LES JETONS
Dans le cours du xvm^ siècle, le jeton perdit son usage primitif, et tout en conservant sa forme et son aspect, devint soit une petite médaille, soit une marque de rétribution déguisée sous le nom de jeton de présence.
Au xiii^ siècle, il f^illait encore convertir, dans les opérations, les deniers (12) en sous, et les sous (20) en livres. Les personnes qui ont eu occasion de se servir des mesures de longueur anglaises ou américaines, savent qu'il faut encore convertir les lignes (8) en pouces, les pouces (12) en pieds^ et les pieds (3) en toises, et combien ces opérations sont difficiles quand on n'en a pas une grande habitude.
On peut se figurer quelles complications rencontraient à Paris, par exemple, les marchands drapiers^ dont les marchandises se mesuraient à l'aune de Paris, qui était de 3 pieds, 7 pouces, 10 lignes, quand il leur fallait vendre un quartier (le quart d'une aune), à 7 livres 10 sous 4 deniers l'aune !
Ajoutons que l'aune différait pour les merciers, et de plus changeait avec les localités.
Le pied, lui-même, avait quelquefois 10 pouces au lieu de 12, et l'écart entre le pied royal (o"'32484) et le pied usité dans certaines villes, était de près d'un quart !
Du reste, dans la plupart des livres de comptes que nous avons consultés, dans les livres des tailles, par exemple, les erreurs involontaires de calcul sont très fréquentes. Avant l'invention du système décimal ou du ^éro qui, ajouté à la droite du chiffre lui donne une valeur dix fois plus grande, il était impossible de
de l'usage et de la routine, soit par la peur d'être trompé avec l'emploi de la nouvelle méthode, le public se montra rebelle à cette innovation : ce n'est qu'à la fin du xiii*; siècle que l'usage des chiffres arabes se généralisait et encore trouve-t-on parmi eux des lettres romaines. »
C'est évidemment les mêmes causes qui ont fait que l'emploi de l'abaque ait subsisté si longtemps qu'on en trouve encore sur des jetons du xn^ et même du xvii>-' siècle, jusque dans les comédies de Molière.
Ne vend-on pas encore à Paris, des marchandises à l'aune, et n'entend-on pas crier dans les rues des denrées à six liards la botte, en 1893, le cresson et le mouron, par exemple?
compter sans avoir recours à ce que nous appellerons des moyens artificiels. Les Grecs et les Romains qui employaient les lettres de leur alphabet comme représentation numérique, se servaient de Vabaqiie horizontal qui était tantôt un cadre analogue aux bouliers-compteurs en usage pour marquer les points au billard, tantôt une table sur laquelle étaient tracées des lignes formant des compartiments dans lesquels de petits cailloux {calctili chez les Latins, d'où le mot calcul^ ou des jetons prenaient, suivant leur position, des valeurs différentes <'>.
(i) Calculus. Cf. JuvÉNAL, Satire IX, 49 :
... Ponatur cakulus, adsint Cum tabula pueri. Numera sestcrtia quinque Omnibus in rébus.
Et Satire XI, 132 :
... Adeo nulla uncia nobis Est eboris, nec tessella; nec cakulus ex hac Materia...
Pétrone dans le Satyricon, cap. xxxiii :
En'cgl. «Sequcbatur puer cum tabula tercbinthina et crystallinis tesseris : notavique rem omnium dclicatissimam. Pro calculis enim albis ac nigris, aureos argcntcosque habcbat [Trimalchio] dcnarios. »
Et cap. Lxxx :
Calculus in tabula mobile ducit opus.
Voir encore J. Poi.lux, Otiomasl., lib. IX ; — Ovide, De Arle amat., lib. II, vers 208-209, — M.\rti.\l, lib. XIV, ep. 20 et ep. 17, etc., etc.
La Bibliothèque de l'École des Charles, t. IV, an. 1842-43, p. 382 a publié r «Explication des traités de l'Abacus et particulièrement du traité de Gerbert,» par M. Chasles On voit dans cet article que Boèce attribuait l'invention de l'Abacus i des disciples de Pytliagore. M. Chasles alHrnie en outre que le principe de la valeur de la position des chiflres était parfaitement connu en France dès le x*-" siècle. A Rome même, au v^ siècle, on connaissait non seulement les chiffres mais la valeur de position.
Jcion allemand, xvn' siiVIc.
Les Jetons des Lombards.
(Tessere.)
On trouve fréquemment dans les collections numismatiques des petites piécettes rondes de laiton ou de cuivre, assez semblables aux monnaies, avec cette différence qu'au lieu de lettres en exergue elles portent des petits globes, des besants. Les Italiens les appellent des tessere; en français nous disons des « jetons». Il est assez difficile d'assigner une époque exacte à la frappe de ces jetons, mais nous cro3^ons qu'on peut, sans courir le risque de faire une grosse erreur, affirmer qu'ils ne sont pas antérieurs au xiii^ siècle, ni postérieurs au xv^
Ces jetons portent les marques des compagnies de marchands qu'il est très difficile d'interpréter aujourd'hui. Ils sont très communs et on en trouve en grande quantité, particulièrement sur les emplacements des anciennes boutiques Çfondacbi). Il n'y a pas de collectionneur de monnaies du moyen âge à qui il n'en soit passé par les mains. Le procédé forcément employé pour les obtenir, le peu de valeur du métal qui entre dans leur composition sont autant de raisons qui nous font supposer qu'ils étaient d'un usage assez courant. Il résulte de leur examen qu'il n'était pas besoin de les frapper avec un coin, mais qu'on se servait de poinçons dont les uns faisaient les rosettes et les besants, les autres les cercles et les grenetis, ce qui explique leur grande variété; ceux qui sont frappés sur un seul modèle forment l'exception.
Il n'est pas rare .de trouver les mêmes signes sur la face et le