‹ Les Lolos ...: État actuel de la questionChapitre 7 sur 10 · LU L0L · texte numérisé non relu

LU L0L

Ses jambes, enfermées dans des hauts de chausse de coton chinois, sont emmaillotées de bandages de feutre maintenus par des cordons et il n*a pas encore atteint le degré voulu de civilisation pour employer des chaussures. En été, le manteau de feutre est souvent remplacé par un vêtement de coton. Le chapeau, qui sert également de parapluie, est tissé en bambou, de forme conique, basse, et recouvert de feutre. Blotti dans son manteau de feutre sous ce toit de feutre, le vigoureux Lolo est inaccessible à la pluie et au vent.

De leurs femmes je n'ai malheureusement vu que la plus jeune espèce; d'honnêtes fillettes, joyeuses, timides, naturelles, en dehors, simplement vêtues, pieds nus, dépourvues de toute cette &usse modestie des femmes chinoises aux pieds bots et brûlantes de désir; jeunes filles avec lesquelles on aimerait à se trouver en termes fraternels. Quelques-unes d'elles, natives des environs de Yue-hi, ;

vinrent pour me voir à la verandah de l*auberge, leurs bras noués autour du cou de l'une et de l'autre, créatures grandes et gracieuses avec des visages plus blancs que ceux de leurs frères. Elles ne comprenaient pas le Chinois, et décampèrent lorsque je fus assez hardi pour leur parler. Mais un vigoureux Lolo «Lord of Création», [Maitre du Monde] haut de six pieds — dont j'avais gagné la bonne volonté par quelques simples mots — s'en alla et en ramena deux brassées — à peu près une demi-douzaine. Il aurait été peu aimable de présumer sur cette présentation plutôt contrainte, surtout qu'elles étaient trop timides pour parler, aussi je renvoyai ce joli auditoire avec la plus ^nde rapidité convenable. Leurs cheveux étaient partagés en deux tresses et tournés autour de leur tête; elles portaient des corsages et des jupons plissés et garnis de volants couverts d'un tablier et tombant à terre» ^).

M. Emile Rocher a réservé aux Lolos plnsieurs patres de son ^Jl^''^*'

outrage sur le Yan-nan ^). Il dit que le riz est pour eux un mets de luxe; «leurs principaux aliments sont la pomme de terre, qu'on trouYC partout et qui croît en abondance sur les montagnes du Ton-nan, le Barrasin qu'ils appellent Gh'iao.mai (|^ ^), et le blé de Turquie, mais surtout ces derniers». H consacre une longue description au mariage dont traitent tous ceux qui parlent des Lolos, Vial et les autres, mais malgré son intérêt je ne puis m'y arrêter faute de place. Il ne me semble pas que Westermarck dans sa grande HUtory of Human Marriage ait eu son attention attirée sur

1) Traveb, pp. 60—62.

1) Tropeb, pp. 60—62.

2) la provmee ekinom du Tunman, Paris, 1880, 2 vol. in-S, II. pp. 9«-22.

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les Lolos. Cependant je ne crois pas inutile de rapporter le fait suivant:

«Un vieil usage veut que le lendemain des noces la mariée quitte le toit conjugal au lever du soleil et revienne chez ses parents, sans autre souci de son mari ni de sa nouvelle famille ; elle n'a le droit de retourner auprès de son époux que quand elle ressent les premiers symptômes de la maternité. Pendant toute la durée de cette séparation, elle jouit d'une liberté complète, et ne se fait faute de courir les villages voisins ni de prendre sa bonne part des fètes et des amusements de la jeunesse. Si, au bout d'une certaine époque qui varie entre un an et dix-huit mois, elle n'éprouve aucun symptôme de maternité, le mari, convaincu qu'il n*a nul espoir de progéniture avec elle, retire sa parole, droit qu'il tient des anciennes coutumes, et cherche ailleurs une autre femme. Loi*sque, au contraire, après quelques mois, la femme rentre sous le toit conjugal pour devenir mère, dès lors, le mari, assuré d'avoir par la suite une postérité nombreuse, ne lui demande aucun compte de sa conduite et la traite avec les égards que mérite sa fécondité. Celle-ci, de son côté, dit adieu aux plaisirs de la jeunesse pour commencer la vie active et laborieuse du ménage.

«Le premier enfant issu du mariage, quoique élevé avec les mêmes soins et la même attention que ceux qui viennent ensuite, n'est pourtant pas reconnu par le mari qui le considère en quelque sorte comme un étranger. C'est au second, fille ou garçon, qu'appartient le titre d'ainé».

A. Hosie 1882 ]^, Alex. HosiB, du service consulaire anglais, chargé de missions dans les provinces de Touest et du sud-ouest de la Chine, dont il a rendu compte dans plusieurs «livres bleus», a réuni les résultats de ses voyages en un volume ^) dans lequel nous puisons les renseignements qu*il donne sur les Lolos.

En 1882, revenant de Yun-nan fou au Yang-tseu, Hosie passa par Tong tch'ouan et la plaine de Tchao t*oung où il note:

«Les collines au nord de la plaine sont habitées principalement par des Lolos, qui n'ont pas une très honorable réputation. Des histoires de massacre et de vol commis par eux sortent des lèvres des villageois qui habitent le long de la route, et l'idée que j'avais conçue de passer une journée avec cette

1) Thrw Tean in WeiUm China. London, 1890, iii-8.

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branche dégénérée de la tribu dut être abandonnée. Ces racontars de la route paraîtraient avoir quelque fondement; les villages, et même de simples résidences, sont munis de tours de veilleur et de refuges, et à^es munitions sous forme de pierres sont empilées sur les fortifications pour résister aux attaques» <).

