‹ Les Lusiades de L. de CamoensChapitre 28 sur 40 · ÉPITRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE

Une douteuse espérance , une certaine crainte, madame, que vous ne voulussiez pas écouter mes plaintes , m'ont empêché de vous écrire plus proipptement, J'ai cherché mille remèdes, j'ai appelé mille illusions capables d'apaiser le mal dont vous êtes la cause, et je craignais encore un chagrin plus vif du désabusement; mais tout ce que j'ai fait , je l'ai fait en vain. L'amour qui dispose de moi à son gré ne peut souffrir qqe je taise plus long-temps une m mblable douleur. \\ m'ordonne d'être à vous, et en cela il

m'accorde une faveur; si cela vous offense, rejetez-en la faute sur la passion, laissez- moi la peine. Ne croyez point que mon âme puisse se défendre de vous accorder aucune des choses qui peuvent vous plaire, elle ne cherche que ce qui peut vous être agréable, voilà son seul désir: il y a d'heureuses douleurs ; je reconnais combien cela est véritable, puisque je suis satisfait de la mienne. Mais après tout, une affeclion si pure et offerte avec tant de timidité n'a pu exciter votre pitié pour mes maux ! je ne veux plus vivre, je ne veux plus de l'existence, il me serait préférable de mourir que d'être à charge à celle dont je désire avant tout de voir les souhaits accomplis.

Que les larmes baignent mon visage que mon cœur soupire, qu'il frémisse , qu'il brûle , que les pleurs et les regrets soient mes seuls plaisirs, mon destin ne veut pas que je me défende contre de nouvelles douleurs et de nouveaux tourments. Plus tard je les sens, plus vivement je les éprouve. Je voulus voir, dès que je pus réfléchir, si vous seriez émue de ma constance à ne me livrer qu'à un seul genre de pensée, à ne songer qu'à vous et la nuit et le jour, à ne sentir que par vous la joie et la tristesse ; à croire que loin de vous je n'existais point. Mais en cela il y avait encore chez vous de la cruauté ; on la souffre difficilement dans un cœur délicat, cela paraît une chose contre nature.

Considérez qu'embrasé des feux les plus vifs, je viens, madame, auprès de vous, chercher quelque soulagement. 11 m'est impossible d'en espérer autre part , car le savoir, la force, le génie, les prières et les paroles mystérieuses, les simples précieux ne peuvent rien contre la blessure d'amour que je recèle en mon sein. Si vos yeux peuvent donner la santé et que vous n'accordiez pas ce secours à

mes maux, qu'on me laisse mourir, que personne ne vienne à mon aide.

Heureux sont les hommes voués à la tristesse quand ils meurent au commencement de leurs infortunes; ils ne sentent pas combien les jours de mélancolie coulent lentement. Si mon espoir ne me trompe point, j'espère encore avoir ma liberté de celle façon. On ne peut supporter des cruautés qui viennent de vous; enûn voilà, madame, le résultat que Ton doit attendre de tout ce que j'éprouve : si vous n'avez pitié de moi , soyez assurée que ma dernière heure ne tardera point. Puisque je vous ai découvert mon mal,,., accordez -moi quelque compassion, que je n'aie point parlé dans le désert, comme on le dit quelquefois; secourez-moi, c'est pour vous que je me perds.

SONNET

Femme charmante, si la fortune ennemie qui conspire avec les deux contre moi éloigne mes regards de vos regards, pour qu'une éternelle persécution soit mon partage,

Je l'emporte avec moi cette âme qui , au milieu des plus grands orages de la mer , de l'ardeur des feux , vous donne toujours un souvenir ; qui ne soupire que pour être éternellement liée à vous.

Oui , dans celte âme sur laquelle la fortune a si peu de pouvoir , je conserverai votre vivante image ; la faim , le froid , les plus grands périls ne pourront l'en tirer.

Oh 1 bien plutôt, quand d'une voix altérée et tremblante je vous appellerai , voire nom fera fuir les vents et les ennemis.

Quand une déesse eut changé en rocher la nymphe que perdit son coupable amour pour un jeune homme plein de beauté, mais fatalement épris de ses propres charmes, elle ne lui laissa de ressemblance avec les mortels , que le pouvoir d'articuler les derniers sons. Ainsi mon malheur, semblable à celui-ci , ne me permet que ce chant ; je l'écris comme le dernier.

