ODE
A M. MAGNE, éditeur db l'Abbillb.
" Gloire à Moctezuma ! " Non, Baddin, gloire à toi ! Dans trois heures tu fis plus que l'indien roi
Dans quarante ans de vie; Cortèsne l'aurait pas sous ses pieds lecrasé, Si de ton noble sang ce chef fût embrasé,
Français digne d'envie !
Non, si dans ton pays ce cacique fût né, L'univers ne l'aurait jamais vu prosterné.
La France irrésistible Aux poumons de tout fils souffle un vent de valeur, Un mépris pour la mort, un amour pour l'honneur,
Qui le font invincible!
Il est beau ton tiiomphe ! on se dit c'est Baudin! Comme aux Indes, je crois qu'il fut à Navarin !
La magique bataille due Hugo nous peignit de son riche pinceau, Q,u'appiaudit Cynégire, en faisant du tombeau
Saillir sa haute taille !
Navarin l'immortelle! O Grèce, tu n'es plus! Tous nos efforts pour toi furent donc «upeiflus !
Glu'enfanta ta victoire?
Tu reluis un moment, puis rentras au cercueil! Dieu voudra-i-il encor déchirer ton long deuil,
Et redorer ta gloire !
Baudin, c'est Véra-Cruz qui t'attend maintenant: Dans ce port la Victoire appelle son tenant!
Ceins ta vaillante épée:
L'indolent Mexicain te jette le défi ; Fais jaillir tout l'orgueil dont ce peuple est bouffi,
Par sa hanche frappée.
Ulua, c'est en rain que tes flancs de granit, Tes canons alongés protègent ce vieux nid
Non d^aigles, de mouettes; La bombarde bientôt va hacher tes gros murs. Les verroux et les gonds que tu croyais si sûrs,
De tes portes discrètes.
— Dérision ! comment Je Français pourrait-il. Disais-tu, peuple aveugle, — oh projet puéril,
Broyer ce mont de pierre?
Q.UC la brume et la mer, avec son dur martel, Doivent seuls émietter, mais non le bras mortel
Q,ui pourrit dans la terre.
— Pourtant Baudin s'écrie: — A moi ce fier rempart! Je veux sur ses canons planter mon étendard !
Malheur à qui résiste :
Mes boulets de son sang vont créer un ruisseau ; Malheur à ce vieux mur que poursuit mon vaisseau
La foudre est à sa piste!
Il a dit, et déjà la Néréide en feu,
De poudre fait monter un nuage au ciel bleu;
L'incisive mitraille, De son bélier puissant, démolit tout pilier: Elle emporte Ulua, comme on voit balayer
Par l'ouragan, la paille !
France, depuis le jour qu'IL repose au tombeau. Si tu n'es plus guerrière aux champs de Marengo,
Ton pied foule la houle, Q,ui te promet aussi l'apogée au combat. Tu fus Napoléon! sois Nelson! ce soldat
Dont t'attend le grand moule.
Comme à ce vaillant homme, alors que sous ta main Des peuples bruira la porte, que soudain
A toi la foule vienne !
Q,u'elle dise: c'est elle ! ouvrons vite à son nom, Pour ne pas voir entrer par la clef du canon,
L'hôtesse suzeraine!
A M. TL'LLIUS St.-CERAN.
Tullius, est-il vrai qu'une obscure critique
Ait arrêté l'essor de ta muse énergique?
Est-il vrai qu'elle ait pu, par de constants offorts,
De ton génie ardent comprimer les ressorts ?
Q,uoi ! de vils détracteurs auraient tant de puissance !
Ils réduiraient ta muse à garder le silence ;
Et, poète brillant, au milieu de ton cours
Tu serais en ces lieux éclipsé pour toujours !
Profitant du sommeil de ta muse chérie.
Ils répandraient sur toi le fiel de l'ironie,
Et, fiers de leurs écrits, leur sotte vanité
Rirait de son triomphe avec impunité !
Non, non, tous les écrits et tous les commentaires
De ces censeurs nouveaux, insectes littéraires.
Jamais de tes beaux vers ne terniront l'éclat.
Q,ue fait à ton talent l'ignoble plagiat
D'un critique en couroux? son impuissant outrage
N'est que de son envie un éclatant hommage.
Poursuis ton vol rapide, et ne t'étonne pas,
Si tu vois la critique attachée à tes pas ;
Laisse aboyer l'envie, et relève la tète
Comme un chêne puissant qui brave la tempête.
Vois cet aigle orgueilleux planer au haut des cieux
Il méprise le ver qui rampe sous ses yeux ;
Le fier Chimborazo, qu'essaille un noir orage,
Calme et majestueux, rit de sa vaine rage.
Sa tête est dans les cieux; sa sublime hauteur
Voit l'océan mugir et rit de sa fureur.
Laisse tes envieux croupir dans l'ignorance,
Dédaigne leurs clameurs et leur sotte arrogance;
Le mérite indigent est proscrit en tout lieu :
L'infortuné Gilbert expire à l'Hotel-Dieu.
Mais que dis-je? Gilbert! quand le divin Homère,
Accablé par les ans et la douleur amère,
Dans la Grèce épandait les chants harmonieux
D'un sublime poème inspiré par les dieux.
Il fut partout en butte aux traits de l'ignorance,
Aux traits des envieux, dont l'aveugle démence
Prétendait rabaisser ses écrits immortels,
dui lui firent, plus tard, élever des autels ;
Mais le juste avenir éternisa sa gloire,
Et dévoua Zoïle au mépris de l'Histoire.
Oui, c'est là, trop souvent, du génie éclatant La seule récompense et le sort qui l'attend !
Toi qui, par une forte et puissante harmonie, As su de PÉRENNÈs honorer le génie ; De Constant Lépouzé digne apréciateur, Viens t'asseoir à côté de ce charmant auteur, Q,ui, pour notre pays, par des veilles constantes, D'Horace raviva les odes éclatantes. Les feux de ton génie, au foyer de ton cœur, Doivent se ranimer d'une divine ardeur.
Celui qui de l'Etna nous fit gravir la cime, dui de Niagara peignit l'affreux abîme ; Celui-là pourra bien, par un nouvel essor. Planer sur l'Hélicon, et s'élever encor.
Écoute, TuUius, notre ardente prière :
Poursuis, poursuis pour nous ta brillante carrière ;
Q,ue tes rivaux de gloire, obscurcis, abattus,
Écrasés par ton art, ne se relèvent plus.
Oui ! qu'un nouvel ouvrage, écrit en traits de flamme
Vienne flatter nos yeux et réjouir notre âme.
Ah! si de la patrie un touchant souvenir,
Pour tes chansons^ t'assure un nom dans l'avenir
Et si de Rien-oU'Moi notre orgueil se décore,
Il attend aujourd'hui de nobles chants encore !
Va ! ton destin est beau, digne fils d'Apollon ! Ton nom retentira dans le sacré vallon. Si tu voguas longtemps sur la tourmente amère. Si l'aveugle Fortune, inconstante et légère,
Ne t'a point prodigué ses fragiles présents, Tu dois t'en consoler par tes heureux talents.
A. Latil,
lOUISIANAISE SEIZIEME.