‹ Les Lusiades de L. de CamoensChapitre 20 sur 40 · CHANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIÈME

ARGUMENT

Récit de Gama. Description de l'Kurope. Histoire du Portugal. Il doit son nom a Lusus , compagnon de Bacchus. Ulysse fonde Lisbonne. Victoires de Viriate et de Sertorius. Alphonse , roi d'Espagne, donne le Portugal à Henri, fils d'un roi de Hongrie, en récompense de sa valeur. Guerre civile entre Alphonse , fils de Henri , et sa mère. Dévouement d'Egas Moniz. Bataille d'Ourique. Alphonse est proclamé roi sur le champ de bataille. Siège de Hadajoz. Mort d'Alphonse. Don Sanche lui succède. Règne d'Alphonse II. Sanche II est détrôné par le comte de Boulogne, qui prend le nom d'Alphonse III. Règne glorieux et pacifique de Dinis. Alphonse IV. 11 aide le roi de Castillc , son gendre , à chasser les Maures dans les plaines de Tariffe. Épisode d'Inez de Castro. Règne et vengeance de Pédro dit le Justicier. Fernand lui succède.

I. Dis-moi maintenant, ô Calliopc, ce que l'illustre Garnît raconta au roi de Mélinde* inspire à un cœur mortel , dont lu connais l'amour pour loi , des accents divins el des chants immortels; et que le bienfaisant père de la médecine, l'inventeur de l'art de guérir, qui te rendit mère d'Orphée, ne le refuse plus, pour l'offrir à Daphné, Clycie ou Lcucothoé , un amour qu'il le doit , ô muse charmante !

n. Exauce mes vœux, ô nymphe; la nation lusitanienne le mérite. Que l'univers le voie et le sache : le Tagc roule maintenant avec ses eaux les eaux de l'Aganippe. Abandonne les fleurs du Pindc, car je le sens, Apollon me baigne déjà dans l'onde souveraiue ; sinon , je proclamerai que tu crains de voir éclipser Orphée, ton bien -aimé.

III. Tous attendaient en silence les glorieux récits qu'allait faire Gama ; après un moment de courte méditation , il releva la tête et dit: «Tu m'ordonnes, ô roi, de dérouler devant toi la vaste généalogie de uia nation ; ce n'est pas l'histoire d'un peuple étranger que tu me demandes ; ce que tu veux que ma voix déiGe , c'est la gloire des miens.

IV. «Louer les actions généreuses d'autrui, c'est chose qu'on entreprend avec plaisir ; mais que moi je loue les miens, je crains que ces éloges suspects ne me soient imputés à mal; d'ailleurs, s'il faut tout dire, j'appréhende que le temps que tu peux me consacrer, quelque long qu'il soif, ne soit encore trop court ; mais tu l'ordonnes, et je dois t'obéir ; j'irai contre ce que je dois, et tâcherai d'être bref.

v. » Ce qui me décide, néanmoins, c'est que jamais en mes paroles ne pourra s'introduire le mensonge ; car en parlant des hauts faits de ma nation, quoi que je dise, il y aura toujours plus à raconter. Mais pour procéder avec ordre, en t'exposant ce que tu désires connaître, je te parlerai d'abord de la vaste étendue de mon pays, puis de ses guerres sanglâmes*

vi. » Entre la zone où domine le cancer, limite septentrionale de la course du soleil, et celle où sévit un éternel hiver, zone non moins redoutée que celle du brûlant équateur, s'étend la superbe Europe; au nord et à l'occident, ses côtes sont baignées par les flots de l'Océan ; au sud, par la Méditerranée.

vil. » Dans la région où le jour prend naissance, elle est voisine de l'Asie ; mais la rivière glacée qui tombe des monts Riphées et va se perdre dans le lac Méolis , l'en sépare dans son tortueux trajet ; entre ces deux parties du monde

s'étend aussi la mer altière et superbe qui subit le joug pesant des Grecs ; là, de l'ancienne puissance de Troie, le navigateur maintenant ne trouve plus qu'un souvenir!

