L'ÉCRITURE DES LOLOS. IDÉOLOGIQUE, PUIS PHONÉTIQUE
Les caractères lolos se rattachent, dans leur origine, au système idéographique. Dans leur développement, c'est le syllabisme, le phonétisme syllabique, qui domine.
Les signes idéographiques représentent où peignent à la vue les idées de l'intelligence. Représenter les objets physiques était chose facile, c'est le premier âge dans l'enfance de la peinture; c'est, pour ainsi dire, l'art de peindre des bonshommes. Mais cet art ne suffisait pas, il fallait avancer jusqu'à la science bien plus difficile de représenter les idées abstraites.
Tandis que l'écriture phonétique ne fait qu'un avec la langue dont elle est l'écho, qu'elle change, parait, disparaît, reparaît avec les sons de la voix, l'écriture idéologique au contraire est une langue à part, la langue des yeux, et elle peut se modifier, s*agrandir, se perfectionner, se détériorer, sans entraîner avec elle la langue parlée, langue de l'oreille, dans ses transformations.
La richesse de Tune ne diminue pas la pauvreté de l'autre.
Rien n'est plus misérable qu'une langue monosyllabique ; c'est un instrument de musique sur lequel l'intelligence est obligée de jouer plusieurs airs avec une même corde et parfois une même note.
Par exemple, je prononce la syllabe ba (pour me servir de la langue que j'étudie); quelle est l'idée visée par mon intelligence? est-ce père? briller? jouer? pannier? mince? etc. je n'en sais rien, et ce n'est qu'à la lumière du contexte que jç saisirai l'accord entre ce mot et l'idée qui s'y cache.
Ces mots ne se fléchissent pas, on ne peut ni les allonger, ni les raccourcir, ni les accorder; il ne restait plus qu'un moyen pour les diversifier, sinon les multiplier, c'était de les hausser ou de les abaisser par le ton ou l'accent. Le même mot ba pourra se prononcer sur le ton haut^ bas, bref ou long et j'aurai, autant que faire se peut, quatre mots au lieu d'un.
Ce que la nécessité a suggéré de faire pour la langue parlée, la même nécessité Ta exigé pour la langue vue, c'est-à-dire pour l'écriture idéologique.
tu LES LOLOS.
Les caractères primitifs étaient restreints, puisqu'ils ne pouvaient représenter que la forme des objets sensibles et non les idées.
Pour sortir de ce cercle on pouvait, tout d'abord, au caractère primitif, en adjoindre un secondaire qui nuançait ou même transformait le premier sens.
On avait alors un nouveau caractère, double à la vue, mais unique par le son; c'était une idée composée mais rendue par un seul mot; les yeux venaient au secours de la pauvreté de la langue, pour permettre à Tintelligence de préciser son objet; et le caractère secondaire jouait dans l'écriture le même rôle que l'accent ou le ton jouait dans la parole; il permettait de multiplier le signe comme l'accent multipliait le mot.
Quelle a été la voie suivie, chez les Lolos, pour exprimer les idées par l'écriture?
La langue parlée est composée de 180 sons (au moins dans le dialecte gni) qui multipliés par les tons forment environ 700 mots.
Les caractères, autant que je puis le conjecturer, ne dépassent pas le nombre de 3000.
Comment, avec une pareille pauvreté de mots et de caractères ce peuple parvient-il à exprimer toutes ses idées?
Dans la langue parlée, comme je l'ai dit, un des principaux moyens employés est l'accouplement de plusieurs mots et par conséquent de plusieurs idées dont l'ensemble fournit une nouvelle expression et une nouvelle pensée, ainsi les trois mots suivants: o «tète», mè «queue», mou «faire», réunis ensemble : omèmou, ne signifieront plus ni tête, ni queue, ni feiire, mais ce mot triple n'aura plus que le sens de servir et l'on dira aba ama omèmou, servir son père et sa mère, c.-à-d. ses parents.
Le mot gni «bouche» et pou «ouvrir», réunis: gnipou, n'auront plus que le sens de «lèvres».
