très &cilement de tous les rameaux mongoliques chez lesquels cet angle parait ordinairement très-ouvert.

Les femmes de ces sauvages sont les mieux proportionnées de toute l'Indo- Chine; elles sont en parfaite relation de grandeur, de forme et de vigueur avec les hommes de la même famille. Elles sont par conséquent grandes et fortes, avec la taille pai*&itement indiquée, ce qui fait différer très-notablement leur démarche de celle des femmes appartenant aux races qui les entourent.

A l'imitation des Chinois qui emploient, comme on sait, l'épithète de sauvages ou d'étrangers à l'égard de tous les peuples, nous avons appelé sauvages ces indigènes à type caucasique; mais ils ont atteint un certain degré de civilisation qui rend cette appellation complètement inexacte.

L'énergie de ces robustes montagnards, qui n'habitent presque exdusive-

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ment que lea tommeta des hantai montagnes, à une altitude coroprise entre S,200 et 3,500 mètres, les a rendus très-redou tablée pour les Chinois. Quoique formant un asseï grand nombre de tribus distinctes, ayant peu de ralatioiu les unes avec les autres à cause de la diCBcnlté des communications d'un groupe de montagneti à l'autre, ils forment pourtant une famille unique, composée de nombreux faisceaux plus ou moins ressemblants. En réunissant toutes les tribus qui en font partie, on peut lea considérer comme assez nombreui. On en trotue à peu prie sur toutes les hautes montagnes de l'Ouest et du Sud de la Chine, depuis le Yun-nan jusqu'en Mongolie, où il en existe également (d'OmalItus d'Halloy), C'est sans doute à ces sauvages qu'il &ut attribuer ce fait admit depuis longtemps par tous lee écrivains et tous les naturalistes que les Chinois Bont une race mélangée de sang blanc et do sang jaune. Cette opinion devient une certitude après la constatation de l'existence de cette race. Pour l'appuyer, nous dirons que dans le voisinage des montagnes qu'elle habite, on constats sans peine que le type Chinois se modifie sensiblement et présente quelquecuns dee cai'actires de ces Loloa noirs.

Les tribus qui ofireot le moins de mélunge et qui ont gardé les traita les plus purs de la race, habitent le Nord du Yun-nan, et le Sud-Onest du Setchouen, prie de Houey-ly-tcheou, où se trouvent en mËme temps les montagnes les plua hautes et les plus inaccessibles que noua ayons vues. Partout ailleurs, leurs caractères nous ont paru plus ou moins mitigés.

Ces Lolos noirs ù type indo-européen, aonb-ila véritablement indigènes dans le sens le plus absolu du motT 3ont-ils venus de l'Asie centrale, qu'on assigna comme ayant été le berceau des races aryennes? Viennent-ils de l'Inde comms lee Bohémiens avec lesquels nous les avons comparés? Il nous est complètement impossible de répondre à ces questions. L'histoire chinoise et la philologie ds ces peuplée permettront peut-être de lee résoudre et de constater qu'ils sont d'origine aryenne». ')

^'*Î872^ Dans sa lettre VII à \h Chambre de Commerce de Ohang-haï, datée de Mai 1872, le Baron de Bichtbofek décrit ainsi les Loios:

■La tribu la plus indépendante est celle des Lolo, dont l'existence est une source de grand ennui pour les ChinoiM. Leur territoire commence à une petite distance au sud de Ya tcheou fou, et a'étend de là sans interruption à travers le T'oung-ho 0e flenve qai descend de Ta tsien lou et se jette dans le HiS' kiang à Kia-ting-fou) jusqu'à Houei-ll tcheou et au-delà. A l'Est, le peuple lolo atteint presque la ligne reliant Ya-tcheou-fbu à P'ing-chan-hien et haWte cei^ tains districts montagneux sur la rive droite du Yang-tseu. La vallée de Ning-

i-fou forme une partie de leur limite occidentale; maia la ville dsYnS-

) Vof. tSspbrûtion M Inio-Clm», U, pp. 8M— aST.

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ts'iouen-t'ing est située dans leur territoire. Le pays Lolo dans le Se-tch*ouan s'étend à travers quatre degrés de latitude. Il est montagneux de part en part, et forme une barrièra. complète de Test à Touest. Pour aller, par exemple, de Sia-tcheou-fou à Ning-youen-fou, une distance directe de 140 milles, on a besoin de vingt jours de voyage très ardu, parce que le pays Lolo doit être contourné soit au nord soit au sud. Un nombre de ting^ ou stations militaires, a été élevé à divers endroits sur les confins de la région; mais les garnisons qui sont entretenues là à grands frais sont à peine sufiQsantes pour maintenir les Lolos à distance, et n'ont jamais réussi à faire quelques annexions durables de leur territoire. Quelques cbefi du voisinage de ces ting ont été réduits à la position de iu'sz^ mais en général, les Lolos du Se>tch*ouan sont peut-être les plus indépendants des tribus aborigènes variées qui habitent la Chine. Tandis que les lian-tseu et les Si-&n se marient avec des Chinois, jamais le cas ne se produit entre Lolos et Chinois. Ils font de fréquentes incursions sur le territoire chinois, et reviennent avec les dépouilles qu'ils ont pu prendre. Leurs besoins sont nuls, et l'objet principal de leurs raids, est de faire des provisions de sel, qu'ils ne possèdent pas. Les Lolos sont dans leur état actuel depuis un temps immémorial, même lorsque les Man-tseu étaient les maîtres du pays. Il est bien connu, que plusieurs des tribus indépendantes du Yun-nan et du Eouei-tcheou sont appelées également «Lolo», mais je ne sais pas, pour quelles raisons, elles sont classées sous cette même appellation». ^)