vm. » Plus loin, vers le pôle, surgissent les monts Hyperborées, ceux où toujours souffle Éole, et qui empruntent leur nom à celui des vents ; en ces lieux les rayons du soleil qui ailleurs brillent sur le monde, ont tant perdu de leur puissance, qu'une neige éternelle couvre les montagnes, qu'une glace éternelle emprisonne les fontaines et la mer.

ix. »L5, vivent des bandes innombrables de Scythes qui jadis soutinrent, contre ceux qui habitaient alors l'Égypte, une longue lutte , au sujet de l'antiquité des races humaines (1); mais également loin de la vérité (puisqu'en de telles erreurs tombe le jugement humain) , ils auraient bien dû aller chercher des preuves plus certaines aux plaines de Damas.

x. » Maintenant dans ces climats on trouve la froide Laponie et l'inculte Norwège, cette île Scandinave qui se vante de vicloires que l'Italie ne peut nier (2). En ces parages , tant que l'hiver glacé n'a pas soufflé sa froide haleine sur les eaux , le Bruse , le Suédois , le Danois , couvrent de leurs vaisseaux le bras de la mer Sarmate.

xi. » Entre celte mer et le Tanaïs vit une multitude de nations barbares. Les Rutheniens, les Moscovites, les Livoniens , jadis appelés Sarmates ; sur la lisière de la forêt Hercynienne , les anciens Marcomans ont pris le nom de Polonais. Les Saxons, les Bohèmes, les Pannoniens, et tant d'autres nations qui occupept le territoire baigné par le Rhin, le Danube, PEms et l'Elbe, sont soumis à l'empire d'Allemagne.

xii. » Enire le lointain ïster et le fameux détroit auquel

on perdant la vie Hellé donna son nom, habitent lesThraces au courage indomptable , dont la patrie est tant aimée du belliqueux Mars. Là maintenant le Rbodope et l'Hémus sont soumis à l'Ottoman, qui sous son joug impie tient Byzance; mortelle injure au nom du grand Constantin (1) !

xm. » Voilà maintenant les terres macédoniennes, où coulent les froides ondesde l'Axius; salut, pays si fameux par vos mœurs, votre courage, votre génie, vous qui avez enfanté tant de coeurs éloquents, tant de talents suprêmes : ô belle Grèce, c'est ce qui te rend immortelle, aussi bien par les armes que par les lettres !

xiv. » Voici maintenant les Dalmates, et là même où Àntenor éleva des murailles, surgit du sein des eaux la superbe Venise, aux commencements si obscurs. De la terre s'étend sur l'Océan le bras puissant qui a soumis tant de nations; bras courageux d'un peuple aussi grand par les arts que par la guerre (4).

xv. » Entouré par l'empire de Neptune, ce pays est défendu ailleurs par un mur naturel ; il est dans toute sa longueur traversé par l'Apennin , devenu si fameux grâce aux exploits héroïques des Romains. Mais depuis qu'il est gouverné par le successeur de saint Pierre, il a oublié son antique valeur et l'art de la guerre ; il ne lui reste plus rien maintenant de son ancienne puissance : Dieu se plaît dans l'humilité.

xvi. «Voyez ici la Gaule si célèbre dans le monde par les victoires de César. Dans son sein coulent la Seiue, le Rhône, la froide Garonne, le Rhin profond. Là s'élèvent les monts de la nymphe Pyrène, qui, d'après une antique tradition, brûlèrent et laissèrent de leurs flancs s'échapper des fleuves d'or et d'argent...

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xvii. » Ici la noble Espagne se présente comme la tétc de l'Europe entière ; maintes fois, à travers son glorieux empire, la fatale roue a marqué son passage; mais que ce soit par force ou par ruse, jamais la capricieuse fortune ne pourra lui imprimer une lâche qu'elle ne soit aussitôt lavée par le courage et l'audace de ses belliqueux enfants.

xviti. » D'accord avec la Tingitanie, elle semble vouloir fermer la mer Méditerranée, dans ces lieux où s'étend le détroit si connu qui s'enorgueillit du dernier des travaux accomplis par Hercule (5). Elle s'agrandit d'une foule de nations diverses entourées par les eaux de l'Océan, toutes si nobles et si valeureuses, que chacune croit l'emporter sur les autres.

