‹ Les Lusiades de L. de CamoensChapitre 12 sur 40 · KT SUS CONTKMPORÀLNS. XLV · texte numérisé non relu

KT SUS CONTKMPORÀLNS. XLV

Et cela était ainsi qumd après son retour de l'Inde, ayant déposé l'épée , il marchait appuyé sur une béquille. 11 allait de cette façon la plupart des jours, avec toute- ses infirmités, toutes ses années, tom ses dégoûls, entendre la leçon de théologie qui alors se faisait dans le couvent de Santo- Domingo ; Rasseyant parmi ces jeunes gens qui écoutaient , comme si lui-même eût été l'un des écoliers. »

Et quelques lignes plus haut, Faria e Souza continue ce récit louchant; il nous dit en quelques paroles comment se passait cette vie d'angoisse , dont une leçon de théologie était désormais Tunique distraction : « Il en vint à vivre d'aumônes, et celui qui la demandait pour lui le soir élait un esclave qui avait nom Antonio et qui était naturel de Java. Un jour Ruy Gonçales (lisez Ruy Dias) de Camara , notable chevalier, lui demandait qu'il traduisit en portugais les sept psaumes de la pénitence. Un certain temps s'étant écou é et quelques stances seulement étant faites, celui-ci se plaignit de ce qu il ne les achevait pas, bien qu'il eût écrit tant et de si beaux poèmes; il lui répondit : « Seigneur, quand je les faisais , je me trouvais en âge florissant et favorisé des dames , j'avais le nécessaire ; maintenant il me manque , et si complètement, que là est mon Antonio me demandant quatre moedas pour acheter du charbon , sans que je puisse les lui donner. » Et de là j'infère que ce cavalier (les autres étaient de même) serrait la bourse pour quatre maravédis , et ouvrait la bouche pour demander les sept psaumes traduits en vers O chose déplorable , le roi D. Sébastien, pour la dédicace de ce poème épique, avait donné à Camoens quinze mille reis de pension sa vie durant (1), et on les soldait si exactement, que le poète avait coutume dédire qu'il demanderait au roi qu'on commuât ses quinze mille reis en quinze mille coups d'étrivières à donner aux ministres dont ce paiement dépendait. »

(1) Comme Manoel de Faria e Souza écrit en espagnol, il adopte le chiffre de 375 réaies, qui équivalent à la somme désignée ici en reis. Quinze mille reis valent 93 fr. 75 cent., ce qui représenterait environ 500 fr. de nos jours. Pour jouir de cette modique pension, Camoens devait résider à Lisbonne et faire renouveler tous les trois ans l'ordonnance qui la lui accordait.

Un savant Portugais, qui a lu certainement comme nous les détails curieux que nous citons ici dans toute leur simplicité, se plaît à enumérer les hommes distingués avec lesquels Camoens avait conservé des relations , il cite surtout Don Gonzalo Coutinho de la maison de Marialva ; il parle de cette illustre famille de Yimioso dont les membres avaient une estime particulière pour le poète, qui les fréquentait librement. Les noms d'un ancien vice-roi des Indes et d'un gouverneur de Malaca se trouvent sous sa plume. Cependant on lit encore dans l'historien que j'ai cité plus haut ces tristes paroles : « Une mulâtresse , nommée Barbe , connaissant sa misère, lui donnait souvent un plat de ce qu'elle vendait et quelquefois aussi un peu d'argent provenant de sa vente. » Ne faut-il pas répéter avec Manoel de Faria : O déplorable misère !

Pendant que le poète va se consoler de ses maux en allant écouter les savants religieux du couvent de Santa- Domingo, il nous reste une tâche à accomplir. Fidèles au plan que nous nous sommes tracé en commençant cette notice , nous essaierons d'indiquer quel fut le caractère réel du mouvement qui se manifesta dans la poésie sous D. Sébastien, et dans quels rapports Luiz de Camoens, déjà lu, déjà admiré, se trouva vis-à-vis de ses contemporains. Un examen rapide des faits suffit encore pour le prouver ; isolé à ses débuts, le poète le fut à ses derniers jours; il n'exerça aucune influence sur les hommes qui devaient le comprendre et qui pouvaient le juger. Et cependant des écrivains célèbres avaient succédé à Sa' de Miranda , à Antonio Ferreira , à Gil Vicente. Chez les uns il y eut probablement jalousie, terreur puérile devoir s'évanouir une renommée naissante ; chez les autres on troir verait, pour expliquer cet oubli coupable , l'isolement dans lequel ils vivaient, la forte volonté de se tenir éloignés de la cour et de ne se point mêler au mouvement d'une politique déplorable. Le plus habile de tous ces poètes, le seul qu'on puisse raisonnablement citer après l'auteur des Lusiades , Hieronymo Corte Réal, de retour de ses voyages aux Indes, vivait paisiblement dans son majorât de Palma, et le souvenir de cette noble Lianor, aux malheurs de laquelle Luiz de Camoens avait consacré quelques vers admirables, lui fournis-

ET SES CONTEMPORAINS

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