‹ Les lorettes vengéesChapitre 6 sur 8 · RO · texte numérisé non relu

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monsieur sur le midi... nous vous attendions. — Et la femme? — Elle acliève sa toilette, je crois. — Oh! oui! les femmes... ça achève sa toilette pendant des deux ou trois heures de suite...

Cela ne nous empêche pas de nous diriger du côté de la salle à manger, n'est-ce pas?

— Parbleu! — Mais cependant, fit Spindier, si madame de Castries n'est pas là, il ne serait pas galant de notre pari... — Merci, monsieur... oh!... elle va descendre sans doute... et tenez... la voici qui nous appelle.

Esther de Castries paraissait en efTet, à ce moment, en haut du perron de la maison.

— A la bonne heure! s'écria Sainl-Aguet, je cours lui annoncer Spindier.

Et le fat, après avoir jeté un coup d'œilà son confident, s'élança en avant.

— Madame de Castries est bien jolie, monsieur! dit Spindier au baron en continuant de marcher posément près de ce dernier.

Une expression de douce satisfaction se peignit sur les traits du mari.

— Oui, monsieur, bien jolie, il est vrai, répliqua-t-il, et, ce qui vaut mieux encore, bien bonne.

Je suis d'une pauvre santé... souvent... fort souvent je souffre...

Ma femme a les soins les plus touchants et les plus affectueux pour moi.

Aussi... je l'aime!... oh! je rainie!... comme je n'ai jamais aimé personne, monsieur!...

En s' exprimant ainsi, une larme avait fait trembloter la voix du baron.

Quelque enraciné d;ms la raillerie que fût Spindier à l'égard des maris, il ne songea pas à trouver ridicule Pémolion de cet homme en parlant dune femme aimée.

Au contraire, cela ne l'excita que davantage à poursuivre la noble lâche qu'il supposait devoir s'offrir bientôt à lui, de défendre, s'il en était temps encore, madame de Caslries contre les machinations de Saint- Aguet.

De Saint-Aguel... qui ne pouvait lui plaire...

Et qui se croyait pourtant si sûr de la vaincre.

Maintenant, en deux mots, celle noble tâche susdite, Spindier se l'était-il vraiment imposée dans un but désintéressé?...

Franchement, nous ne le croyons pas.

Mais nous n'avons point, pour cet instant, à scruter les inlentions de Spindier en celte affaire.

Nous le suivons, nous voulons voir où il va...

Est-ce par hasard ou à dessein qu"il se trouve sur une bonne route?

Vous jugerez de cela plus tard.

Le baron et Spindier atteignaient le perron.

Madame de Caslries, à qui Sainl-Aguel adressait alors des paroles qu'on ne pouvait entendre, mais qui la rendaient loute rouge, salua le nouveau venu.

— Comme te voilà animée! lui dit son mari; Sainl- Aguet le conlail encore des folies, selon son habitude, n'esl-il pas vrai? — Oui... des folies... il est vrai! repartit madame de Castries en rougissant plus encore. — Oh!... des enfantillages! pas autre chose! s'écria Sainl- Aguel en pirouettant. — Mais il y a folies el folies, dit tout bas Spindler en montant le perron près de madame de Castries el de façon à n'être entendu que d'elle, et M. de Sainl-Aguel ne sait peirt-êlre ni bien choisir ni bien dire les siennes!

Eslher se retourna vivement du côté de Spindler, comme si elle eût voulu lui demander l'explication de ces paroles.

Spindler s'était baissé pour aspirer le parfum d'un chèvrefeuille qui grimpait le long d'une fenêlre.

On entra dans la salle à manger.

Le repas fui long el assez joyeux. Le baron et sa femme buvaient el mangeaient peu , mais ils mettaient leurs soins ù bien traiter leurs convives.

Et Sainl-Aguel et Spindler se laissaient bien traiter, l'un parce qu'il n'était pas assez amoureux, à ce qu'il paraît, pour en perdre l'appétit, l'autre parce qu'il avait faim et qu'il ne voyait pas la nécessité de faire soufTrir son estomac des préoccupations de son esprit.

Quant à la conversation, elle demeura naturellement sur un pied général, quoique Sainl-Aguel essayât, de temps à autre, de glisser, o parte, quelques mots à ma-

dame de Castrics... à la droite de laquelle il se trouvait assis.