xix. » Elle réunit dans son sein le Tarragonais qui se couvrit de gloire en soumettant l'inquiète Parlhénope, le Navarrais, l'Àslurien, qui furent pour les Musulmans un rempart infranchissable; le Gallicien prudent, le grand et superbe Castillan, qui, grâce à son heureuse étoile, devintle régénérateur et le maître de l'Espagne. La Bétique, les royaumes

de Grenade et de Léon s'unissent aujourd'hui à la Castille.

xx. «Regardez ici : c'est le royaume de Portugal qui ap~ paraît comme le sommet de la tête de toute l'Europe; ici finit la terre, commence la mer; ici Phébus se couche dans l'Océan. La justice du ciel a voulu que ce peuple donnât à ses armes le plus noble lustre , en rejetant hors de son sein le vil Mahométau, que le Portugais ne peut consentir ù laisser sur les terres brûlantes de l'Afrique dans un tranquille repos.

xxi. » C'est là qu'est ma patrie heureuse, ma patrie bien aimée! Que le ciel m'accorde d'y retourner sain et sauf après avoir conduit à fin mon entreprise, et qu'alors pour

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moi s'éteigne le flambeau de la vie. Son nom de Lusitanie lui vient de Lusus ou Lysa, fils ou compagnons de Bacchus, on le rapporte ainsi du moins ; ce furent les premiers habitants de cette contrée (6).

xxil. » Dans cette contrée naquit le pâtre fameux, dont le nom indique la force (7). Non, jamais héros ne surpassera sa gloire , Rome elle-même, malgré sa grande renommée, n'oserait le tenter. A ce pays fut bientôt décerné , par un décret souverain du vieillard qui dévore ses propres enfants (8), une grande part de puissance sur la terre, en en faisant un royaume illustre , et voici comment s'accomplirent ces décrets du ciel :

xxra. » En Espagne régnait un prince nommé Alphonse. Il fit aux Sarrasins une telle guerre, que, grâce à sa valeur, à sa prudence et à ses armes, un grand nombre d'entre eux succomba ; leur pays devint sa conquête. La renommée de ce monarque volant du détroit d'Hercule aux bords Caspiens, nombre de guerriers accoururent pour s'illustrer dans les combats, et s'offrir à la mort sous son commandement.

xxiv. » Emportés par leur zèle pour la religion , plutôt qu'épris des honneurs populaires, ils venaient de diverses contrées, abandonnant l.eurs lares et leur patrie bienaimée. Lorsque par de brillants exploits ils eurent fait une large moisson de gloire , le grand Alphonse voulut qu'ils remportassent de riches présents et des récompenses dignes de leurs hauts faits.

xxv. » Henri, l'un de ces guerriers, second fils, dit-on, d'un sage roi de Hongrie (9), obtint le Portugal, qui, dans le mondn alors, ne projetait aucun éclat; et pour lui donner un témoignage plus grand encore de son profond attachement, le monarque castillan voulut que le comte épou-

sât sa fille Thérèse. Il prit avec elle possession de son nouveau royaume.

xxvi. » Lorsque ce prince eut remporté sur les descendants de l'esclave Agar d'importantes victoires; que, suivant l'impulsion d'un cœur fort, il eut conquis plusieurs provinces adjacentes, Dieu, en récompense de ces héroïques efforts , lui donna quelque temps après un fils qui devait illustrer le nom grandissant du royaume belliqueux de la Lusitanie.

xxvii. «Déjà Henri était de retour de la conquête de Jérusalem, la ville sainte (10); il avait vu le sable du Jourdain, où le Christ baigna son corps sacré. Godefroi, après avoir soumis la Judée, ne rencontrant j)lus en aucuns lieux de résistance , nombre de guerriers qui , dans ces combats , lut avaient prêté leur aide, revinrent dans leurs domaines.

