‹ Les lunettes des princesChapitre 6 sur 11 · L'ACTEUR · texte numérisé non relu

L'ACTEUR

CES beaulx motz ditz, feu de bien tel monnoye Que tout mon mal fut converty en joye.

Car j'ay congneu mon deffault etfeblesse.

Si proposay que pour chose que foye, Le temps venant, ne quoy qu'avenir doye, Ne souffriray que desespoir me blesse; Mais à raison, qui est de tel noblesse, Me submettray, puis que de sa largesse Et de son bien ainsi mon cueur esjoye.

Qui tant avoit de douleur et destresse Qu'oncques ne fut la pareille tristesse.

Dont eschapper jamais vif ne cuidoye.

Parlez moy donc d*une dame pareille, Qui de donner tel confort s*appareille; Je ne croy pas qu'aulcun faire le saiche; Cest son propre que tout ce qu'el conseille

Est si à point qu'il n'est plus grant merveille; En son conseil n'a de vice une tache :

Le bien met haulty le mal estaint et cache, Les cueurs des gens en grant honneur atache; Cil qui la croit en péché ne sommeille; Riens ne meurdrist de glaive, lance ou hache; Elle hait le grant qui les petis attache.

Pensant ses biens, luy dis bas en r oreille:

« Noble dame Raison, haulte princesse, Prins cesse n'as de me donner adresse, Dresse mon cueur vers Dieu et luy maintien.

Maintien mauvais ay eu en ma jeunesse.

Jeu n*est ce pas, car vieillesse m'opresse; Oppresse grant à mon cas la main tien; Tien estre vueil, mon grant besoing previen, Vien promptement, mon secours et mon bien.

Bien me fera se tu me prens en lesse, Lesse à penser que je suis terrien, Rien est de moy sans toy; or me soustien.

Tien mon party et plus ne me délaisse, »

Cecy m'advint entre esté et autonne, Ung peu avant que les vins on entonne.

Lors que toutfruict maturation prenî;

Vungjourfaictchaulty Fautrepleut, venteettorme. L'air fait tel bruyt que la teste en estonne, A nous mûrir celuy temps nous aprent.

Car, qui des biens lors n'asserre, il mesprent, Pource qu'après hyverfroit nous sourprent.

Qui n'a du bled ou du vin en sa tonne, Au long aller son deffaùlt le reprent; Aussi, en fin, qui bien cecy comprent, Cil jeûnera qui n'a fait chose bonne.

Pour au conseil de raison me submettre Et contenter nature, me vins mettre Incontinent vers ma petite couche.

Lors me cuyday de dormir entremettre, Mais la dame ne le voulut permettre En cil endroit, car de sa doulce bouche Me dist : « Enfant, pas ainsi ne te couche, Fay oraison à Dieu que ton cueur touche.

Et que de toy vueille tout mal desmettre. »

De ce la creu, et ne m'est pas reprouche. Si priay Dieu que sa grâce m'approuche, Com vous orrés après en ceste lettre.

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