‹ Les Lolos. Histoire. Religion. Mœurs. Langue. ÉcritureChapitre 19 sur 32 · NAISSANCE. MARIAGE. MORT · texte numérisé non relu

NAISSANCE. MARIAGE. MORT

Naissance. — Garçon ou fille, tout est reçu avec joie et soigné avec amour ; aucune cérémonie spéciale, que je sache, n'accompagne rentrée au monde de cette jeune âme. Du sein de la mère Tenfant passe sur le dos de sa petite sœur, qui le promène ainsi à travers le village tout en jouant avec ses compagnes. Si le bambin n'a pas de sœur, on invite une petite voisine moyennant un léger cadeau ; et ainsi il roule jusqu'au moment où il peut marcher avec ses propres jambes.

Le costume de la j^une fille varie avec Tâge ; mais je n'en donne pas la description, car le costume changeant avec la tribu, parfois même dans la même tribu, une description serait forcément ou trop longue ou trop restreinte. Je dirai seulement qu'il est presque toujours impossible de distinguer une jeune fille d'une femme mariée. Il n'y a que le costume d'apparat où Ton puisse quelquefois remarquer une différence.

Mariage, — Il semblerait que l'antique coutume des Lolos est de ne fiancer leurs enfants que lorsqu'ils sont eux-mêmes en état de choisir. Tel est, du moins actuellement, l'usage le plus général. Toutefois la mauvaise habitude chinoise de fiancer dès le bas âge commence à s'introduire, avec ce correctif pourtant que plus tard les enfants pourront se séparer s'ils ne se plaisent pas.

Si vous voulez connaître le fiancé ou la fiancée de tel ou telle enfant, vous n'avez qu'à le lui demander; votre question ne l'étonnera pas, et il vous répondra en toute ingénuité.

Les fiançailles doivent avoir lieu deux fois. Le père du fiancé, accompagné de deux ou trois amis, se rend chez le père de la jeune fille pour y prendre un honnête repas à ses frais. C'est dans cette circonstance que Ton chante le récit du Déluge (dalaje).

Quelques mois après, on répète cette cérémonie et Ton fixe le jour du mariage. On calcule si la récolte sera bonne et à quel moment le porc pourra être tué. Il faut aussi tenir compte des traditions; ainsi, dans la tribu gni, les noces ont lieu à la fin ou au commencement de Tannée, selon que Ton habite l'ouest ou l'est. Deux jours avant la noce, le fiancé porte lui-m.ême la cor^ heille de mariage. Les cadeaux consistent en

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12 livres d'eau-de-vie, 12 livres de viande, 12 morceaux de teou-fou, 2 morceaux de sel, 2 mesure (chen) de riz, 2 paniers (pou-lo), 2 poussins, 3,600 sapèques, 1 habit complet, 1 tablier d'ornement, 4 pièces de toiles (deux rouges et deux noit-es).

Telle est du moins la règle; mais il va sans dire qu'il est rare que les cadeaux ne soient pas plus nombreux. La noce dure trois jours, ou plutôt une soirée, un jour plein et une matinée; et chaque jour a ses cérémonies spéciales.

1*"^ jour. — Le V jour, le fiancé, accompagné d'un nombre indéterminé de garçons d'honneur, arrive à la maison de sa fiancée,' pour y prendre un repas. Le garçon et la fille d'honneur sont toujours le dernier marié et la dernière mariée du village.

Au coucher du soleil, pendant que la fiancée est habillée par son oncle, il se passe à l'extérieur une cérémonie singulière. Au milieu de la cour, sur une table, on a disposé du riz, des légumes et des éclats de sapin. Une échelle- est appliquée à côté de la porte et le sorcier y monte muni d'une poule. Il commence à chanter la complainte de la mariée et finit en disant :

Sa ta, ge ma ta; Le gendre veut, l'oncle ne veut pas; ge ta, ke ma ta; l'oncle veut, elle ne veut pas; ke ta, fi ma ta! elle veut, ne les séparez pas!