xxvui. » Quand, arrivé au terme de sa vie, l'illustre et courageux Hongrois , faible et débile alors , obéissant aux lois de la fatalité, rendit son âme à qui la lui avait donnée , son fils, auquel il léguait son exemple, était encore dans la plus tendre jeunesse ; son père avait marché de pair avec les plus braves de ce monde; d'un tel père on espérait un digne fils.

xxix. » Mais une vieille tradition , j'ignore si elle est fondée , car d'épaisses ténèbres couvrent une si profonde antiquité, rapporte que, s'emparant du royaume, sa mère ne craignit pas de convoler à un second hyménée. Elle abandonne l'orphelin déshérité , prétendant que l'empire lui appartient, que c'est la dot que son père lui a donnée.

xxx. «Cependant, resté sans pou voir dans un royaume qui lui appartient, le prince Alphonse (tel est le nom qu'il a pris de son aïeul) voyant que sa mère le gouverne et qu'à

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l'aide de son nouvel époux, elle l'épuisé et Je dévore , le prince Alphonse sent bouillonner en son cœur les ardeurs de la guerre ; il roule en son esprit un projet : il lui faut reprendre son héritage. Après de mûres réflexions , il marche à ses fins plein de fermeté.

xxxi. » La guerre inonde les plaines de Guimaraens du sang de ses enfants, parce qu'une mère, si peu digne de ce nom, refuse à son fils l'amour et le royaume auxquels il a droit. La voilà sur le champ de bataille, sans voir, la superbe qu'elle est ! combien elle pèche contre Dieu et contre l'amour maternel ; chez elle les sens commandent seuls.

xxxn. » O cruelle Progné ! ô Médée , la magicienne ! si vous vous vengez sur vos enfants de la méchanceté de leur père, et de crimes auxquels ils sont étrangers, contemplez Thérèse : sa cruauté surpasse la vôtre. La luxure éhontée, la hideuse cupidité, voilà les seuls mobiles qui la dirigent! Une de ces causes rendit Scylla (11) parricide; toutes les deux à la fois lancent cette femme contre son fils.

xxxui. » Déjà l'illustre prince a tiré vengeance de son beau- père et de son injuste marâtre; déjà cet empire, qui naguère combattait contre lui, s'est soumis à sa puissance. Mais la colère aveugle sa raison, il charge de fers sa mère vaincue. Dieu ne différa pas long-temps sa vengeance, tant les auteurs de nos jours ont droit à notre vénération !

xxxiv. » Voilà que pour punir les maux que Thérèse a soufferrs, s'avance contre le brave Lusitanien, qu'aucune difficulté n'abat, le fier Castillan. Une sanglante bataille s'engage; mais excité encore par le désir de défendre son prince, le courage lusitanien résiste à la fureur de ses ennemis, qu'enfin il met en déroute.

xxxv. » Peu de temps s'écoule, et le valeureux prince

est assiégé dans Guimaraens par les forces puissantes d'un ennemi qui a réparé sa désastreuse défaite ; mais le fidèle Egas court au-devant d'une mort cruelle, et Alphonse est délivré; autrement sa perte était certaine , dépourvu qu'il était de tous moyens de défense.

xxxvi. » Le loyal vassal, voyant que son maître ne peut résister, va trouver le Castillan, promettant qu'il saura lui faire prêter obéissance. Le terrible siège est alors levé, car l'ennemi a foi dans la promesse, dans la conscience d'Egas Moniz. Mais jamais l'illustre Alphonse ne consentira à devenir sujet.

xxxvii. » Le moment est venu où le roi castillan compte que, soumis à ses ordres, Alphonse va lui apporter le tribut d'obéissance qu'il espère. Egas, voyant qu'on peut l'inculper de foi mentie, ce que laCastille était loin d'attendre de lui , Egas , prend la résolution de donner sa vie précieuse en échange d'une promesse mal tenue.

xxxvin. * Il part pour dégager sa parole, avec sa femme et ses fils, dépouillés de leurs vêtements, les pieds nus. Dans ce misérable état ils inspirent bien plus la pitié que le désir de la vengeance : « 0 puissant roi, lui dit-il, si tu » veux le venger de ma confiance téméraire, me voici, je » viens t'offrir ma vie en échange de mes promesses.