Pins tard, le 28 février 1883, Hosîe quittait Tch*eng iou pour se rendre à Ta-li par Ya-tcheou ^ j^ et la vallée de Sjen-tch'aDg; au sud de P'ing pa, avant d'arriver à Hu t*ang, il se trouve en présence des Lolos:

cAu sud de P*ing-pa, nous nous trouvâmes complètement dans le pays Lolo. Gomme nous déjeunions au hameau de Shuan-ma ts'ao dans la matinée du il Mars, dix individus à l'air sauvage apparurent soudainement. Ils étaient vêtus de manteaux de feutre brun du cou aux genoux, leurs jambes et leura pieds étaient bandés étroitement avec du tissu de coton, ils portaient des sandales de paille au lieu de souliers, et leurs cheveux étaient dressés en avant en forme de corne, projetée en avant du front et attachés avec de l'étoffe. Chacun était armé d'un long javelot en bois, pourvu d'une large tête de flèche en fer. Quelques-uns avalaient h&tivement un repas, pendant que les autres aiguisaient leurs javelots sur une pierre sur un côté de la rue. Nous commencions à penser qu'ils avaient de sinistres intentions à notre égard ou à celui de ce qui nous appartenait, lorsqu'ils disparurent vivement en file indienne dans le sentier étroit sur la colline au sud-ouest. Des moutons avaient été envoyés dans la même direction, et ces hommes étaient probablement des bergers se préparant à repousser de leurs troupeaux les attaques des animaux sauvages. A Hai-t'ang, que nous atteignîmes après une descente rapide, nous prîmes nos quartiers dans une nouvelle auberge justement terminée et par cela même propre. Ck)mme ce matin étbit jour de marché, nous résolûmes d'être présents et de grossir la foule. La neige tombait abondamment et attristait quelque peu le marché aussi je persuadai à deux individus de cette masse vivante de Lolos de venir et de passer avec moi une heure ou deux à l'auberge. Je marquai leurs chifires et quelques mots usuels et je puis ainsi comparer ma transcription des sons avec ceux pris par M. Baber des Lolos des autres parties du pays» >).

M. Hosie donne les chifires de 1 à 10 recueillis par lui à Hait'ang et ceux qui ont été notés par Baber près de Wa-chan et près de Ma pien.

1) L. e^ p. 66. 8) L. e., pp. 103^6.

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«On remarquera qu'à très peu d'exceptions près, ces chiffres sont presque tous identiques et Ton peut ainsi, sans grand effort d'imagination, supposer que les Lolos parlent une seule même langue avec de légères différences de dialectes. Malheureusement, les hommes que je rencontrai étaient incapables d'écrire — qu'ils eussent une langue écrite a été prouvé distinctement — c'est pourquoi j'étais impuissant à aider à déchiffrer ce qui en ce moment demeure un livre scellé» i).

Plus loin:

«Les Lolos semblent porter indistinctement des manteaux blancs et bruns, et tout le temps de mon passage à travers leur pays, je ne constatai qu'une exception et c'était un manteau bleu bordé de franges rouges. Je fus incapable de trouver une explication satisfaisante à cette divergence. Quand nous flânions dans le marché de Hai-t'ang, quelques charges de Squine*) [China-root] — Pachyma cocos — se dirigeaient vers le nord. Ce produit est trouvé en grande abondance dans les collines du Se-tch'ouan, et du Yun-nan, et est hautement apprécié comme médicament»*).

«Une escorte additionnelle de Lolos nous joignit à Hai-t'ang. Ds portaient I leur costume national, et le sous-officier qui les commandait, était décoré en

plus d'une plaque mince ovale en cuivre^ fixée à son oreille gauche par un anneau de même métal. Nous quittâmes nos quartiers confortables pour affronter un ouragan de neige et nous marchâmes laborieusement toute la journée à travers la neige et nous embourbâmes d'un demi pied dans la boue. Des garnisons, chacune supposée être de trente hommes, bordaient la route à des intervalles d'un mille avec des postes entre elles. Cette partie du pays, entourant la frontière ouest du domaine Lolo indépendant, est le théâtre de fréquents raids lolos, des caravanes entières — marchandises, animaux, et individus — balayés et repoussés dans les montagnes inaccessibles à l'est.

«Nos escortes étaient relevées maintenant à chaque garnison, et les hommes

étaient armés de sabi*es. Juste au moment d'entrer dans la plaine deTueh-bsi,

un soldat nous montra l'endroit où quelques années précédemment, une année

de cinq mille hommes avait envahi le pays des Lolos pour punir les marau-

; deurs, et il ajouta qu'aucun n'était revenu pour dire leur sort. Les construo-

^ tiens dans la plaine, qui se déroule nord-est et sud-ouest, ressemblent plus à

des tours d'observation qu'à des maisons d'habitation; elles ont deux étages.

8) Remplacé par la lalsepartilie.

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mais pas de fen&tres au rez de chaussée. Nous ^tmes de nombreux Lolos dans la ville de Yûeh-hsi T'ing; plusieurs d'entre eux employés officiels nominalement, quoique en réalité, des otages salariés pour la bonne tenue de leurs tribus. Ici notre escorte fut encore renforcée, et, lorsque nous quittâmes la Tille dans la matinée du 15 Mars, nous fûmes précédés par une armée de soldats gaiement habillés, armés de drapeaux, de piques et de hallebardes. Le sud de la plaine est partagé en deux vallées par une rangée de collines; celle au sud-est conduit au pays des Lolos indépendants, où aucun Chinois n'ose s'aventurer; à travers l'autre vers le sud-ouest court la route de Ning-youen Fou et du Yun-nan» <).

Notre voyageur rencontre des femmes lolos; la plupart étaient jolies, mais quelques-unes avaient perdu leurs dents de devant.

M. Ârchibald B. Colquhoun, dans son voyage de Canton à (^iqahoan

Mandalay qu'il a écrit sous le titre de Acrosa Chrysé^) (1888) a donné les renseignements suivants sur les Lolos:

Dans le Sud, les hommes Lo-lo que nous avons vus, semblent avoir perdu tout caractère distinctif de costume. Nous n'observâmes jamais chez eux la «corne» lolo, ou le grand manteau, gris ou noir, allant du cou aux talons, qu'on nous dit être un trait distinctif. Mais le voyageur qui peut ensuite les chercher dans leurs propres montagnes, sera récompensé, peut-être, en les trouvant, tels qu'ils ont été décrits comme existant dans les montagnes du Se- Tch'ouan, avec la plupart de leurs caractéristiques nationales. Pour le bénéfice du futur explorateur dans le sud et le sud-ouest du Yun-nan, à en juger par nos enquêtes, je pense que je puis lui prédire la «trouvaille d'un trésor» dans les collines Lo-lo. Là, peut-être, trouvera-t-il la vraie «corne», le manteau de feutre, et l'écriture que nous, à notre grande désolation, avons en vain cherchés.