A chaque phrase le pimo tire la queue de la poule qui crie, naturellement; et puis il la lance en l'air en disant: ge lé, ge lé, ge lé, ge lé, «sortez, sortez, sortez, sortez!» A cet instant, la tante cassie, sur le pas de la porte, un bol plein d'eau. Le fiancé sort, suivi de ses garçons d'honneur; il doit porter un panier vide dans lequel chacun peut jeter une pierre ; il fait trois fois le tour de la table et s'en va.

Bientôt la jeune fiancée, portée sur le dos de son frère aîné, sort ainsi équipée: deux filles d'honneur marchent à côté d'elle, étendant un voile sur sa tête. Tout le monde fait trois fois le tour de la table ; le frère dépose son précieux fardeau et l'on se dirige vers la famille du fiancé. Là, sa belle-mère lui offre d'abord une petite branche verte dans un vase rempli d'eau, signe de sa fécondité; ensuite un peigne, en lui disant: «Peigne-toi chaque jour avant de faire cuire le riz, afin que tes cheveux no tombent pas dans la soupe.» Puis elle se rend chez tous les parents de son fiancé pour les saluer. Enfin on se sépare, le fiancé et ses suivants dans une maison préparée ad hoc; la fiancée et ses suivantes dans une autre, où tous couchent sur la paille éten-^ due par terre. '^v

Ce soir-là tous les invités ont été hébergés aux frais de la famille de la fiancée.

2® jour. — Je ne décrirai pas le repas. Il est étendu par terre sur une couche d'herbe. Tout le monde mange ensemble, bien que les hommes et les femmes se séparent en général pour la commodité de la conversation. Le fiancé d'abord, la fiancée ensuite, font le tour des tables en versant un petit verre à chacun. On se promène pendant toute la journée. La fiancée doit faire un semblant de cuisine et aller chercher l'eau; le fiancé de son côté va dans les champs faire semblant de piocher la terre.

3" jour. — C'est le dernier jour: on a de nouveau préparé une table, mais cette fois devant la pprte du fiancé; on y voit les mêmes objets déjà décrits. Tous les parents sont réunis; les deux époux sont à genoux, Tépoux le front levé, l'épouse le front par terre et couverte d'un voile. Deux joueurs de flûte font entendre des accords très doux, et chaque parent, en commençant par le plus vieux, place quelques sapèques devant chacun des deux conjoints, en donnant un peu plus à la fille qu'au garçon. Ce sera leur première fartune. Ils se lèvent après avoir adoré le Dieu suprême [Kedze); la jeune épouse prend les petits morceaux de bois préparés et va commencer son office en allumant le feu. Tout le monde se sépare peu à peu, et la reine d'un jour quitte ses beaux atours pour revêtir les habits de travail.

Il est d'usage de dire que chez les Lolos la jeune épouse s'en retourne chez ses parents et ne revient que lorsqu'elle porté un signe de sa fécondité. Pour ne parler que des Gnipa, cette coutume n'existe pas chez eux. Sans doute la jeune épouse s'en retourne : mais c'est uniquement parce que son cœur n'est pas habitué à l'absence; elle revient, puis elle s'en retourne, puis elle revient pour ne plus s'en retourner.

Je l'avoue cependant, il y a des tribus, comme celles des Kopou et des Nasepou, où la jeune mariée se fait parfois attendre un an, deux ans et même plus. C'est un abus, mais il ne va pas plus loin; et il faut que les préjugés contre ce peuple soient bien enracinés pour oser en conclure à une monstruosité.

Funérailles, — Du mariage à la mort, il n'y a parfois pas loin: j'y passe sans transition. Il n'y a pas cinquante ans que chez les Lolos on brûlait les morts, on enfermait leurs cendres pêlemêle avec de la cendre de bois dans un vase, et ce vase était enterré ; tout autour de lui on disposait une rangée de pierres et tout était dit. Cette cérémonie, grâce à Dieu, est abolie actuellement; les funérailles des Lolos différent peu des funérailles chinoises. La distinction la plus importante est celle de la danse.

Chez les Gnipa la danse est une cérémonie religieuse et non un amusement. Les danses sont nombreuses : la danse du lion, du tigre, de la lance, du couteau, du bâton, etc., les danses en rond où chacun joue de son instrument, et enfin la danse des

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