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LA PREMIÈRE PIERRE UU MONUMENT DU 8 JANVIER

A M. A. J. GUIROT. (1)

Pourquoi tous ces soldats, ces flots de peuple avide, Ce vieillard au parquet du théâtre splendide

Aux vastes contours rois, Dont la voûte est le ciel, et le soleil le lustre : L'amphitéâtre, un mur, par la prière, illustrej

Les loges, mille toits?

Ces soldats, ce vieillard, horticulteurs sublimes,

Ont jadis, dans nos champs, par leurs cœurs magnanimes,

Conquis sur Albion, Un germe, qu'ils sont là semant avec ivresse, Q,ui, devenant pilier, pâlira la maîtresse

Du grand Pygmalion.

(1) Adresser les vers que l'on va lire, à M. Guirot, n'est-ce pas faire l'éloge cent fois mérité des sentiments qui dlstingent cet immacule patriote? Quant au talent lyrique de ce jeune Louisianais, qui ne sait qu'il est incontestable, et que, j^our l'apprécier, il ne faut que connaître l'acception de ce mot : poésie! titre sublime et sacré, que l'on prodigue toujours si aveuglément à toute production rimée. Que sont des mots artistement alignés? qu'est-ce que la plus belle facture, sans l'i'nergie, l'esthétique, l'imagination, la pensée? aujourrl'hui il faut une de ces quatre choses pour être poète ; privé de ces noble facultés, de ces rares caractéristiques, que l'étude ne donne point, l'on n'est jamais qu'un assommant et somnifère rimailleur.

Car ce fruit est le prix de la haute vaillance ; L'or même est un fumier auprès de la semence

Qu'enterrent ces guerriers.

Clio, pour enrichir de leur travail l'Histoire, Seintille dans leurs rangs ; car il sèment la gloire

Ce beau roi des palmiers!

Alors que surgira cette illustre colonne, L'on entendra dans l'air une voix qui résonne :

Une lyre du'ciel!

Et du noble obélisque admirant le langage, L'on dira: — De Memnon c'est le rare apanage!

C'est le marbre immortel !

— C'est que la liberté relève la victoire ; Q,ue, sans elle, un trophée est une veuve gloire ;

Un temple de faux dieux!

Ces tombeaux qu'au désert ont construits des esclaves, (1) Colosses-nains auprès du grand fût que les'braves

Salûront en ces lieux !

Toutefois, le vieillard, que harcelle l'éloge, Est sombre, et me simule un lion dans sa loge]

Pesamment endormi.

C'est, qu'en voyant poser cette dalle guerrière, Il pense: — J'ai cru voir la tumulaire pierre

Du Dieu grand à demi !

<1) Les Tyramirles.

— C'est qu'il boit du triomphe et le miel et la lie; C'est qu'il entend son Dieu, que tous cœur jeune oublie

Q,uand tonne le canon !

duand le drapeau frissonne et que l'acier flamboie ; Et qu'au sein du tumulte, et d'une aveugle joie,

L'on fait Dieu lé renom I

C'est que, Jackson se dit ! — C'est sur moi qu'on élève Ce pompeux monument, le butin de mon glaive :

Oii se joûra l'éclair; Q,uand un aigle viendra s'abattre sur son faîte, Hélas! qu'aurai-je. moi, sur ma divine tète?

Son pied lourd et le ver!

La sublime leçon que l'on prend du vulgaire! Q,ue parfois il est grand!... en voyant cette pierre,

(Quelques hommes obscurs Dirent: — Q,uoi! tant d'apprêts pour cette dalle vile, L'on eût crû qu'on allait de quelque immense ville Elever les cent murs!

— Mil huit cent quinze eut beau leur montrer son visage, (2) du'ils ne comprirent pas notre riche héritage;

Q,u'était-ce pour leur cœur?

Ces hommes ébahis ne virent sur la terre, Q,u'un angle, où vainement leur indigne paupière

Chercha l'honneur vainqueur!

ri) On lit ^uiUi. lùciif ly S jaiivici' \.6io.

Avaienl-ils bien un sein à leur aspect semblable.

Ou, plus que mon grand cœur un creurfier et capable?

Etaient-ils tout petits, Ou les glorieux pairs de ce Grec, dont la tonne Est plus GRANDE à mcs yeux que la grande colonne Aux canons aplaiis!

LOUI&ffiAISE ([UATORZIEME.

A M. P. PERENNES.

Sur les beaux vers qu'il adressa à Victor Hrco.

Rich the pleasure.

Sweet the pleasure, Swect is pleasnro. after pain ' Dryden.

Avant le cri jeté par ton cœur de poète, La main dans mes cheveux, en secouant la tête, Triste comme celui qui fut chassé d'Eden, Je disais à moi-même, en un ':ombrr refrain :

Je suis né sous un ciel où la terre palpite, Où le sang, vers le cœur, court et se précipite ;

Où l'on voit, sur les monts, sourire en se coiffant L'Aurore, dont rougit le carmin triomphant ; Oîi l'Océan, qui choit sur la bruyante dune, Y jette en cent lambeaux César et sa fortune s Où le poète est fort par cet aspect puisssant du'étale la Nature à son œil saisissant.

Mais ici. . . rien de grand pour les fils de la lyre ! (1)

Pas un mont, pas un flot pour croître leur délire ;

Mais ici, le génie est un beau lys ployé.

Où ce dieu qui, tombé, s'est fracassé le pié ;

Mais ici, l'aigle fier au vil oison se mêle.

Et toujours dans la fange on le voit traîner l'aile.

Puis, joignez à cela d'imbécilles lecteurs, (2)

Aveugles qui voudraient décider des couleurs ;

Puis, joignez à cela la critique insensée

D'un sot, jaloux et nul, qui, sans une pensée.

S'érige en Aristarque, et se rue en tous sens.

Pour prouver qu'un beau vers renferme un double sens.

Le talent fut toujours en butte à l'ignorance; Cent rimeurs ont taxé Byron d'insuffisance. Toujours, pour disséquer l'aile du papillon, On la verra clouer d'un stupide poinçon.

(1) Cette pièce a tté composée dar.s ime at:aquc de spleen.

(2) L'homme d'esprit ne me demandra point raiscn de ce vers: il sait que ces lecteurs la abondent dans tous les pays.

Après cela, malheur à qui sent dans sa tète Bouillonner sa pensée, et dit: Je suis poète !

Ohî le poète souffre, et l'on vante son sort, Q,uand souvent, avec joie il salûrait la mort ! Mais ses maux sont parfois masqués par un sourire ; Rien n'est plus mensonger que sa magique lyre. " Comme le haut Etna flamboyant et fécond, " Il porte au cœur la lave, et l'épi sur le front."

Telle que Marius, à Minturne enchaînée, Voilà ce que disait mon ame consternée, Q,uand soudain de ta muse un chant prestigieux Fait briller au désert un rayon à mes yeux : Un mirage irisé, dont l'immortel emblème Danse avec des péris à mon horizon blême. Cent fois j'ai lu tes vers, et cent fois de Hcco J'ai salué le chantre, en lui criant bravo ! ! !

Oui, bravo ! car je plains ceux qu'un puissant délire N'embrase pas bientôt, quand sur ta noble lyre, Tu vantes les accords de ce barde géant Q,ui vient à tout poète imposer le néant : Ce flambeau dont l'éclat fait baisser la paupière: Comète fascinante, à la large crinière!

Ce rival orgueilleux des Gama ! des Colomb Q,ui fait surgir sans cesse un monde de son front !

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