Un fait curieux, que je lègue au prochain voyageur à élucider, est ceci, alors que le rapport chinois mentionné, aussi bien que toutes nos autres informations, déclarent le Lo-lo noir ou «Os noirs» (ainsi que Les Lo-los indépendants sont appelés par les Chinois) le supérieur des deux classes, dans ce voisinage on considère les Blancs comme les maîtres et les noirs comme leurs inférieurs.

Le Houa (fleur) Lo-lo rencontré à travers le Yun-nan Sud et Sud-Ouest, est probablement seulement une subdivision du Pê^ ou Lo^lo Blanc, Les Lo-los sont considérés par la majorité des missionnaires catholiques romains pour être les mêmes que les Man tseu. Je ne connais rien des Mah tseu et je doute

1) L, c, pp. 107—8.

1) n. pp. 80S— 806.

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qu'aucun Européen en sache davantage. Man tseu est un terme employé par les Chinois très yaguement, comme je l'ai expliqué autrefois dans mon récit, et n'a aucune signification ethnologique.

Il a déjà été constaté . que I-jen et l-chia sont simplement des noms

génériques employés quelquefois par les Chinois pour les Lo-los et quelquefois

pour d'autres trihus. Il ne parait pas improhahle que les Lissû^ Lissou ou Lé-su

i prononcés et épelés de façons variées et différant quelque peu, tels que Lo-su

ou Ngo-su, — sont de la même race que les Lo-lo. Il parait raisonnable de • conjecturer que des croisements du peuple aborigène, spécialement les Lo-lo et

les Shan, avec les Tibétains, les Chinois et certaines tribus sur la frontière du Se tch*ouan et du Tibet, ont produit le vaste nombre de noms de tribus différentes que Ton trouve éparpillées à travers le Yun-nan.

Les tribus Pa-t, Miao et L<hlo seulement, parmi les très nombreuses variétés que nous rencontrâmes dans le Tun-nan, semblent mériter le nom d'une nationalité individuelle. Les premières appartiennent à la race thai ou Shan, habitant le Laos. Déguisées sous une variété de noms de tribus et avec des costumes variés, on les trouve partout dans le sud et le sud-ouest du Yun-*nan . Le nom de Tai a été corrompu en Pa-i ou Po-yi par les Chinois. Ces peaples, dans le sud-ouest du Yun-nan, ont sans contredit, conservé à un degré remarquable leur propre costume, leurs habitudes, leur langue, leurs livres et lear écriture. Et l'on nous affirma, qu'autre part dans le sud, quoique à un moindre degré — sans doute à cause de la faiblesse du peuple, — tel était aussi le cas. Les Chinois disent que les Pai fument l'opium sur une grande échelle; «sur dix, dix fument» nous a-t-on dit. Maiis je ne crois pas que tel est le cas, quoiqu'ils aient appris rapidement cette mauvaise habitude des Chinois.

Nos enquêtes et notre expérience nous ont appris qu'un voyage circulaire très intéressant pourrait être fait de Ta-Ii ou du voisinage, qui embrasserait, sans quitter le Yun-nan, ces Pa-i ou Shans, les Lo-los au Sud, les Si-fans au Nord et les Li-ssus au Nord-Ouest, aussi bien que plusieurs subdivisions de ces tribus. Le futur voyageur dans ces régions fascinantes nous devra une grande gratitude pour cette idée.

Des tribus oiiginales occupant le Yun-nan, seuls les Miao-tseu^ les Man-tseu et les Lo-los ne sont pas encore entièrement soumis au joug chinois. Même dans le Se-tch'ouan, une portion considérable de ces tribus reste indépendante. Les Miao sont divisés largement en trois tiibus, c'est-à-dire les He^ les Pe et les Houng (ou Miao Noirs, blancs et rouges) leur nom venant dit-on, de la couleur de leura habits. On les trouve principalement dans le Yun-nan oriental et le Kouei-tcheou.

On trouve dans les pays des hauts plateaux du Se tch'ouan méridional, du Yun-nan septentrional et du Kouei-tcheou occidental les Man-tseu d'à présent, qui méritent plus que les autres le nom de «Sauvages». On ne sait pas grand chose les concernant, car le fait de chercher des informations de ce

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côté est un dangereux passe-temps. Monseigneur Fenouil, Tévèque Catholique Romain actuel du Yun-nan nous a donné dans les pages des Annales de la Propagation de la Foi son expérience des Man-tseu, L'histoire de sa captivité et de son évasion merveilleuse est narrée dans un langage dont le pathos et rbumour rivalisent avec un vivant talent de description, qui aurait fait de lai un fameux «Spécial», s'il n*avait pas été désigné pour une œuvre tout à &it différente.

Quoique les termes de Noirs et Blancs^ tels qu'ils sont appliqués aux Lo-lo, sont censés se référer simplement à leurs habillements — tout le monde vous le dira ainsi au Yun-nan — cependant il y a une raison de croire qu'ils ont une origine dans l'indépendance, ou autrement, de leur caractère.

Les He Lo-lo^ quand ils ne sont pas soumis, ont la même manière de vivre que les Man tseu. On en trouve une grande quantité, aussi bien que de leurs voisins, les Man-tseu, dans la région connue sous le nom de Liang-chan, dans la partie sud du Se-tch'ouan, qui est séparée du Tun-nan par le Yang-tseu. Cette vaste région est un enchevêtrement sauvage de montagnes presque inaccessibles et recouvertes perpétuellement de neiges et de glace.

Quand le Yun-nan fut conquis par les Chinois, toutes les tribus aborigènes, l'ane après l'autre, se soumirent au joug excepté les Man-tseu et les Lo-los, qui cherchèrent un refuge dans ces hauts glaciers et pays neigeux du Se-tch'ouan, où depuis lors ils se trouvèrent à l'abri de toute atteinte des Chinois.

Le 10 octobre 1885, Mr. F. S. A. Boubkb, Agent consulaire Boarne 1885 anglais à Tch'oung k*ing (Se-tch'ouan), recevait du Chargé d'Affaires à Peking des instructions «ponr faire ane enquête sur la situation commerciale et les communications» des provinces du sud-ouest de la Chine et étudier «l'effet probable que les danses commerciales du Traité récemment conclu entre la France et la Chine exercerait sur le commerce anglais avec les marchés intérieurs du Eouangtoung, du Eouang-si et du Yun-nan».