Ces mots composés sont si nombreux qu'à première vue cette langue si strictement unisyllabique semble se rapprocher des langues à flexion ou du moins des langues agglutinantes.
Leur écriture n'a pas suivi la marche que j'ai indiquée plus haut pour la formation des signes.
Probablement il leur a manqué un homme de génie ou assez sagace pour indiquer cette voie*
Peut-être aussi que, la science des caractères étant chez eux fort secondaire, ils n'en ont pas senti la nécessité.
Au lieu de conserver jalousement à chaque signe l'idée qu'il représentait tout d'abord, ils ont suivi une voie tout opposée.
Ils ont abandonné Vidée, ils ont exclu du signe idéographique ce qui faisait sa vie, et ils ne l'ont conservé que comme expression phonétique.
l'écriture des lolos.
Le caractère ,^) dou, signifiait primitivement piocher, actuellement il \ signifie encore piocher, mais il désigne
aussi tout ce qui s'appelle dou comme sortir^ source, ramper etc.
Il en est de même de tous les autres caractères quel que soit leur nombre.
Cependant, par un reste de tradition, certains mots, c'est-àdire certaines idées, ne s'écrivent encore qu'avec certains caractères, et de plus, chaque tribu a conservé, à part soi, l'usage de certains signes, oubliés ailleurs, pour exprimer des choses spéciales.
Voici quelques caractères que je choisis dans les livres de la tribu des Gni et qui peuvent encore prétendre au titre d'idéographiques.
5 o, tête.
\J hla, lune.
C^ pou, tf ou.
*n^ to. tigre.
Ç^rn^ié, poule.
\/ gni, cœur.
5^«(c/ic,pied.
yV^^c/ie. soleil.
"^Jc, eau.
■5^ ^» gauche.
ancé tre.
nourriture.
se, P'OU, (Q) re, étang.
Q[) 5ou^ jarre.
^j^ ze, panthè ^^ re
z che, serpeni yÇ\ gsi, penser
^ hlo, visage.
ôc '^U terre.
^^ ôjou. aile.
"'^ za, droite.
rF fea, porte.
•fVgfe, famille.
£/ lou, pierre.
0^pi, trompet te.
HQM
tch'a, char.
Cou, enfiler, percer.
Et cependant, comme on le verra, ils ne sont parfois employés que pour le son qu'ils représentent.
tche, chien
iJ mou, cheval
'y ts'o, homme
^^né, œil, voir
i^^djOj vallée.
t|^ ko, milieu.
"X3 eu, appeler,
^P^ zé, descen dre,
leurer.
reins.
^^ge, pie
i»r djou,
0k vou, entrail- ^ les.
^J^ !ou, dragon.
^ gfni,bec.
4^^ lé, main.
^ beu, rassa- ^^ sié.
ho, cultiver.
îf ^ hè, étoiles.
fr?
mou dou mi dla hi mou mi tsi da gè ciel sortir terre finir temps ciel terre être
"TT- mou ciel
^p., (nuit /-^ ;soir
Jjiftô *°"^«
fC «é et
£^ dou sortir
ttr ma non
*T^ fs'o hommes
77 ffa
0*0 mi terre
7/ ^c/io avoir;
^3 ma non .
Gage
1^ dla finir
I3=to j
~+ tcho avoir
Zaïé
^S hi époque
^^ jsoleil, ^ tc/ie)
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temps,
Un
■^' mou ciel >J mi terre
O Ma 1
lune,
— y» mou ciel ^ mi terre
/^ gè c'est, |rT7 d;e.
c3 i^a non
/^ dou sortir
t.Z-| /î diviser
>Eux
t-{t /î divisés
^9 ma non
'^O^^' ont
OOl che )
fTTÎji'a au
temps
^t ke habiles
(fait Ife mou
^0- lé tout d'a- ^ bord
^^Jt mou .
' / fjour
^^ fmatin
F^ t'a au
temps;
VC mi terre MI t^i jsur
-^nt ze ainsi
)Kedze VOSdze )
-^ mou ciel >V wt terre
Époque de la création du ciel et de la formation de la terre.
