‹ Les Lolos. Histoire. Religion. Mœurs. Langue. ÉcritureChapitre 20 sur 32 · NAISSANCE. MARIAGE. MOUT. »U · texte numérisé non relu

NAISSANCE. MARIAGE. MOUT. »U

sapèques (1). Je n'en décrirai aucune, ce serait fastidieux; j'ajouterai seulement que les femmes ne dansent jamais, du moins chez les Gnipa et dans les tribus environnantes. Du reste, toutes ces danses sont très honnêtes et je ne fais aucune difficulté d'y assister.

Pendant que l'on danse d'un côté, les pimo ou sorciers prient de Tautre : assis devant une table bien garnie, les yeux sur leur livre, chacun récite à tour de rôle un verset de la prière des morts commençant par une magnifique description du ciel qui s'ouvre et des juges qui se lèvent.

Après l'enterrement, le chef pimo, s'étant à l'avance muni d'une tige d'orchidée (feeiew), en coupe une longueur de sept nœuds, si le défunt est un homme, de neuf nœuds si c'est une femme (le tout a une longueur de neuf à dix centimètres); et à l'aide de quelques minces filoches de toile on forme une espèce de petit bonhomme; ce sera l'image de celui qui vient de mourir. Elle sera pour le Lolo ce qu'est le lin-pai ou tablette des ancêtres pour le Chinois,

Cette image sera placée entre le mur et le toit, où les deux se rencontrent ; parfois cependant elle sera suspendue au mur ou placée dans une boîte. Mais, comme l'un doit faire place à l'autre, le plus vieux sera remis dans une anfractuosité de rocher, où ses descendants viendront le visiter une fois par an.

Il est singulier que ce culte des ancêtres se rencontre chez des peuples si différents; on ne peut pas plus dire qu'il est passé des Chinois aux Lolos que des Lolos aux Chinois; mais ces deux peuples, comme plusieurs autres sans doute, le tirèrent d'une source commune. Ce culte n'est pas plus le signe d'un amour filial bien sincère que d'une combinaison politique très profonde, puisqu'on le retrouve chez des nations san^ cœur et des peuples sans tête. Mais peut-être tous ces placards chinois, comme ces bonshommes lolos, ne sont-ils qu'un souvenir de leurs premiers ancêtres ou patriarches dont ils auront dû se séparer.

Avant de terminer ce chapitre, je veux dire quelques mots d'une coutume digne d'être notée et décrite. Je veux parler de luttes comme aux pardons de chez nous. Ces luttes n'existent, à ma connaissance, que dans deux tribus, celles des Gni et des Ashi, toutes deux actuellement ouvertes à l'Evangile.

Dès que dans un pays la récolte a manqué, la mortalité est plus grande, les chefs du village se rassemblent et font vœu de se battre un, deux, ou trois jours de suite; le temps est fixé et l'on envoie des hérauts revêtus d'une écharpe l'annoncer, soit dans les villages, soit dans les marchés, en toute langue parlée

(1) La danse des sapèques a un nom chinois : Pa otuing pien, «le bâton du roi Pa.» J'ignore quelle tradition se cache sous ce nom, et si cette appellation est antique ou moderne.

et comprise dans le pays. Au jour fixé, on aplanit le terrain de la lutte, terrain uniquement consacré à cet usage et que Ton ne peut changer; sur une hauteur dominante on forme un pavillon où se tiendront les juges qui ne sont autres que les anciens du village. Derrière le pavillon flottent au vent deux écharpes, une rouge et une verte, fixées au haut d'un mât.

A la lutte vient qui veut, autant qu'il veut et comme il veut; pendant tout le temps on sera hébergé pour rien, et par la première famille où il vous plaira d'entrer. La lutte s'ouvre par des prières, que le pimo récite en faisant le tour du cirque; des enfants, munis d'un bambou, sont placés en garde pour écarter les importuns. Un héraut s'avance portant en sa main une poignée de palmes attachées deux à deux par un bout, lequel est caché dans lès deux mains enveloppées d'une étoffe rouge. Tous ceux qui veulent lutter s'avancent et d'une main prennent une palme par le bout resté libre. Quand tous les bouts sont pris, le héraut ouvre ses deux mains et les adversaires sont indiqués par les palmes nouées à un bout et que retiennent à l'autre extrémité deux des lutteurs.

Pour lutter il faut se dépouiller de tout, excepté de son pantalon. Les deux lutteurs commencent par s'embrasser; puis ils frottent leurs mains sur le sable et se mettent en garde. On est vaincu quand les deux épaules ont touché terre. Quand tous les lutteurs ont donné, la moitié est éliminée, et le héraut recommence la première cérémonie. Une moitié est encore éliminée, et bientôt il ne reste plus que deux hommes en présence; c'est le moment le plus solennel. Enfin le vainqueur est proclamé; ensemble on va remercier Dieu {Kedze); l'écharpe rouge est passée en sautoir au premier vainqueur et l'écharpe verte au second. La lutte est fermée par une dernière prière.

J'omets forcément bien des détails; je crains même d'avoir été trop long, et cependant, après cette étude des Lolos, je voudrais encore dire quelques mots de deux autres races, les Tchong-kia-tse et les Miao-tse. Un chapitre me suffira pour dire le peu que je sais de ces deux peuples. J'ai eu Toccasion de voir assez souvent des Miao-tse et, si j'en avais le temps, il me Serait facile de compléter mes renseignements.

Quant aux Tchong-kia-tse, tout ce que je sais, je le dois à l'obligeance de mon aimable confrère M. Roux, Miss. Ap. du Koei-tcheou, dont la plupart des chrétiens appartiennent à cette race. C'est de ses lettres que je vais tirer une grande partie du chapitre suivant.

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