Si l'amour me laisse encore quelque vie malgré l'absence, c'est pour que mon cœur sente toute la perte du bien qu'il y aurait à être présent. Si vous êtes effrayé , seigneur , de nia souffrance , si vous êtes surpris que je puisse décrire tant de maux , sachez que je dérobe ces courts instants à mon tourment. Celui qui a assez de force pour le supporter sans perdre la vie, doit aussi pouvoir le raconter. Je ne décris pas un mal auquel je sois déjà accoutumé, mais le mélancolique souvenir parle à mon âme j je ne fais que rapporter ce qu'il me dicte. Je vais , dépensant ma laborieuse existence et m'abandonnant à une entière solitude, le long d'une plage mugissante : je considère l'Océan, l'Océan dans sa mobilité. Je regarde comment ses flots impétueux retombent avec bruit dans ses immenses profondeurs ; maître des ondes irritées, il envahit la terre malgré elle, il s'étend dans ses demeures caverneuses. Elle est trop faible pour lui rien opposer , aussi lui ouvre-t-elle ses antres immenses; c'est là qu'il pousse sans cesse de profonds soupirs. Je porte envie à ces flots, mais je ne sais me résoudre, quelque forte que soit ma détermination ; si je veux mettre un terme à mon désespoir au milieu de tant de maux, je ne le

puis : l'amour, mes souvenirs, ne me permettent point de me donner la mort.

Quelquefois je me demande si la nouveauté, si la singularité des objets pourraient, par leur diversion, changer ma volonté , et en songeant à cela , je rappelle à mon esprit une nouvelle terre , de nouvelles relations , une race étrangère, d'autres usages. Je gravis la montagne qu'Hercule le Thébain sépara de Calpe en ouvrant un passage à la Méditerranée ; de là je me demande où il vit le jardin des Hespérides, après avoir tué le dragon qui s'opposait à son passage. D'autres fois je me figure le vigoureux Antée dont la force s'accroissait quand on l'avait terrassé , mais qui , subjugué par le bras d'Hercule et élevé par lui dans l'air > y laisse la vie parce qu'il ne peut plus attendre aucun secours de sa mère. Mais ni ce que je vous rapporte, ni la souffrance des combats continuels ne peuvent me défendre de mes souvenirs d'amour. Je voisque toutes choses sont changées, parce que le temps dans sa rapidité les empêche d'être jamais stables. J'ai déjà vu l'époque où l'heureux printemps couvrait gaiement de fleurs diverses la colline et la vallée ; j'en* tendais l'harmonie des oiseaux élevés dans les airs , qui répandaient une sorte de gieaté au milieu des rochers sourcilleux ; j'ai vu le temps enfin où tout me satisfaisait, où, rempli de courage , je n'aurais pas donué mes maux pour mille plaisirs. Tel est le changement qui s'est opéré que, si je vais dans la prairie , la verdure sensible se dessèche de tristesse. Mais ceci est un des coups ordinaires du sort : aux yeux de ceux qui vivent dans le chagrin ce qui inspirerait le plaisir perd tout son charme. O pénible et insupportable accident de la fortune ! quelles peines accablantes vous faites supporter à des cœurs iunoceuts ! Ne suffit-il pas au sort d'éprouver ma patience par des craintes,

276 POÉSIES DJYEUSES.

par do fausses espérances , sans qu'il essaie encore sur moi les maux de l'absence? Ah! qu'il m'apporte du moins en échange un courage qui soit à l'abri des souvenirs , des soupirs et des larmes. Si je suis accoutumé aux maux , que ces maux au moins ne soient point éternels et que je ne me voie point toujours privé du repos. J'étais déjà satisfait au milieu de ma tristesse et il ne me manquait pas même cette douce illusion qui trompe les désirs de ta faiblesse. Mais me croyant fasciné par mon orgueil, la fortune s'élança sur sa roue et vint avec moi où je pleure de nouveau un nouveau malheur. CiCque jedisdoit suffire à celui qui adéjà vu un si redoutable péril: celui-là peut comprendre ce que je cache. Et si des sentiments d'angoisse et de mécontentement remuent fortement un cœur sensible , s'ils obligent à consoler celui qu'on entend, je ne vous demande pas autre chose, seigneur, que de m'envoyer longuement des nouvelles de mon pays; elles m'apporteront quelque contentement. Et si l'inflexible destin m'exile loin du bonheur, jusqu'à ce que mon faible esprit abandonne la prison qui le retient, au murmure des eaux funèbres du Cocyte, à l'ombre des arbres au triste feuillage, je chanterai ce qui est gravé dans mon coeur. Parmi ces rochers horribles auxquels la nature a refusé l'éclat du jour, au milieu des craintes et des tourments, je célébrerai d'une voix faible et tremblante la grâce si noble et si pure dont le souvenir ne s'éloignera jamais de mon imagination. Le musicien de la Thrace, trop assuré d'avoir perdu son Eurydice, faisait retentir les airs émus des sons de sa lyre : les Ombres amoureuses, se rappelant le passé, m'écouleront, et le fleuve se grossira de leurs loi mes. Salmonée verra s'éloigner ses peines et les vases des filles de Mus se rempliront de leurs pleurs. Si l'amour ne se perd point durant une existence vouée à ^absence,