Baber a contourné le Leang chan mais sans y pénétrer; parti le ^^' ^^^^ 17 août 1877 de Fou-lin sur la rivière Ta tou ^ |îg jf^* [ou T'oung ho], il descendit par Tue hi t*ing (21 août), Ning youen (30 août) jusqu'à Houei-li tcheou (9 sept.) ; alla à E'iao-kia t*ing et remonta par Houang p^ing, Lei-Po t*ing, Fou kouan, jusqu'à P'ing-chan bien.

C'est aux environs de Hai-t'ang, au fond d'une cuvette entourée de Lolos que Baber a recueilli une partie de ses renseignements sur ces tribus.

«Pendant que nous étions en train de déjeuner, plusieurs Lolos de la frontière se réunissaient et j*eus une bonne occasion de les considérer. C'est une race bien plus grande que les Chinois, plus grande sans doute que n'importe quel peuple eui*opéen. Pendant le voyage, nous devons en avoir rencontré plusieurs centaines, mais nous n'en avons jamais vu un seul que l'on aurait pu appeler, même au point de vue anglais, court ou au-dessous de la moyenne.

1) Pages 67—68.

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Ils sont presque tous sans exception remarquablement bâtis droitSf avec des membres élancés et musclés; beaucoup d'entre eux sont robustes, mais l'obéâté porcine du Chinois riche et sédentaire y est inconnue. Leur poitrine est profonde, ainsi qu'il convient aux montagnards; la rapidité et l'endurance avec lesquelles ils escaladent leurs montagnes natives sont un prodige et proverbiales ches les Chinois. Leur beau visage oval, d'un brun rouge&tre parmi ceux qui sont exposés aux intempéries de l'air, est pourvu de grands yeux horizontaux. Ils ont des pommettes proéminentes mais pas exagérées, un nés arqué mais plutôt large, une bouche ordinaire avec des lèvres quelque peu minces, et on menton pointu et caractéristique dont la barbe a été épilée. Le même procédé a dépouillé la lèvre supérieure, qui est bien proportionnée. Leurs dents sont remarquablement blanches et l'égulières, préservation qu'ils attribuent à ce qu'ils ne mangent jamais de viande rôtie, mais qu'ils font tovgours bouillir leur nourriture. Peut*ètre le caractère le plus marqué de leur visage est une curieuse tendance aux rides, spécialement sur le front, qui est bas, mais large et droit La petitesse des traits peut être une illusion seulement, à cause de l'ombre apportée par une manière spéciale de coiffure. A de très rares exceptions, le Lolo mftle, riche ou pauvre, libre ou soumis, peut être reconnu instantanément par sa corne. Tous ses cheveux sont ramenés en un noeud sur sou fi*ont et là tordus dans un tissu de coton de &çon à ressembler à la corne d'un unicome. La corne avec son enveloppe est quelquefois bien longue de neuf bons pouces. Ils considèrent cette coiffure comme sacrée, ou au moins on me Ta dit et même ceux qui portent une courte natte par convenance pour entrer en territoire chinois conservent toujours leui* corne indigène, cachée pour la circonstance sous les plis d'un turban du Se-tch'ouan.

J*ai entendu cependant parler d'une tribu soumise près de Lei-Po t'îng qui a abandonné la Corne, comme une concession aux préjugés chinois, sans toutefois adopter la natte; mais comme le fait de conserver les cheveux sur le devant de la tète serait encore regardé comme une corne tandis que celui de les laisser pousser sur le demère de la tète serait interprété comme une natte, ils ont trouvé l'expédient radical de se raser la tète complètement.

Le principal habillement d'un Lolo est son manteau, sorte d'ample vêtement sans manches de feutre gris ou noir, ramené autour du cou par une ficelle et atteignant presque ses talons. Dans les classes plus élevées le manteau est de feutre fin — en grand honneur parmi les Chinois — et a une frange de toile de coton autour de son bord inférieur. Pour les voyages à cheval, ils ont un manteau similaire différant seulement en étant fendu à la moitié du dos; un large pan couvrant l'ouverture est rabattu aisément sur les reins et a croupe du cheval. La couleur de ce feutre est dans le principe grise, mais elle devient avec le temps brun-noire ou noire. On dit que les insectes qui importunent l'humanité n'infestent jamais ces cabans. Généralement le Lolo ramène étroitement ce vêtement sur ses épaules et ci^oise ses bras à l'intérieur.

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