‹ Les louisianaisesChapitre 16 sur 25 · A M. ALEXANDRE LATIL · texte numérisé non relu

A M. ALEXANDRE LATIL

Arbrisseau que courba le bras de la tempête, Tu me dis : — Pauvre oiseau, j'abriterai la tête Delà pluie et des vents: vois comme est gros le tempsi — Tu ne sais pas que moi, jamais sous le feuillage. Je n'ai fait résonner ma luette sauvage, Et que je suis fils des autans!

Q,u'emporté loin du nid dans un coup de tonnerre, La tourmente, pour moi, fut la seconde mère Q,ui berça mon enfance et me tendit le sein; Q,ue l'ouragan m'entend jeter des cris de joie; Q,ue du fier océan, où le buibul se noie. Mon aile fouette le bassin!

Je me croirais débile, et toujouis dans l'enfance. Si le Monde gardait à mon nom le silence. La haine, c'est l'Amour et son brûlant flambeau! Cela vit, cela veut, cela porte une face; Je souris quand son dard s'émousse à ma cuirasseî L'indifférence est un tombeau!

Aux veines de la fleur qui le poison distille, L'abeille va pomper pour doter son asile. Un Pactole enivrant aux dorés flots de miel. Mon cœur possède aussi la grande urne chimique Q,ui transforme en nectar tout mortel narcotique, Q,ue je bois au banquet du ciel!

Sans l'envie un.lauiier est un rameau vulgraire, Q,ui des hommes jamais ne fixe la paupière; D'aigle, avant la couvée, il me simule un nid. C'est lorsque le génie, avec ses pleurs d'Achille, L'a longtemps arrosé, que cette branche vile Se change en un rameau bénit!

Ami, quand cessera pour nous deux la bataille.

Si de notre ame encore on veut savoir la taille,

Exhibons aux regards notre glaive brisé!

Il faut pour qu'on le croie et noble et formidable,

Q,u'il soit moins scintillant, moins au soleil semblable,

Et par des flots de sang bronzé!

Sans Xercès, qu'eût été je fier soldat de Sparte? Sans l'Anglais à Toulon, le géant Bonaparte? C'est peu d'avoir un cœur, il faut montrer ce cœur! Il faut, pour rehausser du talent l'apanage, du'il ait foulé le front du reptile sauvage, Q,ue de Python il soit vainqueur!

lOUISIANAISE DIX-SEPTIEME.

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