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seignements , d'érudition , de sagesse et de philosophie (i).
(1) Le même écrivain nous apprend que l'ouvrage dont il est ici question fut dérobé à Camoens. L'auteur de cette Notice a déjà eu occasion de mettre en avant une opinion du savant Verdier, qui croyait reconnaître dans ce livre la Lusitania transjormada , de Fernand Alvares do Oriente. En signalant ce fait dans son excellent travail, M. Ch. Magnin ajoute que quelques écrivains dont il partage l'avis ont pensé que ce manuscrit était le recueil des Himas varias que Camoens préparait pour l'impression. Selon nous , dans l'état actuel où en est la discussion , il est bien difficile d'avoir à ce sujet une opinion définitive. Ce qui paraît certain, c'est que l'ouvrage auquel travaillait Camoens à Sofala était intitulé : Parnaso LusUauo. Ce fait, quoiqu'il soit connu depuis le, seizième siècle, a trop peu occupé Ja critique, elle s'est longuement exercée certainement sur des choses moins importantes. Je l'avoue , il n'est guère probable qu'un ouvrage inconnu de Camoens soit jamais découvert, cependant tout ce qui se rattache à ce point de l'histoire littéraire mérite quelque attention, et sans donner aux paroles de Faria e Souza plus d'autorité qu'elles n'en méritent, nous les rappellerons ici, parce qu'elles ne nous paraissent point avoir été citées. « Cet écrivain , dit-il en parlant du continuateur des Décades , ne dit pas si le livre était en prose ou en vers, ni quel en était le sujet , mais il affirme qu'il était rempli de beaucoup d'érudition , d'enseignements et de philosophie , et qu'après la mort de Camoens à Lisbonne , il Gt toute diligence pour le retrouver sans pouvoir y parvenir. Sur l'une et l'autre chose je dirai maintenant ce qui suit : Le titre du livre peut donner à entendre que c'était quelque art poétique; quoique en ce cas on pût supposer qu'.l eût dû être simplement en prose , il pouvait se faire aussi qu'il fût mêlé de vers et de prose. Mon aïeul, Estacio de Faria, était un homme d'un esprit brillant , qui écrivit de bon style divers ouvrages. Par suite de sa mort, différents papiers tombèrent entre les mains de ma mère et entre autres un livre, de format in-û°, composé d'une main de papier environ. Ce livre manuscrit était écrit en vers et en prose, c'était une œuvre suivie. Étant enfant, je vins à le perdre; depuis, quand la raison me fut venue un peu plus, il me sembla que cet écrit aurait bien pu être de mon aïeul. Plus tard encore, et j'avais acquis déjà quelque discernement , je lus les œuvres de Camoens. Comme quelques passages de ce livre m'étaient restés dans la mémoire, il me sembla (en me fondant sur le style) qu'ils étaient de mon poète; et ceci n'était pas impossible, car, vu l'amitié qui existait entre lui et mon aïeul , il aurait pu se faire que, par suite de la mort du premier , l'autre restât en possession du livre. Quant à ce qui me
XLU CAMOENS
Ce fut dans le courant de novembre 1568 que le vaisseau le Santa-Fè reçut l'auteur des Lusiades et qu'il quitta les côtes d'Afrique. Le voyage fut heureux, mais un douloureux événement signala le retour si ardemment souhaité. On était parvenu au dernier jour de cette longue nav igation, on allait apercevoir les hauteurs de Cintra, lorsque l'ami le plus fidèle de Camoens , l'homme en lequel il avait mis peut-être toutes ses espérances, succomba. Celui dont le nom revient à la bouche du poète dans les temps de prospérité et dans les temps de détresse, mourut en vue de la côte. Avec lui s'éteignirent peut-être les dernières espérances d'un meilleur avenir. Mais ceci était un malheur particulier; encore quelques heures, et Camoens allait être témoin d'une affreuse calamité : la grande peste sévissait dans Lisbonne (i).