Mais alors Spindler s'empressait de s'adresser tout haut à Saint -Aguel, et force était à ce dernier de réjiondre.

Le déjeuner terminé, on descendit au jardin. Ce jardin, au rebours de celui de madame Gilbert, pouvait presque passer pour un parc.

Saiul-Aguet s'empara brusquement du bras de madame de Caslries. Spindler crut la voir résister un instant, elle céda néanmoins.

Tout à coup, simulant un caprice d'écolier, Saint- Aguet s'écria :

— Courons! courons!

Et il entraîna sa compagne, qui se débattait évidemment encore, et il disparut avec elle au délour d'une allée.

Spindler était stupéfait. Saint- Aguel abusait de la permission, sMl la possédait effectivement, de compromettre cette femme.

Noire musicien regarda le baron qui marchait à ses côtés: il souriait à ce qu'il acceptait pour un jeu.

— Il est fort gai, n'est-ce pas, ce cher Sainl-Aguel? dit Spindler au confiant mari. — Oui! repartit ce dernier, oh! il est fort gai... fort amusant!...— Il y a longtemps que vous êtes lié avec lui, monsieur le baron? — Sept ou huit ans... Nous nous connaissions avant mon

mariage , nous nous sommes perdus de vue un peu quelque lemps, puis retrouvés i'aiiiiée dernière.

Il a pris ma femme en affection à cause de moi... et elle Painie, je crois, beaucoup...

— Ali! vraiment!...

A cet instant, Spindier et le baron rejoignaient Saint-Aguei et madame de Caslrics.

Spindier remarqua encore que madame de Castries avait les yeux humides, comme une personne qui a failli pleurer...

Et que Saint-Aguel semblait de for) mauvaise humeur.

Mais, à l'aspect du mari et de l'étranger, l'un et l'autre s'efforcèrent de redevenir calmes.

— Madame est fatiguée, dit Saint-Aguet d'un ton goguenard. Madame a assez de la promenade; si nous rentrions? — En effet, reprit le baron en considérant avec inquiétude sa femme dont les yeux n'avaient pas retrouvé assez vite leur éclat habituel: qu'as-lu donc, Esther? es-tu indisposée?... On dirait que tu as jileuré...

Madame de Castries secoua la tète et tâcha de sourire, en passant son bras sous celui de son mari.

— Oh! ce n'est rien, fît-elle; mais monsieur Saint- Aguet, en m'obligeant à courir... oh! ce n'est pas de sa faute pourtant... m'a fait heurter du pied contre une pierre... et la douleur a été si vive... — Maladroit! s'écria M. de Castries à Saint-Aguet.

Ce dernier continuait de ricaner.

— Bail! lu vas me gronder aussi, loi! répliqiia-l-il; mais puisque ta femme avoue qu'il n'y a pas de ma faute! H paraît qu'il n'est plus permis de courir, ici... C'est bon... on ne courra plus... Allons faire une partie de billard, alors, Castries, avec Spindler, hein? Jouez-vous au billard, Spindler?

— Mal...

— Moi, je suis de première force; mais je vous rendrai des points, à vous et à Castries.

On retourna vers la maison.

Le baron et sa femme marchaient devant.

Sainl-Aguel les suivait de l'air pensif d'un homme qui vient d'échouer dans une tentalive importante.

Et venant après ces trois personnages qu'il ne perdait pas de vue, Spindler s'en allait, se demandant quel pouvait être le lien mystérieux qui unissait madame de Castries à Saint-Aguet... et qui obligeait, de la sorte, la pauvre femme à mettre sur le compte d'un caillou... la douleur qu'elle ne devait, certainement, qu'à quelque impertinence.

— Est-ce que je me serais trompé? se disait Spindler; est-ce que Saint-Aguet serait aussi méchant, que bêle?...

Parbleu, ma patience commence à se lasser, et ma curiosiléà |)rendre feu... Il m'a promis de parler ce soir... il parlera ce soir! ou je l'y forcerai bien!

Nous ne raconterons pas dans tous ses détails cette journée.

En quelques lignes, nous dirons seulemenl que, leur partie de billard achevée, le maître de la maison et ses Ilotes ayant rejoint madame de Castries, qui lisait dans un petit salon, Spindier fut à même d'être, de nouveau, témoin des lourdes obsessions dont Saint-Aguel accablait la femme de son ami.

