‹ Les louisianaisesChapitre 12 sur 25 · À M. ADOLPHE COUSIN · texte numérisé non relu

À M. ADOLPHE COUSIN

Le poète est l'ame de l'arae; Son cœur, c'est Podorante llamme Qui bnlle pour le ciel au fond de l'encensoii%

Et dont le magique pouvoir Sait attirer, au sein d'une blanche fumée, ^ Lesanges, voltigeant dans la nue embaumée. Extrait de ma pièce de vers int. le Poète, dans Rien-ou-Moi!

Le fier Niagara qui fait trembler la terre,

Le timide ruisseau qui rampe en son ornière ;

L'alouette en ses blés, le condor dans les cieux!

L'étoile clignotant, le soleil radieux!

La voix du rossignol, celle de la fauvette;

La plainte du ramier, le cri de la mouette;

L'âtre, où le feu converse avec le pèlerin;

L'incendiaire Etna fuyant son souterrain!

Janvier sombre et rêveur. Avril, qui, sur sa tempe.

Porte un pécher en fleurs, qu'à seaux l'averse trempe;

L'océan, en grondant, qui va fouetter l'éther!

La voile sur son son sein, comme un ange en enfer!

Achille bondissant! Nestor calme et placide;

Œdipe que conduit une vierge timide;

Hector fier et superbe! Astyanax pleurant; L'ouragan furieux! l'arc-en-ciel enivrant! Ne peignent point encor cette magique tête A qui Jéhovah dit : Tu seras un poète!

A M. TULLIUS St.-CÉRAN.

Ami, j'ai lu ta poésie;

Du mont Hymetle c'est le miel,

C'est le nectar, c'est l'ambroisie

due les païens rêvaient au ciel ;

C'est un soupir de la colombe,

Son cri d'amour en expirant,

C'est une voix qui, de la tombe,

Répond au râle du mourant;

C'est la parole rude et fière

De l'inflexible liberté,

Q,ui, sous son pied, brise en poussière

Le sceptre de la royauté ;

Enfin, c'est la fleur irisée

Q,ui pour ouvrir son sein vermeil,

Veut une goutte de rosée,

Demande un rayon du soleil !

Poursuis tes chants ami, leur douce mélodie A ce charme secret qui pénètre le cœur ; Il nous faut une voix pour chanter la patrie, Il nous faut des accens pour bénir le Seigneur ! Le Seigneur qui, du haut de la voûte élhérée, Parfois jette sur nous des regards de bonté, Et sourit aux accords de la lyre inspirée Par la religion et par la liberté !

La liberté I poète, ô chante là sans ôesse ; Consacre lui ton cœur, et ton bras, et tes vers. Car cette déité de Rome et de la Grèce, Est un autre messie, espoir de l'Univers ! Il ne sont plus ces jours où le fer du barbare Creusait aux arts un immense tombeau :

De ses bienfaits aujourd'hui moins avare, La liberté sur tous fait luire son flambeau ! Un quatre de juillet^ renaissant de sa cendre,

Brisant le suaire fatal.

Elle apparut debout ! et pour ne plus descendre De son antique piédestal!

Il est vrai, que depuis, cette vierge de Sparte Voulant s'attacher un beau nom, Reçut la foi de Bonaparte Qu'hélas ! trahit Napoléon.

Ce fut, pour le transfuge une triste victoire !

Plus tard son sceptre, son orgueil, Ses rêves de grandeur, son génie et sa gloire,

Tout se brisa contre un écueil!

Il dort: sur son tombeau pour lui point de prière.

Ni couronne de fleurs; Non, rien ; qu'un frêle arbuste incliné sur la pierre

Et répandant des pleurs !

Mais lorsque son rocher battu par la tempête

Résiste à l'ouragan, Sa grande ombre se dresse et de toute la tête

Domine l'océan 1 L'orage dissipé, sur le bord de sa tombe Parfois le pâtre vient s'asseoir.

Rêve et s'endort au bruit de la feuille qui tombe

Et qu'emporte le vent du soir !

Et cependant... vingt ans, ses vaillantes armées Foulèrent sous leurs pas la cendre des Césars ; Celle des Ptolémées, Des Pelages, des Czars!

De leur chef belliqueux plantèrent la bannière Aux Pyramides, à Berlin !

Sur la coupole de St.-Pierre, A l'Escurial, au Kremlin !

Grande et sublime épopée !

Éclatantes actions Q,u'il allait burinant de sa terrible épée, Rouge et fumante encor du sang des nations !

Il est un nom plus beau, qu'eût envié la Grèce,

Idolâtré par nous ; Le seul qu'un homme libre, ami, peut sans bassesse

Prononcer à genoux:

Écho de ces grands noms et d'Athène et de Rome,

Aristide, Caton !

Nom d'un législateur, d'un sage, d'un grand homme

Celui de Washington !

Sublime caractère,

Par toi poétisé ; De l'antique vertu figure noble et fière

Dont le moule est brisé; Mais que Dieu reproduit alors que sa puissance

Éclate par sa voix ; Q,ue le monde s'éveille, et qu'un cri de vengeance

Fait justice des rois !

Poète, notre histoire Vaut mieux que ces récits D'une éphémère gloire, En lettres d'or écrits ;

Où, dans mainte bataille, Et rustres et manans, Pour amuser les grands, Mouraient sous la mitraille j Alors qu'ensevelis Au fond de leurs provinces, Les rois changeaient en princes Leurs bâtards anoblis.

Nous n'avons point encore, Autour de vingt palais due le luxe décore, Un peuple de valets, Dinant de son cigare j Et, le ventre au soleil, Dormant d'un doux sommeil Au son de la guitare ; Peuple découragé, Q,ui naît, vit dans la rue.

Et qu'au besoin l'on tue Comme un chien enragé.

A des danses lubriques

Nous ne courons point voir

Deux cents filles publiques

Se pâmer chaque soir,

Quand la foule idolâtre

Se partage en rivaux,

Et que mille bravos

Ébranlent le théâtre ;

Spectacle étourdissant Où, la face rougie, La reine de l'orgie Se livre au plus offrant.

Jamais, par un blasphème, Notre peuple, au saint lieu, N'encourût d-anathème En reniant son dieu ; Et dans les jours d'allarmes, Il ne comprit jamais Q,ue pour dormir en paix Il fallût des gendarmes.

Enfin, il ne veut pas, Peuple trop débonnaire, Payer pour ne rien faire. D'inutiles soldats.

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