Quelques historiens nous ont parlé de cet événement , et ils sont unanimes dans leur récit : jamais l'horrible fléau qu'on avait vu paraître tant de fois durant le moyen âge, mais dont le souvenir s'était pour ainsi dire éteint, n'avait frappé les populations d'une terreur plus profonde. Cette désolation était justifiée par l'excès du mal ; au dire des chroniqueurs, il y eut telle journée où périrent six cents personnes ; et dans l'espace de temps qui s'écoula depuis lés derniers mois de 1568 jusqu'à la fin de 1569, on vit succomber soixante-dix mille habitants. A l'époque où le Santa-Fè mouilla dans le port de Lisbonne, le fléau commençait à se calmer ; cepen-
regarde, la chose est très-positive; néanmoins , jusqu'à ce jour ce livre n'a point reparu. » Nous ajouterons à ce renseignement un fait assez curieux, c'est que dans une longue note des nimas Manoel de l'aria e Souza insiste sur l'extrême analogie de style qui existe entre Camoens et l'auteur de la Lusitania iramjormuda. Nous doutons que le savant Verdier ait eu connaissance de cette opinion, elle viendrait à l'appui de sa conjecture.
(1) M. Francisco Alexandre Lobo pense qu'on lui imposa le surnom qui la désigne , non pas précisément en raison de sa malignité, mais parce que les populations étant depuis long-temps sans défiance contre un tel fléau, quand il commença à exercer ses ravages, la désolation parvint à son comble. Quoi qu'il en soit, la peste de 1509 fut une de celles qui désolèrent avec le plus de rapidité le royaume. Elle enleva un grand poète, Antonio lerrcira, qui mourut précisément au temps où revenait Camoens.
ET SES CONTEMPORAINS. XLHI
dant la crainte empêchait encore qu'on diminuât rien des précautions qu'il avait imposées. L'embouchure du Tage était fermée rigoureusement, et pour en obtenir rentrée il fallut queDiogo de Couto, qui venait sur un autre navire, se rendît à Cascaes et de là à Àlmeirin, où s'était réfugiée la cour. Ce fut là seulement qu'il put obtenir un ordre qui permettait aux navires en vue des côtes de jeter l'ancre dans le port. Toutes ces démarches avaient lieu au mois d'avril 1570. Camoens ne revit Lisbonne qu'au mois de juin suivant; plus de dix-sept ans s'étaient écoulés depuis son départ.
Il y avait déjà treize ans que Jean III était mort, et l'état du paysavaitbien changé. Une régence laborieuse, agitée de prétentionscontraires, et qu'on eût été encore heureux de pouvoir conserver, un jeune prince sans puissance réelle pour ramener le bien, et cependant doué de qualités rares, puisque le vénérable évéque de Sylves ne pouvait s'empêcher de s'écrier: « Malheurau Portugal qui a un roi si digne d'être aimé et cependant si abhorré à cause des gens de son conseil (1) ! » voilà ce qui dut frapper au cœur le poète, et qui lui inspira les paroles généreuses qu'il adressa au monarque encore enfant. Si tout était changé en politique, tout était changé aussi dans les habitudes delanation.il nerestaitplus rien pour ainsidire decette splendeur « et de ces grâces royales, » dit un vieil écrivain , qui embellissaient la cour sous le règne précédent. Plus de bals magnifiques, plus de ces fêtes comme savait les ordonner l'infant D. Luiz, plus de ces représentations dramatiques, dans lesquelles Gil Viccntc , auteur et acteur à la fois , donnait l'essor à son originalité. Le sentiment de l'art semblait s'être éteint momentanément , comme s'était éteinte cette énergie persévérante qui, durant les conquêtes, avait tout organisé.
On ne sait guère aujourd'hui comment s'écoulèrent pour le poète les deux premières années qu'il passa à Lisbonne au milieu de ces luttes déplorables du pouvoir. Ce quon peut aisément constater, c'est que le découragement politique qui
(1) Voyez l'opuscule intitulé : Cartis portuytiezrii de Don Hicronymo Osorio, bispo de Sylves. Paris, 1819. C'est dans ces lettres, écrites avec une énergie peu commune, qu'on peut apprendre quelle était la véritable situation du Portugal sous D. Sébastien.