xxxix. » Si le cruel trépas d'êtres sans défense peut » contenter des cœurs grands et généreux , je t'abandonne » la vie innocente d'une épouse et d'enfants qui ne t'ont pas » offensé. Voici les mains et la langue qui ont péché. Sur » moi seulement appelle tous les tourments et toutes les » morts; livre-moi au supplice de Scinis, au taureau de » Périllo (12). »

xl. » Tel, devant le bourreau, le condamné dont les lèvres

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au dernier terme de la vie , ont pressé la coupe de la mort, met sa tête sur le billot et attend avec anxiété le coup inflexible; tel, devant le prince indigné, se tenait Egas, préparé à tous les maux. Mais à l'aspect de cette loyauté surhumaine le roi comprit que la colère est quelquefois moins forte que la pitié.

xli. » 0 fidélité portugaise d'un vassal qui s'expose à de si terribles dangers ! Que fit de plus ce Perse qui jadis se mutila le visage, et sur le sort duquel le grand Darius versa tant de larmes, s'ecriant mille fois d'une voix entrecoupée de soupirs, qu'il eût bien préféré conserver sain et sauf son Zopyre que de prendre vingt Babylone ?

xlii. » Mais déjà le prince Alphonse fait ses préparatifs de guerre pour marcher contre les Maures qui habitent audelà du Tage fortuné. L'armée, au bouillant courage, bien que faible par le nombre , campait en face des Sarrazins ennemis dans les plaines d'Ourique.

xliii. » Les Lusitaniens ne placent leur confiance que dans le Dieu suprême qui régit le ciel! Combien spnt peu nombreux les chrétiens! contre un seul d'entre eux, dans le camp ennemi, il y a cent Maures! pour un esprit froid et calme c'est plutôt de la témérité que du courage, que de s'attaquer ainsi à une masse où contre un assaillant se trouvent cent adversaires.

xliv. »Cinq rois Maures, dont le principal se nomme Ismar, tous habitués aux périls de la guerre, où s'acquiert la renommée , voilà l'ennemi ! Des femmes belliqueuses suivent leurs amants, à l'exemple de la belle et courageuse héroïne qui fut d'un si grand secours aux Troyens et de ces guerrières par qui le ïhermodonte fut aimé (13).

xlv. » La lumière froide et matinale blanchissait les

étoiles du firmament quand, pour l'animer, le fils de Marie apparut sur sa croix à Alphonse. Le coeur enflammé par la foi , ce dernier, adorant la vision, s'écriait : « Aux infidèles, Seigneur, montrez-vous aux infidèles et non pas à moi, qui sais ce que vous pouvez. »

xlvi. » A ce miracle les Portugais sentent une nouvelle ardeur exciter leur courage ; ils regardent dès lors comme leur véritable roi ce généreux prince , pour lequel ils éprouvaient déjà tant d'amour ; et en face de la puissante armée ennemie , frappant l'air de leurs clameurs : » Reai! Real! criaient-ils, pour le grand Alphonse, c'est » le roi de Portugal (14) ! »

xlvii. • Ainsi, criant et hurlant, s'élance dans la forêt le molosse en furie contre te taureau qui se confie dans la vigueur redoutable de ses cornes ; tantôt il s'attache à ses oreilles, tantôt à ses flancs, en aboyant, moins robuste que léger et rapide ; enfin , lui déchirant la gorge , il abat les forces terribles du monstrueux animal.

xlvul » Tel, le nouveau roi , excité par le Dieu qui lui est apparu et par les transports de son peuple, s'élance avec sa bondissante armée sur les Barbares ; aussitôt partent d'immenses clameurs; les armes se choquent ; toute l'armée frémit ; elle saisit les lances et les arcs; les trompettes retentissent et les instruments belliqueux jettent leur sauvage harmonie.

xlix. » Quand la flamme qui couve dans un champ s'anime au souffle de Borée et court , incendiant la forêt , la jeune bergère qui reposait plongée dans un doux sommeil, s'éveille tout-à-coup au pétillement de la flamme , saisit ses vêtements et s'enfuit tremblante vers le village.

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