LES TCHONG-KIA-TSE # 3ÎÎ ÎF ET LES MIAO-TSE S
Tchen-lip, 17 Décembre 1889.
Mon cher Confrère,
La venue de Sa Grandeur a retardé jusqu*à ce jour ma réponse à votre lettre dû 31 Août. Mais aujourd'hui je suis libre et j'entre tout de suite en matière,
1ère D. — Quelle est, me dites-vous, Tidée générale que les Chinois se font des indigènes au Koei-tcheou?
Rép. — Au Koei-tcheou les Lolos sont des Lotos, les Tchongkia-tse des I^kia et les Miao-tae des Miao-hia, Il n'y a qu'un cas où on les confonde tous ensemble, c'est lorqu'on les compare ou oppose aux Chinois: les Chinois et les indigènes J-/ian (/ indigène, han Chinois). Et il est à remarquer que les Chinois mettent toujours les indigènes avant eux.
2® D. — Quels sont les vieux habitants du Koei-tcheou?
R. — 1. Les Kao-j'en; 2. les Ke-lao Jg 4^; 3. les 70 tribus de Miao-tse; 4. les Tchong^kia-tse,
Ces derniers se disent venus du Kiang-si (il y aurait de cela 800 ans et plus) pour anéantir les Ke^lao. Si cela est vrai, ils auraient assez bien réussi, car il ne reste presque plus guère d'autres Ke^lao que ceux qui reposent dans les immenses tombes qu'on retrouve partout. A la suite de ces boucheries, ces I^hia se seraient mariés avec les filles et les veuves de leurs victimes ; de là le vilain nom de Tchong-kia-tse, fils de toute race, que les Chinois leur donnent en secret. La vraie prononciation est ;^ Ç Tchong-hik-tse, «lourdes cuirasses» faites de peaux de buffle taillées en forme d'écaillés de poisson.
3® D. — Combien de castes y a-t-il chez eux?
R. — J'en connais trois seulement: les I, les Na, les Long.
Dans leur langue ils se nomment Peou-i, Peou-na, Peoii^long (peou est la numérale des personnes). Les Lolos sont appelés par eux : peou mienn.
Quel est leur culte?
Ils n'adorent rien du tout; mais ils sont, en cas de maladie, fort superstitie.ux et ont recours au diable, à qui, ils offrent des sacrifices. Autrefois ils adoraient une belle croix; mais ce culte n'existe plus guère que dans la mémoire des vieux. A Ho-tang, à une journée au-delà de Lang-tai-t*ing, sur la route du Yun-nan, j'ai encore vu une de ces croix, vieille d'un siècle peut-être, haute de deux pieds ou même un mètre : elle était dans une petite pagode. Sur ma demande, un vieillard m'a répondu que c'était leur Paota (vénérable aïeul). Autrefois on portait cette croix en procession sur la montagne, en ornant les deux bras d'un grand nombre d'œufs, recouverts eux-mêmes de petites croix.
5" D. — Quelle est leur langue?
R. — Les Tchong-kia^tse ont une langue monosyllabique. Les consonnes sont surtout dentales ou gutturales, très peu sont nasales. Sauf la lettre r^ toutes les lettres de notre alphabet peuvent trouver un emploi. La phrase se construit à peu près comme en français; v. g. on dit le maître du ciel et non comme en chinois (et en lolo), du ciel le maître. Les verbes sont sans conjugaison. Le complément suit le substantif.
Chaque catégorie de mots a son numéral déterminé :
te, numéral de l'homme — te ven, homme.
lia, , ,
va, ,,
tou, ,,
ko, ,,
leCj , ,
Ciel terre eau boire dîner
mang. le riz le soleil le vin
la femme — tza za, femme.
des instruments — va fao^ couteau; valing, serpe.
des animaux — tou ky, bœuf; tou veg, buffle.
des arbres — ko vay, un arbre.
des fruits — lec ma, un fruit.
de ben na zang zain ken ken yn ken a o tany van lao
père
mère
feu
manger
souper
m. viande
la lune
po mié vey ktn
ken Uao ken no tou kao
Dieu corps âme déjeûner
ehleou ben de dang min fan ken gai
m. une poule kennokay dormir tac mên
les cheveux toc pee
Voici la numération : 1 leao, 2 slong, 3 slam, 4 sley, 5 ha, 6 soc, 7 tsàt, 8 piat, 9 keou, 10 kiep, 11 kiep it, M'kiep ngnee.