la sombre mon le dissipera encore bien moins : il n'y a que l'âme qui vive éternellement, et l'amour, né de noire âme , doit être éternel.

SONNET

Aimer fut en d'autres temps une douce chose pour moi, c'était quand l'espérance me trompait; mon cœur s'abandonnait alors à la confiance et se consumait de désirs.

O vaine et faible espérance ! comme l'inconstance vous détrompe ! C'est quand la félicité est la plus grande qu'il

faut penser à son peu de durée !

11 a bien raison de vivre dans le deuil , celui qui s'est vu dans la prospérité, et qu'une vive douleur a si promptement accablé.

Et cependant tout le monde le sait, la peine ne l'abat point, elle ne saurait l'effrayer : quel mal pourrait étonner celui dont l'habitude est de souffrir.

SONNET

Heureux celui qui n'a à se plaindre que d'amoureux dédains , il ne perd pas l'espérance de recouvrer en d'autres temps des jours meilleurs.

Heureux celui qui, durant l'absence, ne sent que la peine des souvenirs, quoiqu'il craigne l'inconstance ; la douleur est moins à redouter, quand on peut au moins la craindre.

Heureux enfin l'état où le cœur est tourmenté par lo dédain et même le parjure.

Mais il doit êlre triste , celui qui se sent navré d'une erreur pour laquelle il ne peut y avoir de pardon ; sans toutefois qu'il ait au fond de Pâme l'angoisse de la faute.

POÉSIES D1VEH8LS.

CANÇAM.

L'amour m'ordonne de chanter ce que mon âme éprouve, jamais les vers n'auront retracé de semblables impressions, jamais ce que je vais dire n'est arrivé jusqu'à présent parmi les hommes. C'est ainsi qu'il me paie en partie de mon chagrin , puisqu'il veut que je me loue en rappelant comment il m'égara dans ce monde.

Je suis intéressé à tout cela , et je ne serai point cru des hommes, mais le désir de la louange est si grand chez moi, j'ai un tel désir de me montrer l'esclave de tant de grâces, qu'il rompt tous les obstacles et laisse voir la gloire du tourment , chose tout à la fois étrange et pleine de charme. Je sais bien que les choses que je vais célébrer produiront plus de surprise que l'on ne leur accordera de croyance.

Je vivais exempt d'un aveugle amour* mais j'étais cependant si disposé à recevoir ses charmes que la liberté me pesait, je me sentais enflammé du désir de me livrer à quelque douce et heureuse pensée qui illustrât mon oisive jeunesse.

La première saison de l'année reparaissait de nouveau ; la terre parée se réjouissait , quand l'amour me montra des tresses dorées abandonnées au souflle du zéphyr, des yeux brillants du feu le plus vif, des roses mêlées à l'éclat de la neige , une contenance noble et gracieuse ; tout cela réuni me pénétra. Ah ! il eût fallu avoir un cœur de diamant.

Je ne sais quel souffle suave qui animait jusqu'aux choses insensibles, causait une nouvelle et étrange émotion ; dans ce moment les oiseaux babillards, élevant dans les airs leurs voix confuses , s'enflammaient d'un feu nouveau, comme je fus embrasé de mes désirs à son brillant aspect

Les fontaines limpides ne coulaient plus; la verdure qu'elle touchait de ses pieds charmants fleurissait ; les arbres inclinaient leurs rameaux, ou parce qu'ils enflaient le sort du gazon, ou parce que tout s'abaissait devant elle; elle influait sur l'air, sur le vent, sur le jour.

Quand je m'aperçus que cette influence animait les choses qui lui étaient étrangères , ne devais-je point imaginer les miracles qu'elle ferait en moi , qui existais par elle. ,

SONNET (5)

Quand il voit arriver l'heure qui doit mettre un terme à sa vie , le cygne élève sa voix sonore sur le rivage solitaire.

