‹ Les louisianaisesChapitre 17 sur 25 · AU DOCTEUR GAILLARDET · texte numérisé non relu

AU DOCTEUR GAILLARDET

A l'occasion d'une pièce de vers de sa plume, intitulée : le poète marmiton.

Tu prouves qu'Esculape est le fils d'Apollon! J'ai dévoré tes vers sur ce barde-chaudron Q,ui pour Parnasse, enfin choisit une cuisine. Cormenin des neuf sœurs, le traînard rococo Fatigue notre oreille et le gosier d'Echo, Q,uand sur lui danse ta houssine.

Oui, c'est bien le poète au luth de Saint-Lambert (1) Q,ue peignit ton pinceau! D'un beau manteau couvert,

(1) Quelle que soit mon antipathie pour les disciples de Saint-Lambert, je n'approuve pas toutes les critiques acerbes de Byron sur ce poète parfumé et aux gants t^lancs, qui a été horriblement lacéré parie grand fouet de co7/w«rtHrfeî<r de l'auteur de Childe-Harold et de Manfrcd.

Le spectre croit cacher sa hanche rachitique. C'est le rêveur de... mots! un pompeux lexicon Au lieu de cœur, lui pend sous son gauche téton, D'où jaillit son chant horaéiique!

Q,ui ne préfère pas, revêtu d'un tanga, Le Ciiniancho (2) bien fait, au fat qui fatigua Les ciseaux de Walton ;,3), pour grandir sa nature? Sans pensée, aujourd'hui, qu'est-ce qu'un ménestrel? Niagara sans cris, sans ses bonds jusqu'au ciel! Un tombeau couvert de verdure. (4)

Tu dis vrai : la cuisine est son digne Hélicon; Peut-être y pourra-t-il conquérir un grand nom;

(2) Le sauvage le plus remarquable pour ses formes herculéennes et apollonîques. Je n'ai jamais vu d'homme au corps aussi beau, et au visage aussi animal, aussi laid et repoussant. Il est guerrier et puissamment armé; il erre, sur un coursier infatigable, dans les steppes du Texas.

(3) Célèbre tailleur de Philadelphie.

(4) " Mon esprit n'a d'écho qu'où l'on entend gémir."

Qu'est-ce que cela, grands dieux!— s'écrieront peut-être certains lecteurs,— Mon esprit n'a d'echo qu'où l'on! Quel est l'auteur de cette épouvantable cacophonie? — Lamartine. Que les chantres dont je viens de parler, aux vers harmonieux, lissés et passés au peigne fin, fassent, pour l'esthétique et l'imagination, une pièce comme celle où l'on découvre ce vers, intitulée : La mort de Julia, et je me range aussitôt sous leurs drapeaux. Qu'est-ce qu'un versificateur au prix d'un poète) qui est-ce qui ne sait pas, au besoin, composer une ligne de mots cadencée et polie? Un beau vers! sait-on bien ce que c'est qu'un beau vers? voici un beau vers, et qui purifie à mes yeux, de son essence divine tous ceux qui font passer son auteur sous leurs fourches caudinos, et qu'il m'a fallu traverser pour arriver jusqu'à lui. Il e.st de Barbier, non pas d'Auguste, mais d'Hypolite Barbier. Il s'adresse à Napoléon : " Ta main s'use à dorer les clous de ton cercueil ! "

Tout Bossuet est dans ce vers; c'est sans contredit, ce qu'on a dit de plus grand sur ce géamt pyg?nee, maître superbe du Monde dans son superbe Paris, et l'esclave opprimé de Lowe dans l'horrible bicoque de J.ong-Wood! c'est ce qu'on a dit de plus sublime sur la gloire et la mort; sur ces ambitieux et infatigaii'.os génies dont l'esprit, " comme mille scorpions," dévore la cervelle, pour les pousser... à la tombe! " Ta mais s'use û dorer les clous de ton c<!rcueil! "

Tu te lues pour vivre; tu poignardes ton présent pour un avenh" dont tu ne jouiras pas! Ce vers, dans les œuvro.s d'Hypolite !l;ul>ipr, est cnume un éiinrolant colii)ri j)alpitaat sur un fumier; oubliera-t-on le colibri à cause du fiuiiier? non : mais le fumier à cause du pétillant rubis vivant et ailé. Un beau vers! voilà ce qu'est un beau vers! Un beau vers, pour moi, fait (pic son auteiir ne meurt pas.

De Vatel qui n'a pas oui la haute famé! dui sut mieux préparer un canard par le pal? •Gloire à lui! de Caton c'est l'immortel rival! Le glaive a sacré sa grande ame!

À M. TULLIUS St.-CÉRAN. (1)

Q,uand il fallut, pressé par des ordres perfides,

Ravir le fruit divin, trésor des Hespérides,

Ferme, domptant les flots dans leur rébellion,

Alcide allait, couvert de sa peau de lion ;

Alcide s'avançait ; — monts, forêts, plage immonde,

Pour vaincre il eût franchi les barrières du monde,

Et le jardin le vit courber un front serein

Sur le dragon béant et ses griffes d'airain.

Apre fut le combat j mais qui peut vaincre Alcide ?

Le dragon siffle, et meurt dans fsa rage homicide :

Victoire! — Le fruit d'or roule aux pieds du vainqueur !

(1) Mon cher Tullius, j'ai lu dans l'Abeille les vers que vous avez bien voulu m'adresser, et ils m'ont confirmé dans l'opinion où j'étais depuis longtemps : que la fièvre est éminnemmcnt poétique. Grâces vous soient rendues. Si je ne puis aeceptcr tout votre éloge, j'y vois du moins un» preuve bien flatteuse de votre amitié. Votro ami.

PEKENNEf.

LES LOUISIArvAISES. 77

Poète, ce triomphe a fait battre mon cœur : duoique sur notre mer le péril soit extrême, Ciel, tonne ! vent, mugis ! mais vogue la trirème ! Eh ! que me font, ami, les flots séditieux? Nocher calme etsans peur, je vois mon astre aux cieux ; Puis, regarde ce phare à travers cet orage ; C'est la gloire ; — et j'y vais, au risque du naufrage ; Oui dussé-je périr, j'y vais avec transport : Lieu, d'où je viens, arrière ! — en avant est le port ; Toi, destin, fais souffler ton ouragan de flamme ; S'il peut briser mon corps, j'y retrempe mon ame. Mais, par delà les flots, s'ouvre un âpre chemin . Pour le franchir ensemble, ami, donne la main : Le jour, nos pieds mourtris vont saigner sur les pierres ; Bien des nuits passeront sans clore nos paupières ; Courage ! — allons sans trêve, et la nuit et le jour; Allons ! voyons de près le magique séjour, Et si la pomme est là sur son rameau fertiie, Courage ! dans nos bras étouff'ons le reptile; Car la tète du monstre, où le dard siffle encor, Est le degré sanglant pour monter au fruit d'or.

PÉREPÏNÈS.

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