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LA VIE

Huit heures du soir.

A M. C. D. DTJFOUR.

Me voilà!... J'ai mangé, travaillé, puis écrit; J'ai repu ce vil corps, et du vers, qui me rit,

J'ai regorgé mon ame.

Q,ue faire maintenant? ce que fait le soleil : Me coucher, me plonger encor dans le sommeil, Et demain... même gamme!

Travailler, et nourrir mon lourd cadavre encor ; Butiner par mon luth, pour mon cœur, un trésor;

N'avoir plus nulle envie.

Et m'écrier : celui qui fait une maison Remplit au moins un but, qui plaît à la raison,

Mais qu'est-ce que la vie?

Qui me dira : — Voici l'espace à parcourir : Noble esquif que l'on voit tendre l'aile et s'enfuir,

Sous d'autres cieux arrive!

— Mais hélas! vainement je laboure les flots! Je marche, je m'agite; inutiles travaux! Je n'ai pas fui la rive!

Toujours la même plage, avec la même mer

dm baigne le vaisseau! tel qu'en des murs sans air,

Un captif dans sa chaîne, Vainement je voudiais surgir en d'autres lieux, Q,ue n'ont pas déflorés mes rassasiés yeux,

Pour dissiper ma peine!

ÏII.

Toujours la même rive, et n'être pas ancré! De craintes, de terreurs, toujours être entouré!

Si j'étais dans la baie, Des furieux autans je narguerais le choc. Je rirais de l'orage et des flots et du roc,

Mon cœur serait sans plaie!

Un peu d'or, et bientôt je foulerais Eden\ Encor, non! l'or ne peut dans mon orageux sein

Faire danser la joie!

Mon esprit mécontent est sombre comme Hamlet! Il ne peut secouer du mallieur le soufflet,

Sous lequel le dieu ploie!

Pour être heureux il faut que cesse le duel Entre mon faible bras et le destin cruel !

Il faut que mon long glaive Ait versé plus d'éclairs que l'immortel marteau De ce dieu qui forgea ce bouclier si beau,

Qu'il devait être unrévc.

Insensé! cette nuit tu peux vaincre le sort !

Le Monde est ta prison, mais le geôlier, la mort!

Viendra t'ouvrirla porte.

Cette nuit, l'oreiller, oîi va peser ton front, Comme un flot, le vaisseau, le peut lancer, d'un bond,

Où l'extase transporte!

Pèlerin qui voudrais un sentier à^édredon! Lâche, qui de ton ame au désespoir fais don,

Demain viendra la hahe.

Ton œil myope en vain plonge dans le motif Du Dieu grand qui te fit, et ton vil cœur plaintif

Au blasphème s'exalte!

C'est l'ouvrier qui doit juger de ses travaux : L'architecte se dit : ces bâtiments sont beaux;

Mais sur ses jours cet homme Ne saurait prononcer : il se croit l'ouvrier duand il n'est qu'un moellon, qu'avec son grand levier,

Dieu meut pour son grand dôme!

Tais-toi donc, ô mon cœur, et sois plus sage enfin; Ne me demande plus à quelle noble fin

Tend ta frêle existence :

Bientôt tu l'apprendras, quand tes yeux, embrasés, Secouant cette chair dont ils sont écrasés.

Sonderont ta puissance!

LOmSIANAISE DIXIEME.

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