En conséquence, Mr. Bourne quitta Tch^onng k'ing le 26 octobre, suivant l'itinéraire Yong tch'ouan bien ^ )\\ , Lou-tcbeon (kiang), Yong ning bien ^ ^ , Pi-tsie bien ;|p; "^jf , où il arriva le 12 novembre (cette route a été suivie par la Mission lyonnaise), Wei-nîng tcheon ^ ^ , Yun-nan fou (cette route depuis Tch'ong k'ing a été suivie par Hosie); puis par Youen kiang tcheou (rivière ronge) à Pou enl et Se-mao; par Youen kiang JQ fl^ à E*ai boua

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par Mong-tsen; de E*ai hoDa ^ "ff^ ^ Nan-ning ^ ^ au Eouang-si par Eonang ngan foa ^ ^i Po-se t*ing ^ '^ et Wou yonen bien ;^ )j||| ; de Nan-ning à Eonei-yang [^ 1|^ i &ti Eonei-tcheoa par Ts'ien kiang ^ fX. « ^°S yonen ^ j^ , Li-po ^ ^^ et Ton ynn |^ ^ ; enfin de Eonei Yang à Tch*oung k'ing ^ ^ , ronte également suivie par Hosiei par Tsonen-i fôa ^ 1^ et T'ong-tsen bien |^ ;|ejl . Il était de retonr à Tch'onng k*ing en Mai 1886.

Mr. BouBKB a réuni des renseignements snr les Lolos, d'abord an Eonei-tcbeon, pnis à Se-mao, an Ynn-nan; voici d'abord les renseignements du Eouei-tcbeon : *)

«J'aurais dû mentionner que le 12 Novembre, à Ta-chê-p'ing, nous avions rencontré nombre de Lolos, ou, comme ils sont appelés ici plus poliment, à^I'kia*) (familles barbares) (voir le Vocabulaire Lolo, No. 1). Ils sont très nombreux dans cette partie du plateau; les hommes portent le vêtement chinois, et parlent habituellement le Chinois. Gomme il n'y avait pas de mines à inspecter à T*ang-t*ang, j'allais avec mon clerc chinois faire une promenade et m'enquérir des Lolos, et si possible découvrir un homme qui put m'écrire leurs caractères, lorsque, comme j'étais au milieu du lit sec du fleuve qui coule hors le village, je vis un homme à cheval descendant le sentier de la montagne vers nous sur un bon poney, avec de larges étriers de cuivre, et deux domestiques derrière lui. Un boy qui me suivait me dit alors: «Vous demandiez un I-kia; regardez, voici un Tou-se (chef aborigène) allant à la ville. Je revins alors à l'auberge et envoyai mon lettré faire connaissance avec le T'ou-se, et si possible, me le ramener, ce en quoi il réussit. *

Le T'ou-se était un homme massif, . avec des traits épais, avec lequel il était difficile de frayer. Après que le temps et l'esprit original eurent émoussé sa tristesse et ses soupçons il nous rendit compte des dommages que lui et sa thbu avaient soufferts de la part des Chinois mahométans qui empiétaient snr ses terres, terminant avec une requête que je veuille bien aller et voir nn jeune homme de sa tribu qui venait justement d'être à moitié tué dans une échauffourée. Nous trouvâmes un jeune homme de 18 ans, qui venait justement d'être amené au village, pour y être soigné, couché siir un matelas de cuir posé sur le plancher au milieu de la pièce, le long d'un feu de bois. H avait

]) CÂma, No. 1888. — Report [a — 6871]. 8) Rtpari, pp. 7—0. 8) Les Pères Esqairol et Willittte, da Koaei-tcheon, viennent de publier un JHdioimmM T-jcn (1907).

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de tnauTsis coups de sabre sur l'échiné, le geaoo, et le poignet. Les plaies BTaient été couiertes par un praticien aborigène par des eœpl&tres de simples, qu'j| n'aurait pas été prudent de changer, aussi lui donoais-je le sage ayjs^e ne pas boire et fumer de trop, et je laiseai quelque huile carbolique pour s'en servir quand on ealèierait l'emplAtre. Le T'ou-se fut alors mon ami, et m'invita à retourner avec lui chei lui à ta campagne, où à quelques lieues de là, disaitil, demeurait un perma^), ou sorcier, qui pouvait écrire les caractires Lolo.

Quand je me levai le matin suiTant, il pleuvait des hallebardes. Cependant, l'occaùon était trop bunne pour la perdre, aussi à 7 heures, je partis avec un domestique. Le T'ou-se était au lit, et nous eftmes le plaisir de le voir &ire sa toilette. J'eus peur qu'il ne voulut retarder notre départ, à cause de la pluie qui tombait ft torrents, mais pas du tout; notre stupide ami sortit droit dehors, fit amener les chevaux, sans seulement remarquer qu'il pleuvait. Nous suivîmes un sentier de chevaux qni traversait des torrents et tournait autour des précipices, parfois traversant Veau jusqu'aux genoux des chevaux, parfois peinant à pied dans la boue par-dessus la cheville. Noua avions déjà marché ainsi à peu près trois heures, mais notre h6te nous disait encore que sa maison était plus loin. A orne heures environ, mon domestique allégua que nous ne pourrions pas aller plus loin, parce que nous n'aurions pas le temps de retourner à l'auberge, ce qui était très important pour lui car il ne voulait toucher à aucune nourriture dans les habitations des Lolos, de peur qu'elle ne fClt empoisonnée. Juste au moment où j'avais décidé que nous allions retourner nous arriv&mee en vue d'un cottage, que notre hbte nous indiqua comme étant la demeure du sorcier, où je le persuadai de nous faire entrer. Le Ferma était mal heureusement h trente milles de là, officiant à un enterrement, mais sa femme et son frère étaient dans la maison, et cinq ou six autres Lolos arrivèrent bient&t des cottages plus haut sur la colline. La distance jusqu'à la maisOD du Chef restant incertaine, je m'excusai de ne pas aller plus loia et je me mis en devoir d'apprendre ce que je pouvais des Lolos présents.