Il voudrait voir son existence se prolonger, il pleure son triste départ, il célèbre douloureusement la fin de son funeste voyage.

C'est ainsi, 6 madame, qu'en voyant la fin de mes amours, en me trouvant au plus haut degré de la douleur, je déplorais par des chants plus harmonieux et plus doux votre foi affaibl ie et mon amour trompé.

SEXTINE,

Ma vie rapide s'éloigne peu à peu , s'il est vrai que j'existe encore : le temps fugitif va bien loin de mes regards ; je pleure sur le passé , et , tandis que je parle, les instants passent encore , en un mot, la vie m'abandonne et la peine demeure.

Et quel genre cruel de peines ! Jamais les heures ne virent une aussi longue existence où les tristes sentiments eussent laissé leurs traces. Ne me vaudrait-il pas mieux être mort que vivant? mais pourquoi pleurer enfin, et pourquoi

parler? Ah î je ne puis plus m'onivrer de ses regards.

Regards pleins d'éclat , de grâces, de charmes, loin de vous j'éprouve une peine si vive qu'on ne peut la comprendre par mes discours. Si, vers le terme d'une vie et si longue et si courte , un rayon pénétrant de vos yeux venait m'enflammer encore , je regarderais comme un bien tout le mal que je souffre.

Mais je sais que l'instant fatal arrivera où il me faudra fermer les yeux, avant que l'amour me montre ceux pour lesquels je vis encore; du moins celte encre , celte plume qui auront servi à retracer une vie si cruellement tourmentée, seront témoins de ce que j'ai souffert et de ce que j'ai dit.

Hélas ! je ne sais plus ce que j'écris et ce que ma bouche prononce. Si je passe d'une pensée à une autre , je vois un si triste genre de vie, que tous les regards de l'amour ne pourraient l'adoucir. Je ne puis comprendre comment ma plume peut exprimer le chagrin dans lequel je vis.

SONNET

Eaux paisibles du Tage , qui arrosez dans votre cours ces vertes campagnes , et qui donnez toute allégresse aux bergères, aux nymphes, aux fleurs et aux troupeaux î

Ah, doux rivages! je ne sais, non je ne sais quand je pourrai vous revoir. Et considérant comme je vous abandonne, ma tristesse redouble, je perds tout espoir de vous fouler encore.

Le destin, qui a voulu convenir pour moi toute joie en douleur, a ordonné ce départ qui me coûte tant.

Plein d'invectives pour lui, plein de regrets pour vous,

j'exhalerai d'autres soupirs sous d'autres deux , je trouble* rai d'autres eaux de mes larmes.

Le poète Simonide, parlant un jour à Thémislocle et s'entretenant avec lui de sciences, lui promettait de lui dévoiler un art singulier qui lui apprendrait à se rappeler tout ce qu'il ferait.

Il devait lui enseigner des règles si subtiles que jamais, en aucun temps , il ne perdrait la mémoire de ce qui s'était passé.

Assurément la gloire et la renommée appartenaient à celui qui trouvait un remède contre l'oubli , qu'on voit ensevelir tant d'histoires des siècles écoulés 1

Mais le grand capitaine, dont l'opinion était bien différente, puisque les souvenirs étaient pour lui un tourment, lui répondit :

Illustre Simonide , toi qui peux si bien te fier à ton génie, que tu indiques une nouvelle route à la mémoire,

Si tu me montrais le moyen de ne point me rappeler, durant mon existence, ce qui a eu lieu , combien tu ferais pour moi une œuvre plus agréable!

Si cette excellente réponse eût été pesée par un homme voué à l'exil et qui eût été le jouet de longues espérances ,

Comme il se fût écrié avec raison: Simonide, invente un nouvel art, ne mêle pas le présent au passé quand on se voit forcé d'aller en différents lieux chercher, pour adoucir l'existence, quelques uns de ces biens que tu répartis si mal, ô fortune injuste !

Tant il est vrai que le travail , quelque pénible qu'il

soit, doit Otre entrepris avec un esprit courageux et un

visage serein.

A quoi sert de se rappeler ce qui a eu lieu, si ce n'est à s'abreuver de tristesse et de chagrin?

