‹ Les lunettes des princesChapitre 7 sur 11 · ORAISON DE L'ACTEUR · texte numérisé non relu

ORAISON DE L'ACTEUR

O GLORIEUSE Trinité, puissance insuperable, sa* pience incompréhensible, souveraine majesté et bonté immense, père et filz et sainct esperit, ung seul Dieu éternel, qui à toutes choses qui sont avez donné estre et en leur essence les conservez et gardez, et par qui et de qui et en qui sont et procèdent toutes intelligences spirituelles et corporelles, à qui les choses passées et advenir sont présentes et devant les yeulx de vostre tresexcellente haultesse n'a riens secret ne absent, à vous comme à père par création, patron par rédemption et maistre par introductions, en vraje foy, espérance et charité, je me présente.

O amy des âmes raisonables, seul digne estre

aymé de toutes voz créatures, combien est que indigne et aultre chose plus que vous ajmer est amertume et hayne mortelle, quelles et quantes louenges et grâce et honneur vous pourray-je rendre pour condignement suffire à la recongnoissance de vos bénéfices! Que dirai -je à ce qu'il vous a pieu de vostre amoureuse grâce me créer tant dignement à vostre ymage et semblance en me donnant sens, raison, memoyre, entendement et voulenté, pour vous congnoistre, aymer, servir, doubler et honnorer, qui povez, se tel eust esté vostre plaisir, me faire beste bruste ou autre moindre et insensible créature! Ha! tresdoux Jésus, glorieulx Rédempteur, qui tant humblement avez voulu des benoistz cieulx descendre au precieulx ventre virginel, pour devenir nostre semblable en prenent vraye humanité, laquelle pour moy et les autres povres pécheurs a tant souffert de maulx, opprobres, peines, douleurs et ennuys, que toute humaine raison deffault à les penser, estimer, concevoir, exprimer et dire; et finalement, par vostre tresangoisseuse, amere et douloureuse mort, m'avez vertueusement de dampnation racheté. O souveraine bonté, ô inextinguible lumière, ô richesse essentielle dont tout autre bien

vient, procède et descend, tantd^autres avantaigeux dons m'avez faictz et faictes chascun jour et heure que, en j pensant, mon cueur deffault à les nombrer, mon entendement est de insuffisance aveuglé et de foiblesse offusqué, dont au reciter treuve ma langue mute. Qu'estoit ce, est ou sera de moj sans vous? Certes, riens ou moins qui pourroit dire. Mon Dieu, à vous je me rens, coulpable de tant de maulx que Torreur d'y penser m'a souventes fois voulu oster le hardement de plus me oser nommer vostre créature ; mais, confiant de voz bénignité, amour, clémence et doulceur, à présent à tel honneur, révérence et humilité qu'il m'est possible, tresdesplaisant que mieulx ne le puis faire, vous crj mercy des ingratitudes, offence et inobedience que puis le temps de ma naissance ay commis contre le plaisir de vostre perdurable seigneurie, faisant humble supplication à vostre doulce^ amyable, piteuse et débonnaire miséricorde, qu'il luy plaise evocquer devant elle ma damnable et criminelle cause pendante devant la fureur, rigueur et yre de vostre tresredoubtée justice, et ne souffrir encontre ma pouvre ame, ouvraige de voz saintes mains, estre donnée la sentence deue et qui apartient à ma desserte, mais à

l*exaltacioD, louenge et magnificence de vostre souveraine majesté me vueillez impartir une beile, ample et planiere remission, signée du sainct signe de vostre fructueuse croix, scellée du sceau des armes de vostre tresprecieuse, louable et glorieuse passion. Amen,

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