Comme il bisait froid, et que nous étions trempés, on jeta du bois sur le feu, autour duquel nous nous asdmes mangeant des noix — la seule nourriture qu'on put obtenir. — Le Chef s'assit et fuma de l'opium. Quant aux eons donnés dans le Vocabulaire (Lolo n' 2) de la langue de cet gens, j'en suis à peu près certain, car les six ou sept Lolos présents étaient tous d'accord à leur si^et. Le fi-ère du Ferma, notre h6te, ne pouvait pas écrire; mais il prétendait être capable de choisir un caractère ici et là dans les manuscrits de •on frère Le frère me dit que le manuscrit ne contenait i-ien que les formules religieuses, des charmes, etc., le seul objet, autant que j'ai entendu dire, pour lequel les Lolos emploient leur écriture. Je demandai alors un manuscrit, La femme et le frère du pa/^ma absent y trouvèrent tous les deux un empfi-

I) Appala fimo pat le F. TisL

68 HBHBI CORDIIB. 662

ebement insurmontable, mais le T'on-se passa par-dessus leurs objeetions et insista pour que j'en aie un. Le Manuscrit est aujourd'hui au Britîsh Muséum.

Ces Lolos avaient des traits plus gros et plus irréguliers que la moyenne des Chinois. La couleur de leur peau semblait assez la même, mais les yeux étaient plus profonds. Ils sont divisés en trois tribus, connues en chinois par «Hei», «Pai», et «Kan» (noir, blanc et sec) Lolo, ou I-jèn, une distinction sans signification, mais correspondant apparemment à une réelle division de tribu. Ils croient à une future récompense, brûlent les morts, adorent leurs ancêtres par le sacrifice d'un boeuf, et n'ont pas d'idoles. Quatre morceaux de papier brun sont censés représenter les puissances de l'autre monde, et trois tiges de bambou leurs ancêtres.

Le fleuve T'ang-t'ang est un cours d'eau insignifiant^ mais a un large lit comblé de débris des collines, et comme le fleuve R'o-tu, est sans doute un torrent formidable pendant les pluies. A Chi-ya-k'ou nous croisâmes la première charrette que je voyais depub que j'avais quitté Chang-haS, nous primes cette charrette pour un présage de meiUeures choses, car elle était d'une construction si grossière, avec de solides roues en bois, qui étaient inégalement aplaties et usées, qu'aucun boeuf n'aurait eu le pouvoir de la tiaîner sur les routes par lesquelles nous avions passé. Et effectivement, un détour du village nous amena à une plaine, si bien que nous avions devant nous un horizon uni, le premier que nous ayions eu sous les yeux depuis que nous avions quitté I-tch'ang. Pendant les. dix milles suivants, à la première ville de la province de Yun-nan — Hsuan-wei-chou — notre route courut sur une étendue de limon rouge et sec, avec à peine deux ou trois maisons en vue.

Hsuan-wei-chou est une ville sur laquelle un pionnier de commerce ne peut pas trouver grand'chose à dire. Mon lettré chinois sortit comme de coutume, armé d'échantillons pour découvrir combien les habitants payaient d'impôts étrangers, mais rerint pour dire que le seul trafic consistait en jambons et qu'aucun [des habitants] dans la ville ne valait 200 livres.

Cette plaine a été presque toute entière dépouillée de bois, probablement an temps de la révolte, où l'on affirme que 200,000 hommes ont campé là. Au reste le manque de bois dans le voisinage des villes est la règle an Yun-nan».

Voici . maintenant les notes prises an Ynn-nan: ^

«En flânant à travers la place du marché à Se-mao, il était évident de voir que plusieurs différentes races étaient représentées même parmi les hommes habillés à la façon chinoise. Le fait est que les hommes des 141 tribus aborigènes qui suivant la «Topographie du Yun-nan» habitent cette province, portent pres-

1) Biifori, pp. 18—19.

668 LBS Lotos. 69

que tous le costume chinois, tandis que les femmes, qui restent à la maison, portent le costume de la tribu. Presque les seuls costumes de tribus que je remarquai fbrent ceux des Ma-hei, qui sont des Lolos et qui s'habillent en noir avec des ornements d'argent, et des Pai-i (Sbans) dont il y avait là quelques femmes. Les Sbans étaient nu-pieds, habillés avec un \ètement qui tenait du kilt et du jupon, allant presque jusqu'aux chevilles — vert tout le tour du bas de la largeur d'un pied, avec des bandes jaunes, rouges, et noires au-dessus. Us portaient de larges boucles d'oreilles en anneaux de corne, qui fiûsaient un disque de la largeur d'un florin de chaque côté du lobe de l'oreille. La tète était enveloppée d'un turban couleur chocolat.

J'eus assez de peine à entrer en conversation avec les gens de race nonchinoise pour m'enquérir de leur langage, car s*ils étaient accostés en pleine rue, ils étaient soupçonneux (car pourquoi des étrangers s'adressent ils ainsi?) et dans les maisons, l'entretien libre était rendu difficile par la présence de deux braves gens avec des ordres obstructionnistes. Heureusement, quelques jours révélèrent le &it curieux que ces hommes passaient leur temps avec une uniformité tout-à-fait invariable. Après le dîner, ils fumaient l'opium, et bavardaient avec cette trivialité abondante particulière aux fumeurs d'opium jusqu'à minuit. Ils choisissaient une place pour dormir quand le soleil luisait sur eux aussitôt qu'il se levait. Ici on peut les voir chaque matin de 7 à dix dormir dans la cour avec leurs pieds gluants et brillants sortant d'un demi-mètre de leurs couvertures. Aussi un matin, j'envoyai de bonne heure un domestique chercher un aborigène.

Le domestique revint avec un homme bâti légèrement, mais bien musclé, avec une tète bien dessinée et une figure très intelligente, rendue intéressante par l'expression de surprise réservée difficile à décrire. Il portait un énorme turban noir, mais autrement était vêtu comme un Chinois ordinaire. Il allait devenir le prêtre ou sorcier d'un village Lolo appelé Na-ni-pa, à 30 lis à l'ouest de Se-mao. Il était justement Fhomme que j'avais manqué dans le Kouei-tcheou. Quelques mots (voyez Vocabulaire Lolo, No. 3) montraient qu'il parlait la même langue que les Lolos du Se-tch'ouan, du Kouei-tcheou et du Tun-nan septentrional. A o6té de la ressemblance générale, qui paraîtra très grande, d l'on considère que Se-mao est au moins à 450 milles de T'ang-t'ang (Voc. Lolo, No. 2) et que les Lolos de Se-mao n'avaient pas de tradition d'où ils venaient, il n'y avait pas à se méprendre aux gutturales nasales et à Vs galloise aspirée.