Au dîner, ses manières ne changèrent point.

Assis auprès d'Eslher, il ne cessait de lui parler à l'oreille sitôt que son mari tournait la lèle. Le soir, dans une promenade en bateau que l'on Gt sur la Marne, même conduite de la part de l'imperlinenl galant. Tandis que M. de Castries tenait le gouvernail el Spindier le filin de la voile, Sainl-Âguet, assis à lavant, continuait de tourmenter sa victime.

Spindier ne s'étonnait que médiocrement que M. de Castries ne s'aperçijl pas de ce qui se passait ainsi entre sa femme el son ami (il est avéré que les maris ne s'inquiètent, en général, que de ce dont le monde ne daigne plus s'inquiéter); mais ce qui surprenait au plus haut degré notre observateur, c'était la longanimité avec laquelle madame de Castries sujjportail la poursuite acharnée de Saint-Aguel. Elle souffrait, à coup sûr, de cette poursuite, el cependant elle ne savait pas s'y dérober.

On devinait que, sous le regard, surtout d'un étranger, il lui répugnait de ne pas traiter comme elles le méritaient les familiarités compromettantes de son lyran .. Néanmoins, elle ne leur opposait que des sourires.

Décidément, madame de Casiries élail ou bien coupable ou bien pusillanime.

Spindier, dévoré d'impalience, complail les minutes qui le séparaient encore de l'heure où tous ces mystères lui seraient dévoilés.

Et d'avance il aiguisait ses griffes pour en sligmaliser le sol qui l'avait contraint à demeurer simple spectateur, une journée entière, d'un drame incompréhensible pour lui.

Enfin, le moment du départ arriva.

Il élail dix heures; le baron, donl la santé assez faible, il l'avait dit, demandait quelques ménagements, laissa à entendre qu'il désirait aller prendre du repos. Sainl- Aguet feignit de ne point avoir compris son ami; mais Spindier le com|)rit pour deux.

Le domestique reçut ordre d'aller préparer la voiture.

Reconduits par le baron et sa femme, les visiteurs traversèrent la pelouse et se dirigèrent vers leur véhicule.

Durant ce trajet encore, Spindier pul observer Saint- Aguet qui, s'élanl emparé, comme d'ordinaire, du bras de madame de Castries, semblait lui adresser des reproches... peut-être des menaces.

,Des adieux aimables, des invitations pressantes à revenir bientôt...

Ceci de la part de .M. et madame de Castries à Spindier.

Une l'oignée de main du mari, un baiser que se laissa donner, au front, la femme...

Ceci pour Saint-Aguel,

El Spindier el Sainl-Aguel saulèrenl dans leur américaine.

Le doniesliqiie loucha.

— Ali! vous allez donc me dir^niaiiitenanl...? s'écria Spindier. — Rien encore, répliqua Saiiil-Agucl.

Spindier eul un gesle de fureur que son con)pagnon pril, heureusenienl, pour un simple mouvement de dépit.

Heureusement! car sil se fùl doulé alors des éléments d'orage qui s'étaient amassés contre lui, depuis le matin, dans lame de Spindier, certes l'imperlinenl personnage se fùl bien gardé de pousser jusqu'au bout ses confidences à l'artiste, ainsi qu'il s'apprêtait a le faire.

— Rien encore!... répéta Spindier, qui se contenait avec peine. Comment, rien! ah çà, Saint-Aguel, vous moqueî-vous de moi, el... — La! la! interrompit Saint- Aguel, ne nous chagrinons pas, curieux!

Je veux dire que j'attendrai que nous soyons chez moi, tous deux, pour vous chanter ma palinodie.

Je veux dire que je suis furieux contre celle bégueule d'Esther... qui m"a traité aujourd'hui de la manière la plus inconvenante... sans respect pour ce qu'elle me doit...

Tout cela, probablemeni, parce qu'elle se sentait forte de la présence d'un étranger dans sa maison.

le veux diri', enfin, que moninlenlion, à celle heure,

est de vous donner, non pas seulemenl des preuves verbales (lu droit que je possède de dicler des condiiions à celle femme...

Mais des preuves physiques, palpables, terribles...

