AU GÉNÉRAL JACKSON
Lc ]2 Janvier 1840.
C'est bien, je suis content, car j'ai revu ta face! C'eût été mal à toi de laisser sans préface Ce livre fait soldats et drapeaux, où Janvier, Tous If s ans, en plein champ, au Monde entier vient lire Ce (ju'il vit. pour prétendre à la voix de la lyre, Et pour arborer le laurier!
La préface balance, à mes yeux, l'œuvre entière; Son style devait seul répandre la lumière Sur ce vivant feuillet par la gloire enfanté! Sans ton front digne et fier qui conduisait la foule, duand des combats hurLit et bondissaii la houle, Où serait notre liberté?
Où serait le laurier ornant la chevelure D'Orléans, pour nourrir l'impavidi.' nature De tous ces no iveaux preux postulant le renom? De ces Cids, dont le cœu--, parlant plus haut que l'âge, Pipe aussi le triomphe, oiseau dont le raniage Un jour fera tonner leur nom!
Où seraient ces «-oldat^; dont la vifMlle bannière, Comme un condor, planait au sein de la lumière
due la foudre lançait dans ce jour orageux Qui portail dans son liane l'embryon de la gloire! du'ont fait saillir pour nous le glaive et la victoire. Comme Vénus, du tiot brumeux?
Achille fait Nestor, j'ai senti dans mon ame Un froid tressaillement se mêler à la flamme, En contemplant ton âge et tes guerriers honneurs!.. J'ai revu Bossuet auprès d'un cimeterre!... (1) Bossuet nous parlant de l'épaisse poussière De ses blancs cheveux moniteurs!
N'importe : le laurier noircit bien une tête! Pour ce peigne de plomb plus d'un noble cœur jette Sa jeunesse et son or à l'étude, au canon! Lafayette et Byron, pour la gloire et l'orage. N'ont-ils pas du bonheur fui le riant mirage, Les appelant à l'horizon !
lOUISIAMISE CINQUIEME.
A M. AUGUSTE DAVEZAC.
Je passais, je te vis! tu m'enlevas douze ans! A Ion aspect je crus retrouver ces présents
(1) Bossuet an cercueil de Conclu.
Dont je n'ai plus revu l'opulente féerie
Depuis que tu laissas ta si chère patrie :
Mes brillants vingt-sept ans, aux magiques appas^
due remplace ungiand nom, mais qu'il ne nous rend pas!
Oui, c'était Davezac, l'ami de Lafayette!
L'homme aux jours si sereins, du barreau le poète!
Q,ui pâlit le malheur aux feux de sa gaîté;
L'amant fier d'Orléans et de la liberté!
De nombieux avocaifî la curieuse troupe
Te cherchait, f assaillait et t'entourait en groupe.
Tout était près de toi joie et pétillement!
Parmi ces partisans mon œil vit seulement
Cet homme au front courbé, tout chargé de génie.
Et dont le palais d'or distille l'harmonie. (1)
Comme saint Augustin aux pieds de Jésus-Christ,
A travers ses longs cils on voit flamber l'esprit!
Davezac. loin de toi, I'aiglon devint grand aigle!
C'est le puissant clavier qu'au ciel un ange règle!
Géologue, incisif, pétillant de chaleur,
De tous nos orateurs c'est le seul orateur.
Méthodique et serein, ou suant dans l'arène,
C'est parfois Tidlius. et parfois Démosthène!
A la Bourse, en tous lieux, quand je cherche un beau front,
Comme un vautour, mon œil, toujours sur le sien fond!
Eh bien, vieux pèlerin, au biillant microscope, Q,ue nous racontes-tu? que dis-tu de l'Europe? A-t-elle dépassé ta haute illusion,
(H M. Pierre Sonlé. Je- le nomme ici pour ceux qui ne l'ont jamais entendu
Tes riches arcs-cn-ciel d'imagination?
Plus tard je te verrai; ce n'est pas dans la rue
(lue sur un vieil ami je me jette et me rue.
Je suis la fille chaste, en son brûlant amour,
Recherchant la nuit sombre et craignant le grand jour.
Je ne veux pas, vois-tu, qu'on me vienne distraire
Q,uand je suis avec toi, quand dans mes bras je serre
L'incomparable ami dont je sens tout le prix :
L'homme unique en tous lieux, tant aimé des péris!
A la tète si riche! oà scintille l'idée,
Q,ui par soixante hivers n'est pasencor ridée.
Ce n'est pas parce que je te sais de mon sang Q,ue tu sens le velours de mon vers caressant; Les parents!... qui n'a pas pesé ce titre vide, Pour savoir, au besoin, comme il est invalide? Les parents! j'en connais, si j'acquiwrs du renom, A fjUi je défendrai de prononcer mon nom.
LOl'ISIANAISE SIXIEME.