Si notre âme passe dans un autre corps, non pas après le trépas, comme Pylhagore le prétend, mais ainsi que le veut l'amour durant notre vie rapide;

Et si cet amour lui-môme réside dans la vertu d'un objet charmant, pourquoi mon étoile ne m'a-t-elle point fait naître parmi les sauvages, au milieu de la triste Scythie et dans ses parties les plus affreuses?

Pourquoi n'est-ce pas sur le sommet de l'horrible Cau* case qu'elle m'a fait sucer le lait d'une tigresse durant ma faible enfance? Plus tard, mon cœur se fût endurci comme le diamant. Pourquoi n'a-t-elle pas soumis cette créature farouche et inhumaine au joug de celui qui nous donne la vie quand il nous trompe ?

Pourquoi, en compensation des larmes que j'ai versées, les eaux de la mer ne sont-elles pas devenues celles du Léthé, afin que j'oubliasse ce que j'ai ressenti ?

Pourquoi ce bien promis par une vaine espérance, la mort l'interrompl-il ou l'inconstance, qu'on no peut jissez pleurer?

Bientôt, Seigneur, il s'évanouira comme le souvenir, ce souvenir triste et crqel dans l'abandon du bien passé, puisqu'il naît où meurt l'espérance.

Si vous voulez savoir comment tout se dissipe dans une âme mélancolique, ne vous fatiguez pas à lire mon triste

et long écrit?

Éole délivrait de ses liens le tranquille Zéphire, qu'il rendait doucement à la liberté; et moi , cette liberté , je r^is déjà donnée aux tristes regrets.

Neptune, armé de son trident, divisait au-devant de la proue l'écume blanchissante au milieu des dieux satisfaits de la mer.

Le chœur des Néréides nous suivait; l'amoureuse Galaihée excitait les vents pacifiques entre eux ; Fanopée, Mélanthe, Dinamène, Ligia, parcouraient l'Océan en rassemblant des milliers de coquilles argentées.

Et moi, aveuglé par les souvenirs, jo considérais l'onde paisible, tandis que les larmes roulaient dans mes yeux.

J'avais présente à l'esprit ma félicité passée, comme pi le temps n'eût rien changé; immobile dans mon chagrin , je dis, en poussant un profond soupir que j'étouffai, pour ne point faire connaître mon mal à tout le monde ;

Nymphes charmantes, si votre âme a senti les douces pensées de l'amour , si vous ne les avez pas encore oubliées, et que vous retourniez quelques jours où le Tage paie son tribut à Thétls, votre reine ; soit que vous contempliez ses rives toujours couvertes de verdure , soit que vous recueilliez l'or brillant qu'il roule dans ses ondes, tracez sur le sable avec un coquillage des vers harmonieux où vous peindrez l'état en lequel vous m'avez vu. Peut-être existe t-il des cœurs qui s'attendriront; peut-être, lorsque vous rappellerez mon triste souvenir, les pasteurs du Tage, accoutumés à m'entendre, apprendront-ils de vous les regrets que je vous ai confiés.

Les nymphes, qui me comprenaient déjà par ma contenance, me montraient, dans le mouvement des eaux, qu'elles consentaient à ma demande.

Ces souvenirs dont j'étais accompagné au milieu d'un temps paisible ne m'abandonnèrent pas dans la tempête , car t en arrivant au cap de Bonne-Espérance, je sentis se renouveler mes souvenirs, en me rappelant une longue et

cruelle inconstance. Nous étions déjà sons l'étoile qui resplendit dans le nouvel hémisphère en prouvant l'existence d'un second pôle; les nuages amènent une nuit obscure; tout-à-coup le jour fuit de l'air, l'Océan entier s'élève en fureur : il semblait que la machine du monde allait se rompre au milieu de la tourmente. La mer se couvrait de tous côtés de montagnes. Le redoutable Borée, l'effrayant Notus, en luttant ensemble, accroissaient la tempête mugissante, et déchiraient les voiles enflées du navire. Les cordages se frappaient avec bruit ; les matelots désespérés faisaient retentir les airs de leurs cris. Le redoutable et terrible Jupiter lançait les foudres fabriquées par Vulcain, et faisait trembler les deux pôles. L'amour, qui se montrait tout-puissant, même en ce lieu, ne fuyait pas devant la terreur. C'était au milieu du plus pénible travail que j'étais le plus constant. Voyant donc la mort présente, je me djsais à moi-même : Ah! madame, si vous vous souveniez quelque jour de mot , j'oublierais tout ce que j'ai souffert. Enfin rien n'eut le pouvoir de changer l'amour ferme, inaltérable, qu'un solide jugement avait fait naître. Je puis vous assurer une chose avec certitude , seigneur, c'est que jamais la passion ne s'épure tant que l'objet qui l'inspire est présent.