Comme on lui montrait les manuscrits lolos imprimés dans le livre de Mr. Baber, cet homme dit qu'il ne pouvait pas le lire, quoiqu'il fut sûr que c'était là de l'écriture Lolo, dont il pouvait reconnaître quelques-uns des caractères. n offrit de prendre chez lui une feuille afin de la montrer à un vieux sorcier («per-ma») qui était alité et qui la comprendrait, et promit de m'apporter un de ses propres livres pour me le montrer. Le jour suivant il revint avec la feuille, à laquelle il dit que le vieux «perma» ne pouvait donner aucun sens,

70 HBNftI OOftDllE. 664

quoiqu'il pût en lire les caractèreB; et il apportait aussi un de ses propres manuscrits* C'était un rituel divisé en sections propres à diverses occasions religieuses, par exemple, une partie devait être lue pour purifier une maison après la mort de quelqu'un. H connstait en chants rimes de cinq lignes de caractères, et contenait à c6té une liste des surnoms de la tribu. Malheureusement l'éducation de mon ami avait été négligée, car son père, également un «per-ma», était mort alors qu'il était encore trop jeune pour avoir complété ses études. C'est pourquoi, même capable de lire son livre de prières, il ne pouvait expliquer ce que cela signifiait.

Dans son opinion, ce n'était pas important, puisque le rituel avait été arrangé entre ses ancêtres et les dieux, qui savaient très bien ce que signifiait tout ce qu'il lisait dans la section de droite et donnaient aux caractères leurs propres sons, il disait qu'il était certain de cela. Bfalbeureusement, toutes les notes de ma conservation avec lui sont perdues, excepté quelques feuilles sur lesquelles je l'avais fiût écrire tous les caractères dont il pouvait se souvenir, ajoutant moi-même à côté le son en anglais. Ce document a été recueilli dans ma maison après le pillage et est transmis avec ce Rapport. Les sons sont ti'anscrits autant que possible d'après le système de Sir T. Wade — la figure 5 signifie «ju-shêng» — . les tons ne sont qu'approximati&.

Il parait que le Lolo est une langue du type chinois, avec un petit nombre de mots monosyllabiques ou dissyllabiques accompagnés de «tonsc L'écriture est probablement aussi pareille à la Chinoise en tant qu'un système idéographique basé sur une peinture écrite; mais le «per-ma» de Se-mao, ne connaissant pas tous les caractères, employait un caractère d'un certain son, poor représenter tous les autres avec le même son, comme «Kung» (travail) serait écrit en Chinois pour «Kung» (mérite), «Kung» (public) etc. Tel était le point de vue du «périma».

Les Pa-i, ainsi que sont appelés les Shans, dans cette contrée, sont divisés en ceau» et csec», mais ils parlent la même langue. Shan N* 1 est un vocabulaire pris d'après un Choui (eau) Pai-i, qui venait du district de Mêng-la au sud-ouest de Se-mao.

Lolo N® 4 est un vocabulaire pris d'après un homme de la tribu appelés Ma-hê par les Chinois, qui ont seulement immigré de Test dans le voisinage de Pou-eur Fou, pendant ces six demièi'es années; ils comptent ici une centaine de &milles. Ils sont très timides, et paraissent être une tribu Lolo abâtardie».

Dana la topographie de la Province du Yun-nan (édition de 1836), il y a an catalogue de 141 classes d'aborigènesi chacune avec un nom séparé et nne illustration, sans aucun essai de classification. M^ Boorne est convainca qu'en dehors des Tibétains

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(comprenant les Si-lan et les Ein-tsonng) il n'y a que trois grandes races non chinoises dans le sud de la Chine: les Lolos, les Shans et les Miao-tsen. (Report^ p. 87). Cette classification est adoptée par le Dr. Deblenne. (Mission lyonnaise,)

Le P. Yial ^^ qni réside à Lon-mei-y, a donné de nombreuses ^ogjtlTligQ notes sur les Lolos de sa région qu'il a étudiés de la manière la plus sérieuse dans des articles signalés dans la bibliographie à la fin de ce mémoire, mais dont il a donné la substance dans une brochure imprimée à Zi-ka-wei en 1898 '); c'est cette brochure que je citerai.

Voici quelques-unes des remarques que le P. Yial fait sur la langue des Lolos: Presque tous les mots sont formés d'une consonne et d'une Toyelle; aucune diphthongne, aucune consonne terminale; la syntaxe n'est pas compliquée: 1^ le sujet, 2^ l'adjectif, 3^ le complément, 4^ le Yerbe; les ad?erbe8 et les participes se confondent avec les adjectib; les conjonctions sont à l'état d'embryon; les prépositions n'existent pas; presque toutes les interrogations se forment par le radical ka sni?i du mot indiquant le sens; l'interrogation se fiEdt aussi par la répétition du yerbe; la négation se rend par ma qui se met avant le verbe, ou entre les deux mots lorsqu'il est double; la langue lolo est la même partout par sa structure et son mécanisme ; mais elle se divise en un grand nombre de dialectes par le changement des consonnes ou des voyelles — ou des consonnes et des voyelles; dans un tableau, le P. Yial donne sur quatre colonnes quatre dialectes: V celui de la tribu qu'il habite (gn%\ 2^ celui que parle le P. Blartin qui essaie d'évangéliser

1) Faul Félix Aaffèk Vitl, né en 1866 du diooèM do Orenoble. d« Mûnons étrangère! de Paris, parti pour le Tan-nan le 89 octobre 1879.

2) Lu LolOÊ, Changhai, Imp. de la Million Catholique, Orphelinat de T*oa-iè-wè» 1898, in^.

72 HBN&I OOEDIBB. 666

une tribu man^-têeu sur la rivière T*ong-ho au Se«tch'ouan; le 8^ est pris dans uq opuscule de M. Lefèvre-Pontalis; près de Lai-ehau au Tong-king; enfin le 4® n'est pas autre chose que la langue birmane elle-même. — Si j'en juge par la langue, les Lolos me semblent être les frères des Birmans et les cousins des Pan>i (ou Thai); mais ils n'ont aucune parenté avec les Chinois, ni par la langue, ni par les coutumes, ni surtout par le caractère.

