‹ Les Lusiades de L. de CamoensChapitre 11 sur 40 · XL1V · texte numérisé non relu

XL1V

se faisait sentir aux meilleurs esprits, aux cœurs les plus fermes, ne tint pas devant l'œuvre de génie qui consacrait la vieille gloire nationale. En 1572, Camoens publia son poème; et, ce qui était inouï jusqu'alors en Portugal, les Lusiades eurent une seconde édition dans la même année (t). L'émotion profonde qu'excita cette noble poésie se fit sentir dans toutes les classes de la société. Le succès fut immense , il y eut pour ainsi dire rénovation de l'esprit national ; l'œuvre devint populaire. Ici nous laisserons parler, avec son style si naïf et si pittoresque, ce vieil écrivain qui se vante d'avoir étudié durant vingt ans ce beau livre et qui a d'autant plus de confiance dans certaines traditions , que son aïeul , Estacio de Faria, avait été l'ami du poète (2).

« Jl est certain, dit-il, que ses écrits furent fort estimés en sa vie , et qu'en raison de cela sa personne était vue avec admiration à Lisbonne ; car, dès qu'il paraissait dans quelque rue, tous les passants s'arrêtaient jusqu'à ce qu'il eût disparu.

(1) Comme l'a très-bien fait observer M. Ch. Magnin , le privilège accordé au poète pour la première édition est du Î4 septembre 1571, et non du 4 , comme l'ont écrit plusieurs biographes remarquables d'ailleurs par leur exactitude. Un habile professeur dont il faut déplorer la perte prématurée , M. .Vablin , qui a examiné avec tant de sagacité les deux éditions de 1572, a prouvé qu'il fallait définitivement adopter les corrections de la seconde. Ce que ce savant semble avoir ignoré, c'est que Manoel de Faria e Souza était complètement de cet avis. En effet, le diligent commentateur dit qu'il a soigneusement examiné les deux éditions , et qu'elles diffèrent par certaines variétés dans le caractère , dans l'orthographe , dans les fautes , qui existent d'abord et que plus tard on trouve corrigées , dans certaines améliorations dues au poète lui-même. M. Mablin dit positivement que Manoel de Faria c Souza ne connaissait pas cette seconde édition lorsqu'il publia son texte des Lusiades; il la connut plus tard, et nous en offrons ici la preuve. Le savant que nous regrettons n'avait pas lu probablement la Vie de Camoens qui précède l'édition rarissime des Rimas publiée en 1685 , il y eût trouvé un nouvel appui à son système.

(2) l»ar une erreur de typographie qu'on comprendra aisément, l'omission du nom d'Estacio nous a fait dire dans une des notes que Faria e Souza était l'ami du poète. Le lecteur réparera aisément cette inadvertance.

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