Soyez tranquille, Spindler... Esllier s'entête à me vouloir glisser entre les mains... Eh bien! nous serons deux, maintenant, à la dompter.

Je ne suis pas si amoureux que ça d'elle, après lout...

A deux, ce sera plus comique, n'est-ce pas?

— Oui!... oui.,., repartit Spindler; je me Ogure aussi qu'à nous deux ce sera plus comique! ..

Alors, donc, c'est chez vous que nous allons causer ?

— Sans doute! — Vous ne reculerez plus, celle fois! — Qu'il est drôle!... je ne recule pas... je dresse mes batteries, voilà tout! — A la bonne heure!

C'était à Paris, chez Saint-Aguel.

Sans prendre le temps de secouer la poussière de la route, Saint-Aguel était allé chercher, dans sa chambre à coucher, ces preuves palpables, terribles, de ses droits sur madame de Casiries... qu'il avait promises à Spindler.

Le chapeau sur la tête, Spindler se promenait, en l'altendanl, dans le salon.

Saint-Aguel reparut. Il tenait un petit iioffrel de velours noir.

Il le posa sur une table, l'ouvrit... el montrant à Spindler une trentaine de lettres que contenait le coffret :

— Tenez, mon cher, dil-il, voilà le pot a-ix roses... Prenez au hasard parmi ces lellres.

Spindier obéit. Sans les ouvrir, il regarda la suscriplion de quelques enveloppes. Les unes, d'une écriture masculine, portaieni ces mots : A mademoiselle Esther Grosbois, à l'Opéra; les autres, d'une écriture de femme, poriaienl cette adresse ; A M. Paulin de Mengs, rue Godot-de-Mauroy, 7, à Paris.

Spindier n'avait plus besoin de se creuser l'esprit pour savoir de quelle nature élail le talisman à l'aide duquel Saint-Aguet faisait trembler devant lui la femme du baron de Caslries.

Pourtant, il fit semblant de ne pas avoir deviné tout à fait encore.

— Eh bien? dil-il à Saint-Aguet en rejetant les lettres dans le cofTret, qu'est-ce que c'est que cela? — Lisez!... lisez! mon cher, repartit Saint-Aguet, vous le saurez... — Vous les avez lues, vous, cela me suffit... Passons à l'explication de la charade. — Quoi! vous n'y êtes pas déjà? — A peu près... mais je préfère vous entendre.

— Eh bien! mon cher, c'est tout simple... oh! c'est trop slmnle.

Esther de Castries... alors Esther Grosbois tout court, a été la maîtresse autrefois de3L Paulin de Mcngs... un militaire... le cousin du baron de Castries et son plus mortel ennemi...

Le baron a toujours ignoré celle liaison de l'ex-danscuse.

— M. de Mengs est donc morl? — Non! mais il est en Russie depuis quatre ans... et on ne sait quand il en reviendra. — Bon! et comment ces lettres sont-elles tombées en votre possession? — C'est une femme qui les jivait reçues en dépôt de Mengs avant son départ, qui me les a confiées...

Moyennant vingt-cinq louis et l'assurance de les remettre à Mengs quand il reparaîtrait.

Que voulez-vous! celte femme était malade... elle avait besoin d'argent et...

— Bon!... celte femme est une gueuse... n'importe!... El c'est sur ces lettres que vous comptez pour contraindre madame de Casiries à devenir votre luailresse? — ■ Parbleu! vous concevez qu'elle a trop peur que son mari n'apprenne qu'elle a connu intimement M. de Mengs, pour lie pas obéir à celui qui la menacera de montrer au baron toute cette correspondance. — Bon! Et qu'avez-vous obtenu jusqu'à présent de madame de Casiries, grâce à cet agréable moyen de chantage qui vous coule vingt-cinq louis?... C'est donné... — Eh! eh! c'est vrai, que c'est donné! Qu'il est drôle ce Spindier...

Eh bien! ce que j'ai obtenu... pas grand'chose, le croiriez-vous?...Esther pleure... elle me supplie, quand je lui parle de ces lettres... elle me dit que je n'aurai pas le courage de les remettre à son mari...

El elle a raison... je l'avoue... j'hésiterais beaucoup avant de me permettre une facétie pareille! On peut être canaille... mais pas tant que ça!...