Le P. Vial donne de nombreux spéciinens de l'écriture des Lolos. «Les caractères lolos se rattachent, dans leur origine^ au système idéographique. Dans leur déyeloppement, c'est le syllabisme, le phonétisme syllabique, qui domine».

n consacre un chapitre à la littérature et à la poésie.

«Cette littérature est toute faite d'images et de comparaisons, images prises uniquement dans la nature, dans ce que l'on voit ou sent ou touche ou mange».

Le P. Vial k donné la traduction de plusieurs poèmes ou complaintes, n a donné le texte, le mot à mot et la traduction d'un morceau sur le Déluge universel que je reproduis afin qu'on le compare à ce que rapportent d'autres écrivains de cette catastrophe.

Le Déloge unlTorsel.

«La famille des vénérables ancêtres des Gni (Tribu des Gnip'a) était composée de quatre personnes, trois frères, une sœur, laboureurs: Hier (dirent-ils) nous avons labouré, aujourd'hui à l'aurore nous renverserons et piocherons; les sillons renversés et défoncés, ensuite nous labourerons. Trois jours après nous renverserons et piocherons, les sillons seront renversés et défoncés. Une nuit pendant qu'ils se reposaient, minuit arrivé, le vénérable esprit Gninia, un bâton d'argent à la main, défonça et renversa les sillons. Le frère aine (dit). «Il &ut le frapper. Le cadet (dit): Il faut l'enchaîner. Le dernier (dit): Interrogeons-le lin peu! Vous, pourquoi avez-vous ainsi agi de cette manière? (Il répondit:) Vous, trois frères, il est inutile de labourer la terre, l'époque du déluge est arrivée; l'eau doit submerger du ciel à la terre, et de la terre aucieL Tous les hommes doivent être submergés». — Nous quatre, frères et sœur, qu^allon^

667 LU LOLOi. 73

nous fidre? dirent-ils. Le frère aine s^enferma dans un coffre de fer (et fut submergé). Le cadet s'enferma dans un coffre de cuivre (et fut submergé). Le dernier, avec sa sœur, s'enferma dans un coffre de bois. «Prenez un œuf de poule avec vous; tant que le poussin ne chantera pas, n'ouvrez pas la porte du coffre; dès que le poussin chantera, ouvrez la poi*te du coffre. Ils étaient arrêtés sur un chêne à mi-rocher du mont Moutou (ou Mouto); descendre, et descendre, ils ne le pouvaient pas; monter, et monter ils ne le pouvaient pas. Sur la roche avait poussé une branche (racine) de bambou: Je m'attache à ta tête (dit-il) pour, par toi, monter sur le rocher. Etant monté sur le rocher, moi, qui, auparavant, n'ai jamais adoré aucun esprit, maintenant je veux t'adorer comme esprit. C'est depuis lorr que nous adorons (ce bambou) comme ^esprit (des ancêtres)», i).

Ce que dit des Lolos le D'. DEBLBmnB, attaché à la Mission MisBion lyon.

naiBe 1895

lyonnaise, est assez insignifiant; il a surtout reproduit Topinion de ses devanciers; je note toutefois cette observation personnelle:

«Les Lolos que nous avons observés dans le Yun-nan oriental, à Tou-dza, Y-o-fong et Lou-mei, avaient la taille un peu au-dessus de la moyenne. Us m'ont paru mésaticéphales, avec tendance à la dolichocéphalie, marquée suitout chez les Ko-pou de Tou-dza».')

On trouvera, {. c, p. 85, la photographie d'an village lolo, près de Ynn-nan fon, communiquée par le P. de Qorostarzu, procureur de la Mission catholique de Tun-nan fou, et p. 41, une photographie, communiquée par le P. Bonhomme, de coiflEures de femmes lolos de E'iu tsing fou.

Le P. Gourdin '), missionnaire au Se-tch'ouan méridonal, écri- Gourdin 1878 Yait du Eien-tch'ang, le 30 juillet 1878:

«Les vallées sont généralement occupées par les Chinois, chaque jour plus nombreux. Ils ont pris, comme partout, ce qu'il y avait de meilleur. Les montagnes de Test sont occupées par les Lolos cultivateurs, pasteurs et surtout

1) Vial, /. e., pp. 61—6.

2) La MiuUm lyoïmaise en CMne 1895—1897, p. S76.

8) Edouard François Gourdin, da diocèse de Beaayaii; Hissions étrangères de Paris parti le 15 août 1868; missionnaire an Se-tch'ouan méridional.

74 HBVEI CORDIIB.

pillards émérites, qui réduisent en esriavage tous les Chinois dont ils peutent s*emparer. A l'ouest, les montagnes sont peuplées d*un mélange de tribus Lolos, Sy-An, M6hbo, tfaibétain qui tendent à disparaître de plus en plus devant le Chinois envahisseur et destructeur de leurs forêts autant qu*avides de leurs biens». ^)

^""mt^ ^ ^* ^^ GuiBBiÀHT *), chargé depuis 1892 on 1898, de la région du Eien-tch*ang, est provicaire de la mission da Se-tch'ouan méridional; ayant de servir de guide à M. d*011one, il avait Ini-même voyagé dans le pays confié à son zôle apostoliqne et il a rendu de grands services ans voyageurs français qni ont en reconrs à lui.

Le Se-tch'ooan ^ )\\ en s'enfonçant au sad comme un coin dans le Tun.nan forme le Eien.tch'ang ^ g dont le prindpal fonctionnaire est le préfet de Lin-yonen fou ou Ning-yonen ^ ^ avec an-dessons de Ini pour Taider dans l'administrationi les mandarins de Yné hi t*ing, Mien lin bien, Si-tcbang bien, Honei-li tcbeou et Ten-yonen bien.

Le 8 novembre 1898, le P. de Gnébriant quittait sa résidence de Té Tcbang, an sud de Ning yonen, appuyé snr la chaîne de montagnes qni sépare les deux vallées dn Ngan-lin-bo et du Eîn bo. Il passe le Ya-lonng-kiang, arrive à Yen ynen bien, visité par Hosie, passe à Yen-tsin, La-sa-tien, le village de Mien bona ti dont le missean marque la frontière dn Se-tch'onan et du Ynn-nan et se jette pins loin dans le Pe Cboni kiang, nom local dn Yang-tseu, Honng pou so, la pins ancienne chrétienté dn Eian-tcb'ang, et arrive à Honei-li-tcbeon (22 nov.) qu'il quitte le 24, se dirigeant an nordest vers Pei-châ, et en cinq étapes, cent à cent vingt kilomètres, gagne làn-yonen.

