SCENE VIII
Lks Mêmes, GERMON, BERTIN.
BERTIN, bas à Germon en entrant et en montrant Futé et Roussel et > Voilà nos deux fermiers.
GËRMOI^ , bas à Bertm.
Ils ont de drôles de mines.
ROUSSELET , bas à Futé.
[ Futé , c'est à toi à entamer la chose.
FUTÉ , bas à Housselet. JVas entamer. ( Il s^ avance près de Berlin le chapeau à la main,) Pardon, monsieur, si jVous dérangons de vot' société.
BERTIN
Ah ! c'est rous, monsieur Fuie , je vous attendais.
ROUSSELET
Pardon , excuse , il va vous dire . . .
GERMON
S'il s'agit de quelques réparations que vous vouliez demander à monsieur Germon , je puis faire droit à votre demande y il ne me désapprouvera pas.
FUTÉ
Esl-ce que monsieur tiendrait à monsieur Germon ?
BERTIN, en souriant.
Oui , monsieur y tient beaucoup.
FUTÉ
Ah! je vois, c'est comme qui dirait son factotum, son homme d'affaires.
ROUSSELET, à part.
Ah! mon dieu , j'commence à trembler, moi.
FUTÉ, saluant Germon, Salue donc , Roussclet... monsieur , nous vous attendions tous avec bien d'i'impatience.
ROITSSFXET.
Oui , bien ilTimpalience. {à part.) Je voudrais les voir Lien loin.
BE RTIN , aur, fermiers.
Mais vous avez quelque chose à me demander? parlez, monsieur n'est pas de trop.
FUTÉ, à Berlin.
Vous savez bien c'que jVous ai Hit tantôt... nous sommes d'accord, Rousselet et moi, pour le morceau de terre en question... c'est d'en mettre sur votre cadastre la moitié sous Inom de Rousselet et Tauire sous le mien... c'est clair.
^^v BERTIN.
Mais hier encore vous vouliez plaider.
FUTÉ
C'est vrai. . . mais j'nous entendons maintenant.
BERTIN
Vous vous entendez peut-être trop bien.
ROUSSELET , has à Futé.
^ Il s'doute de queuqu chose^ nVa pas plus loin. ^. FUTÉ, has à Rousselet.
Tais toi. (à Berlin avec un ton bien câlin.) Oueuqu'ça vous fait d'mett' le nom de Rousselet et le mien sous celte pièce de terre, ou de mettre le nom d'un autre .^
BERTIN
Cela me fait que je veux mettre le rom du véritable propriétaire ; on m'a dit que ce terrain ne vous appartenait ni à l'un ni à l'autre.
ROUSSELET, tirant Futé par l' habit Arrête-toi donc , j'nous enfonçons.
FUTÉ
A qui donc qu'il appartient , c'tcrrain ?. .
A monsieur Germon.
FUTÉ
A monsieur Germon , en v'ià la première nouvelle.
ROUSSELET , passant de Vautre côté.
Tenei , messieurs , j' vas vous montrer que j' somm' de bonne foi.
Parlez , Rousselel.
GERMON
ROUSSCLET.
Eh Len ! je vous avouerons que ]' avons un peu antichipé, des pauvres paysans n'onlpas comme vouslamesureàlamaîn et le compas dans l'œil. . . aujourd'hui on fait un sillon , demain , un autre à côté... quand il n'y a personne pour vous arrêter... on va... on va...
GERMON
On va loin , je vois cela.
ROUSSELET
Que voulez -vous ?
Air : Mais elle était simyle au village, (Romance de Romagnesi.)
'•it^.r ' Nous n* savons pas c' qu'on doit punir,
Ce bout d' terrain touchait au nôtre, Personn'' ne venant nous avertir , INons antichippions l'un et l'autre.
Pour augmenter not petit bien, Nous autr's bons Lorrains de c' village, Nous prenons tant qu'on n' nous dit rien. Nous n'en savons pas davantage, {bis.)
C'est comm' Fautr' jour.,.
Même air.
Pour danser , le voisin Guill'mot , Prenait toujours la femme de Pierre , Et comm' Pierr' ne soufflait pas 1' mot , Guiirmot s' trompa de ménagère.
Quand une chos' nous convient bien.
Nous autr's bons Lorrains de c' village, Nous prenons tant qu'on n' nous dit rien . Nous n'en savons pas davantage {bis,)
BERTIN
Quelle Ignorance , enfin où avez- vous fait ces sillons .^^
FUTÉ
Eh ! mon dieu ! dans de méchantes friches qui appartiennent à je ne sais qui, là-bas, près du moulin du grand Etang.
GERMON
Précisément , dans la prairie de M. Germon,
FUTÉ
Oh ! oui , pour la prairie , elle appartient à M. Germon.
BERTIN
Et le terrain que vous avez pris aussi.
FUTÉ
Je ne crois pas.
GERMON
J'ai les titres, nous pouvons les consulter. . . et devant la justice , nous verrons bien. . .
ROUSSELET, à pari.
Si la justice s'en mêle, nous sommes ruinés,
FUTÉ
Ah! vous ne voulez pas être plus méchant que moi^ieur Germon !
ROUSSELET
Air : Pour obtenir celle gu il aime, (du Calife.)
Il n' voudra pas ruiner d' pauvr' drilles Qui n'ont qu' leurs bras comni' tant bonn' gens !
FUTÉ
Nous travaillons pour nos familles , INous nourrissons nos vieux parens.
ROUSSELET
)u''on me pardonne et sans attendre , fe jur' qu'on n' pourra plus m'^j r'prendre ! . Car, je 1' promets, si j'y revien , ( A part sur le devant,) J' frai si bien qu'on n'y verra rien.
ENSEMBLE
J' frai si bien qu'on n'y verra rien.
GERMON , bas à Bertùi.
Ils ont l'air plus honnêtes que je ne croyais.