£1 néanmoins, quand je mels sur le tapis, près d'elle, le prix... l'amoureux prix auquel j'évalue mon Irésor... pour le lui céder... elle tergiverse... elle cherche midi à quatorze heures. .. elle me dit des bèlises... et qu'il serait affreux à elle de tromper son mari... et qu'elle a juré de réparer par le présent les erreurs de sa vie passée... que sais-je, moi!

— Bref! elle a refusé de racheter une faute par une autre faute? — Mon Dieu, oui! C'est trop fort, hein! 'une ex-danseuse qui se pose en femme vertueuse!

Spindler ne répliqua pas. Il refermait, à ce moment, le cofTret de velours et en glissait la clef dans sa poche.

Ceci fait, il mil le petit meuble sous son paletot.

Puis, saluant Saint-Âguet de la main et se dirigeant vers la porte du salon :

— Merci de vos renseignements, mon cher, lui dit-il, et bonsoir! 11 est tard... je vais me coucher.

Sainl-Aguel, ébahi, courut à Spindler, et le prenant par le bras :

— Pardon' pardon! s'écria-l-il, mon ami, mais qu'estce que vous faites -là? Vous^ne vous aiiercevez donc pas que vous emportez les lettres? — Parfaiiemeni, au contraire. Je m'en aperçois si bien que je vous prie de ne pas me lirer le bras de cette façon, parce que vous allez faire tomber le cofTrel à terre... et que ça labimera... — Mais... pourquoi lemportez-vous?... Si vous tenez à lire

la correspondance d'Estlier... lisez ici... — Lire! du loul!... les leilrcs d'amour ni'euiiuienl... je n'ai jamais pu aciiever la Nouvelle Héloise. Je ne lirai pas plus ces papiers ici que chez njoi! — Alors... je n'y suis plus... moi!... alors... mais vous n'avez que faire de ces lettres, il me semble? — Vous vous trompez, j'ai à les reporter demain à madame de Caslries!... — Les reporter à madame de Caslries!...

Saint-Aguel articula cette phrase comme si chacun des mots qui la composaient eiil pesé un kilogramme de plomb sur sa langue.

— Mais c'est une plaisanterie! balbutia-l-il après un silence. — Une plaisanterie! répéta Spiudler. Du tout! Regardez-moi donc... est-ce que j'ai l'air de plaisanter, Saiul-Aguel?

Sainl-Agiiet reg.irda Spindier... et il devint blême... Le fait est que Spindier n'avait nullemenlTair disposé à chanter des gaudrioles...

— Cependant, reprit le lion, vous m'expliquerez du moins... — Pourquoi j'abuse de voire confiance en vous enlevant ce précieux coffret?. ..Oh! quant à ceci, je ne demande pas mieux...

Tout uniment pour vous empêcher de commettre une mauvaise action.

Ecoutez-moi, Sainl-Aguel... vousa\ez dit un mot, tout à l'heure, qui rachète un peu vos torts.

Vous avez dit que malgré vos menaces à Eslher, vous

n'auriez jamais eu \c. courage de remellre ces lellros à son mari...

Qu'il était permis d'être canaille... mais pas tant que ça...

Ce sont là les propres expressions dont vous vous êtes servi.

Eli bien, moi, je vous réponds que lorsqu'on se sent assez de coeur pour reculer devant une infamie...

On doit aussi se garder de commettre une lâcheté...

Et c'est une lâcheté de faire pleurer une femme, monsieur... c'est une lâcheté de chercher à la posséder par intimidation.

Saint-Aguet tressaillit.

— Monsieur! s'écria-t-il» mais vous m'insultez!... — Bah! dit Spindier, vous croyez!,., c'est possible, mais telle n'était pas mon intention.

Je vous répèle qu'en faveur de votre mot de (oui il l'heure, je suis très-enclin, au contraire, maintenant, à demeurer voire ami...

Ah? par exemple, je vous Tavonerni, sans ce mot... en prenant le coffre!, j'aurais peut-être aussi pris la peine de vous soulBelor!...

Saint-Aguet du blanc tourna an livide... mais il ne bougea point.

— Cependant, continua Spindier, si vous vous trouvez insulté... de ce que je viens de vous dire... je suis tout à votre disposition; vous m'entendez, monsieur Saint- Aguet?

