PREFACE. IX
vices qu'ont pu rendre, ni les talents qu'ont pu déployer les Lombards, à une époque où personne en France ne possédait la science et la tradition des choses financières.
Il est inadmissible que la Royauté française devenue, comme on l'a dit, sous saint Louis, la plus grande puissance morale du Moyen âge; il est inadmissible qu'un pouvoir dont l'autorité s'était accrue, sous Philippe le Bel, au point de tenir tête à la papauté; il est invraisemblable, enfin, que cette Royauté, qui avait à son service des hommes d'autorité, des légistes consommés et sans scrupule, des Nogaret, des Plassian, des de Flotte, des Marigny, se soit servie si longtemps des Italiens, sans avoir trouvé, momentanément tout au moins, leur collaboration inévitable et leurs services nécessaires. Eût-on confié aux mains étrangères des Biche, des Mouche, des Cassinel l'administration plus ou moins étendue des finances et des monnaies si l'on se fût cru en état de faire autrement C1)?
Pour beaucoup d'historiens français les Lombards sont, avant tout, des aventuriers étrangers. Sont-ce vraiment des aventuriers que ces agents, habiles et expérimentés, de compagnies puissantes et ces membres de familles très connues, quelquefois illustres?
Pour étrangers, certes ils le sont, mais n'oublions pas qu'aux époques dont il s'agit, les gens de Marseille, de Bordeaux, de Montpellier, d'Avignon, etc., ne sont guère plus Français. C'est peut-être également ici qu'il faut rendre justice aux
(i) Nous négligeons, avec intention, la marine, sur laquelle nous reviendrons dans les études qui suivront.