Voici sa découverte de mannscrits lolos, lorsqu'il a quitté Te tcbang:

1) Miuioiu eatâoUçuet, XI, 1878, pp. 816--6.

S) Jâon^B^tiite Maria Bades do GaArisnt, de la Emilie da oAibn mar^hil de Fraaoe; da diocèee de Paris; Mitsioni étrangèna de Paris; parti le 7 octobre 1886; missionnaire an Se-tch'oaan m^ridionaL

669 LIS LOLOs. 75

«Des édita de mandarins de tonte catégorie en tapissaient les murailles, et, en charmant les yeux, attestaient la sollicitude d'un gouTemement toujours prodigue d'encre et de littérature quand il s'agit d'adoucir les moeurs des populations arriérées. Soudain, parmi ces hiéroglyphes familiers, un carré de papier fixa mon attention. Des caractères inconnus, pas plus tibétains que chinois, s'y étalaient avec désinvolture au milieu des solennels cachets des pancartes officielles. C'était une affiche en écriture lolo, chose que je n'avais pas rencontrée encore. J'interrogeai avec curiosité. Les Lolos un peu apprivoisés finirent par nous confesser que leur pé-mou, autrement dit leur sorcier, avait là tout à c6té une caisse remplie de ces grimoires.

«^ Vite, qu'on appelle le sorcier!

«— Le voilai

« — Où sont tes livres?

« — Je n'en donne pas.

« — Montre toujours.

« — En voilà deux.

« — C'est bon; nous les prenons tous les deux. Que veux-tu en échange?

c~ Le fusil du «grand homme».

« — Pas dégoûté I tiens, voilà mon mouchoir en belle toile européenne; çà va-t-il?

«— Çà va.

« — C'est bien; le mois prochain, viens à Té-tchang et pour chaque cahier on te donnera un mouchoir ou mieux encore».

Si donc vous voulez des manuscrits lolos, vous savez maintenant où vous adresser. Pour une douzaine de mouchoirs du Bon Marohé, vous pourrez acquérir un stock authentique à faire pâlir d'envie la Bibliothèque Nationale». ^)

Ce n'était pas le premier voyage da P. de Guébriant chez les Lolos; déjà en 1895, il ayait trayersé leur pays; «C'est à un missionnaire, le P. de Gnébriant, qae je dois de connutre la possibilité de suiyre la route qae j'ai explorée. Il l'avait prise pour revenir du Yun-nan, où il s'était réfugié pendant la persécution religieuse dn Se-toh'ouan en 1895; je lui en exprime ici tout mon remerciement. Mon itinéraire, qui s'écarte en partie dn sien, m'a permis d'aller visiter dans sa résidence le principal chef des Man-tsea blancs, le T'oa-se (prince) de Mon-ki-ton, qui jouit encore d'une grande influence malgré les spoliations des mandarins chinois».')

1) Miêtùmi eéiiÂoHquâi, 1890, p. 80.

8) C— B. Bonin, Soc. de G^g., Ompiei rmtdui, 1890. p. 86.

76 HBHBI OORDIIB. 670

«Le P. de Guébbiavt, écrit M. d'OixoME <), poesède à Ning-youen fou, à vingt jours de marche de toute voie fluviale, tout ce qui a paru sur les explorations asiatiques; lui-même a parcouru dans tous les coins la région entre le massif des Lolos et le Yang-ts'eu ; il en a levé les itinéraires presque tous nouveaux. Si le temps lui a manqué pour dessiner ses levés, ses carnets sont complets; il les ouvre avec un désintéressement sans égal en fiiveur de tous les Français. Il les a communiqués à MM. Madrolle, Bonin, de Marsay. J'ai pris copie de ces levés et je compte en dresser la carte et la présenter de la part de Fauteur à la Société de Géographie».

^^892^^^ Le Bév. W. M. Upobaft, misùonnaîre américain de Sooi-fou, parlant des hommes sauvages du Se-teh'ouan (Leang chan), décrit sommairement leurs mœurs; notous ce qu'il dit des maisons dans lesquelles se réfugient les Chinois lors des incursions des pillards:

« Un trait saillant du paysage est le grand hàtiment à trois étages blanchi à la chaux, s'élevant comme la tour d'un ch&teau au-dessus des petites chaumières groupées autour d'elle. C'est la forteresse commune dans laquelle les habitants courent s'abriter lors des incursions des Man-tseu. La porte est solidement protégée par une barrière, les murs sont percés de meurtrières, et autour des murs juste au-dessous du toit surélevé, sont entassées de grosses pierres, pour server de munitions à la garnison assiégée».

«Leurs vêtements de feutre viennent de l'ouest, et en ce qui concerne Leipo, les Man-tseu exportent plus qu'ils n'importent. Ils font une grande consommation de l'alcool brûlant appelé «ho-jiu» (vin de feu)».

«L'idolâtrie n'est pas beaucoup pratiquée, l'usage de l'opium est inoonna, mais une forme grossière du culte des ancêtres a prévalu. Les morts sont incinérés et quand c'est un chef de famille, un morceau du bois carbonisé du bûcher est conservé; on en polit la suiface et on y dessine une image grossière du défunt. Cette ressemblance approximative est placée bien en vue et adorée par la famille. Ceci à part, il ne parait pas y avoir beaucoup de coutumes idolatriques». ')

Henri Daus SOU Toyago Du Tonkin aux Indu le prince Hknbi d'OaiiAVS

d'Orléans

1896-1896 a relevé dans le Ynn-nan des particnlarités sur les Lolos et il a donné 25 vocabulaires dont 6 Lolos pris à Ghen-pe-te, à Machatsa, à Ee-tcbea, à Se-mao, à Chian-na-ling, à La-li-chin.

1) La OéograpÂiâ, 16 sept. 1907, p. 196.

S) TAe Wild Men of Sgekuan, CJUn, Bee,, Oet. 189S, pp. 476—8.

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