Sainl-Aguel tomba sans répondre sur un fauteuil. Spindier considéra un instant avec mépris le misérable.

— Alors nous ne nous battrons pas? fit-il froidement.

Comme il vous plaira.

Adieu donc!...

Ah!... vous n'oublierez pas ceci, n'est-ce pas, mousieur Sainl-Aguet?

Vous écrirez à M. de Castries que vous parlez pour un long voyage.

Et toute cette aventure est morte, bÏLMi morte, tout à fait morte entre vous, njadame de Castries et moi?

C'est convenu, hein!

Spindier avait posé sa main sur Pépaulc de Saint- Aguel.

" Un sourd gémissement accompagné d'une inclinaison de tête fui la seule réponse de ce dernier.

— Adieu! répéta Spindier.

Et il s'éloigna.

11 avait pen<c juste; Sainl-Aguei était plus bête que méchant.

A vrai dire, notre opinion est que Saint-Aguct nélait niême pas assez méchant

Pour un homme qu'on venait d'accuser de lâcheté!

Petite scène sons forme de dénoùmeiit d*iiiie pièce vertueuse du théâtre du Gymnase.

Chez M. Castrics, à Nogcnl-sur-Marne. Le théâtre représente un salon donnant sur le jardin. Eslhcr de Castrics est seule, elle parcourt un journal de modes. Spindler, accompagné d'un domestique, paraît dans l'allée qui conduit au salon.

SPINDLER (en dehors, à voix basse au domestique).

Ainsi, M. le baron esl ;i Paris... et cependant vous m'assurez que cela ne contrariera pas madame de me recevoir.

LE nOMESTlQlE.

Nullement, monsieur. Au reste, je vais vous annoncer. Voire nom, s'il vous plaît?

~ 97 — SPI>DLER.

Théodore Spindler.

LE DOSIESTIQUE (annonçant à la porte du salon).

M. Théodore Spindler.

Madame de Castries jette son journal de côté et se lève vivement. Saints de part et d'autre. Le domestique s'éloigne.

SPIADLER {s'avançant vers madame de Castries).

Vous ne vous attendiez point, n'est-il pas vrai, madame, à me revoir si vite? J'ai eu le plaisir de dîner chez

vous hier ici, je revieus aujourd'hui. En général, les visites de digestion n'ont pas pour habitude de se hàier autant.

MADA5IE DE CASTRIES [souriant).

5!ais, monsieur... mon mari et moi, nous ne comptons pas avec les visites des personnes qui nous plaisent.

SPINDLER [saluant).

Mille fois trop bonne, madame.

Madame de Castries a montré un siège, près d''elle, à Spindler. Elle reprend elle- même la place qu'elle occupait.

SPINDLER [s'asseyant).

Au reste, madame, je n'abuserai pas de vos moments...

MADAME DE CASTRIES [souriant).

.Mais, monsieur, vous n'abusez pas du tout, je vous assure...

SPINDLER.

Si fait! si fait... vous êles irès-aimable, madame... el vous m'accueillez à ravir... cependaiil, vous me connaissez à peine... je vous ai élé présenlé par un de vos grands amis, il est vrai... mais les plus grands ani.s sav,enl si peu ce qu'ils foni parfois!...

Madame de Castries tressaille. — Spindicr continue :

Et... mon arrivée inopinée... ce malin... chez vous... peut, à coup sûr, sinon vous gêner, du moins vous surprendre...

Madame de Castries va s'écrier de nouveau ; Spindicr arrête , d'un geste, la jeune femme et reprend ainsi :

Comme excuse de ma conduite, madame, j'ai deux motifs à alléguer, f^e premier, c'est que je suis attendu à déjeuner dans un petit pays tout près d'ici... 5 Joinvillele-Pont. .. et que je n'ai pas voulu passer devant volro maison sans vous présenter mes hommages; le second... c'est que, si vous me le permettiez... je serais Irès-liei;reux de vous conter un rêve... assez singulier, que j'ai fait cette nuit...

MADAME DE CASTRIES {stupéfaite).

Un rêve!

SPINDLER [souriant à son tour).

Oui! un rêve!... Une telle fantaisie de ma i)arl vous passe, n'est-ce |)as, madame? Un peu plus, el vous allez croire avoir affaire à un fou.

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