Au temps où le ciel et la terre n'étaient pas divisés, il n'y avait ni jour ni nuit, soleil et lune ne brillaient pas; en ce temps, sur toute la terre, il n'y avait pas un seul homme. C'est Kedze et Gage qui ont fait la division du ciel et de la terre. Avant la division du
LÉCRITUUE DES LOLOS,
^•X^ fi diviser
X! fee habile
/^ 3é être
^la,
Y^ ké avant,
"7\" po mont
rn dje
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d^ hè
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W mi terre
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> • ftè sur
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^ ^«jayaat
f ^ >sur toute
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^y ts'o hommes
— / na se repo-
terre ;^na
^ ^ gfe traversé;
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"T" mou \
(Mou-
ZH vë prendre
GL/a
't/ fcho avoir y kè
^ tou 1 '^ ' po mont
^^ fs'ohommes
soleil >C^ tche
Eux
)^ mou faire
r) don sortir
c. je ainsi
^ ftèlui
/tV /iou former
âmi
ll^to j
j£ fta après
,. pays
tOtè
^ Uoleil Vi^ tche )
7/ tc/io avoir
cVza
ffff teu placer
^ ia
ZIZ t;ë prendre
ÎE fta après
ciel et de la terre, sur la terre il n'y avait pas un seul homme. Eux donc sur une grande montagne du côté où le soleil se couche, allèrent s'asseoir. C'est sur la montagne Moutoj (ou Mouto). Eux donc prirent de la terre pour en faire un homme, passèrent le fleuve et s'avancèrent du côté où le soleil se lève, et s'arrêtèrent là, pour
^K k'e lui
•^L /i^a transformer
^^ ts'o homme &Q lou devenir cf^ i^ aller {]E fea après; y^ mi terre
NI .0
^^ (8*^0 hommes 7/ ic'^o avoir
^8ur toute
së afin,
né et
chou encens
*T/ teu brûler 2r 'te habiles;
/^N tsa nourriture
hi offrir Jj^ he habiles,
ït ka après
1? ȑ afin;
nous
se
chou de l'encens
k'e la fumée
te H
*«^ fobte- 77 <i^
dje.
^c/ie vin /^ /li offrir,
/^> ï%a nourr tur
/"^/li offrir,
TX tel
I obtenir.
dje
tze ainsi
^ ft'e Lui
gnt
/terre
Aujourd'hui
étant fait,
(\l vé prendre
i^ fs'o hommes '^ /lou faire.
*" ftou ^ ta
;8fa)
> demain
ge]
ùm né matin
A^ né et
^ H brisé
transformer la boue et en faire un homme, «afin que, sur toute la terre, il y ait des hommes sachant brûler de l'encens, offrir des céréales, et que nous (Dieu) obtenions la fumée de l'encens, que nous obtenions l'offrande des céréales et du vin». Pour cela ils prennent de la terre pour en faire un homme. Ils le font aujourd'hui et le lendemain matin
l'écriture des LOLOS.
'^^ tli rompu,
t'aura
le lendemain
{a CLla
rn dje
^ ge)
•7^ te placé,
TTje
fV né et
T^Lpou placé
V^ fta étant i né matin
/^^ ne et
brisé
tli rompu
ft/^ *•«
ensuite
fune (fois,
T la- {[lia
NI n
@ re
jrn kou fait
XN te placé
LE fta étant, ^* ft'e lui
la
ze ainsi
rde la T^^ I terre
né
[surveil-
i 1er
jresprit
ma;
gè être
/ainsi
nou vous.
— (Com-
^^ (ment *— di
la
jou moi
Iterre
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LlL vé prend:
Etia
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"7/ tcho avoir /^J\ gé être
£jy^ di
KT^ bé dit-il
cite
Et te
P$I jou à moi
gm
Via terre
'na
ils le trouvent brisé en morceaux. Ils le refont et le mettent en place, le lendemain malin de nouveau, brisé en morceaux. Enfin une troisième fois le refont et le remettent en place et veillent sur lui. C'était (le fait) de Tesprit de la terre: «Vous^ dit-il, pourquoi prenez- vous ma terre ainsi?