LES TCHONG-KI A-TSE ^^ ^ ^ ET LES MIAO-TSE "gg ^. 3.")
6® D. Quelles sont les divergences entre les trois tribus?
R. — Les divergences sont surtout accusées par le costume; les dialectes ne sont point tellement différents que Ton ne puisse absolument se faire comprendre entre les trois tribus. — Changez les sh des Peou-i, et remplacez-les par s, et vous avez la prononciation des Peou-na; retranchez Te final toutes les fois qu'il est précédé de la lettre i (le) et vous parlerez comme les Peou-na, et les Peou^long, Il ne reste plus que deux mots sur dix qui diffèrent entre eux.
7® D. — Les Tchong-kia-tse diffèrent-ils nettement des Miao-tse?
R. — Oui, par les mœurs, les coutiîhnes et la langue.
8« D— Diffèrent-ils des Lolos?
R. — Oui, pareillement, autant du moins que je puis en juger.
9® D. — Les Tchong-kia-tse chantent-ils?
R. — Oui, en leur langue; même ils aiment à chanter; ce sont des chants d'amour, langoureux, plaintifs. La danse n'existe pas chez eux, mais la musique y est en honneur.
Les réunions des deux se-xes sur la montagne, où il y a combat d'éloquence et de de poésie, existent encore, mais tendent à disparaître.
10® D. — Quelle est la physionomie du Têong-kia-tse?
R. — Le Tchong-kia-tse a l'angle facial petit, le nez large et aplati, les lèvres tout près du nez : moins intelligent que le Chinois, il a plus de cœur; bon soldat, mauvais travailleur: les femmes font les trois quarts de l'ouvrage.
Tels sont les renseignements du plus grand intérêt que mon confrère a bien voulu me donner sur le peuple qu'il évangélise.
Miao-tse — J'aurais pu approfondir davantage mes informations sur la race miao-tse, mais mon temps a toujours été pris par des travaux plus importants. J'espère trouver quelque jour des circonstances plus favorables pour parfaire cette étude.
Dans leur langue, les Miao-tse s'appellent Hmong ; ils se divisent en nombreuses tribus : Miao-tse secs, Hmong sha; Miao-
;]ii
tse noirs, Hnwng Uo; Miao-lse fleuris, Hniong doit; Miaotsti blancs, H mon g bia, etc-.
Ils se disent originaires de Vest, de l'autre côté du fleuve (probablement le fleuve de Koang-tong).
Quand je leur ai demandé s'ils adoraient leurs ancêtres, ils m'ont répondu : «Oui ; mais ils sont là-bas, et nous ne les menons pas avec nous.»
Voici quelques mots de leur langue :
Ciel
moudo
terre
tie
père
tte
mère
mai
époux
voù
épouse
mang
au
to
fille.
to usai
maison
pie
soleil
hno
lune
ka hU
feu
teu
jupe
k'otai
v||3ton
ko tehao
homme
ka iôa
femme
kapa
belle-sœur
nai niang
grand
hUto
petit
iou
frère aîné
tl Iou
maïs
ken djé
blé
ta mdo
avoine
ma hmong
cheval
nèn
bœuf
ma tlang
poule
kai
coton
ka huai
chanvre
mang
toile
m. dou
cotonnade
w' dou vè
toile de chanvre
m dou mang
riz en cosse
mhU
riz blanc
Ub
riz cuit
k' nno •
fleuve
nai
s'asseoir
zo
bouillir
hou
avoir faim
kiou tchai
rassasié
rmo tchou
l'eau bout
tlebou
or
ko
argent
nie
Numération : 1 y, 2 ao^ 3 pee^ 4 plou, 5 tchè, 6 toUj 7 siang, S y, 9 kia, 10 kou, 100 y pa, 1^000 y tsai.
Mon confrère M. Roux m'écrit du Koei-tcheou: «Les Miao-tse non-seulement ne sont pas indépendants, mais ils sont les gens les plus dépendants, les plus serviles, les plus serviables du monde. C'est précisément leur bonhomie et leur simplicité qui les a rendus plus faciles à tromper.»
Au Yun-nan cette race est très nomade et les agglomérations peu nombreuses, mais il y en a partout.
Ils aiment la danse et la musique ; leur principal, pour ne pas dire leur unique instrument est ce que nous nommons la flûte de Pan (en chinois lou-sen).