C'est ainsi que mon destin me fit parvenir à cette terre lointaine et désirée, sépulture de l'homme honorable quoique pauvre. Je vis tout ce que notre cœur renferme de vanité, et combien peu il y en a chez les habitants; nous fûmes obligés tout-à-coup d'avoir la guerre contre eux ; nous allâmes reprendre une île que le roi de Porca avait conquise sur celui de Pimenta, et la chose nous réussit.

Nous nous en allâmes suivis d'une grande armée qu'avait réunie le vice-roi de Goa ; nous partîmes avec tous les

hommes d'armes que l'on put trouver, et avec peu de travail nous détruisîmes la nation armée de Tare recourbé ; on la punit par le fer et par le feu*

ille était sillonnée i*ar les eaux, de sdrte qù'dn y allait en ësquif ; an eût dit enfin d'une autre Venise. Là nous nous arrêtâmes seulement deux jours, et pour quelques-uns, ces deux jours fureht les derniers; il y en eût parmi nous qui passèrent les ondes glacées dn Styx^ car voilà les risques auxquels s'exposent ceux qui ambitionnent le titre de chevaliers.

SONNET (7)

Monta no se séparait de Nisé, mais ëti partant ùrië image se gravait dans l'âme du berger. Lè souvenir lui rappelait des traits ainiés pour le soutenir dans soti infortune.

Parvenu âu rivage de l'océaii Indien , il s'appuyait sur son bâton recourbé, il portait ses regards sur les èaux qui semblaient compatir à Son infortuné.

Puis, avec un profond soupir de tegrels, il s'écria : J'ai voulu abandonner bèlle que j'àdorë , j'en étends à témoin les étoiles et le ciel!

Ondes, s'il y a quelqùë pitié èh vous, emportez les pleurs que je rêpahds, puisque vbiis emportez celle qui les cause!

SONNET (8)

Don Antonio, tu t'élevais comme une fleur majestueuse et le sort cruel t'a arraché de ce monde, où tu faisais oublier les plus belles actions de l'antiquité.

Je ne connais, hélas! qu'une seule chose qui puisse

adoucir la vive douleur que nous ressentons. Il y avait une manière honorable de sortir de celte vie , tu ne pouvais prolonger ton existence !

Si mes faibles vers ont assez de pouvoir, et que Part serve dignement mes désirs, tu deviendras Tunique objet de mes pensées.

Je te consacrerai mes trislçs chants : Mars t'a donné la mort, tu retrouveras la vie dans le cœur des mortels !

ODE

Si j'avais autant de raison de me réjouir de mes pensées que j'en ai de me plaindre de mon tourment, triste lyre, tu pourrais me consoler. ,

Ma voix affaiblie, qui fut en d'autres temps si pure et si légère, ne serait pas comme elle est devenue avec le malheur, sans pureté, sans grâce, sans charme. ;

Je pourrais élever vos louanges comme j'avais coutume de le faire, vous qui êtes tout l'univers à mes yeux , vous entendriez rappeler l'exemple d'un amour qui n'est plus pour le monde qu'un exemple de souffrance.

Heureux temps des soucis amoureux, heures de conten- ■ lement, jours de félicité, oh! combien vous occupez ma pensée, comme vous régnez maintenant sur mon cœur, au milieu des tourments les plus cruels !

O plaisirs fugitifs, gloire si promptement évanouie! quelle existence me laissez -vous, qu'elle est pleine d'amer lunie, et comme elle est détruite ! J 1

Mais pourquoi la mort ne l'a-t-elle pas arrêtée, cette vie, et pourquoi dure-t-elle autant ? Pourquoi ne pas ouvrir un 1 passage à ce malheur, que le temps essaie en vain de guérir, d'adoucir par son pouvoir 7

Pour la supporter , ma raison fait tant d'effort qu'elle commence peut-être à réussir ; pour le dire , la force me manque encore, je me sens faible, je suis las !

O pouvoir précieux ! toi qui obtins qu'Orphée fit écouter les sons brillants de sa lyre au redoutable Rhadamante, et que ses yeux pussent revoir une amante chérie !

Tu as ému doucement par des chants les ombres des enfers, et les trois sombres Furies, si implacables pour l'espèce humaine, se sont tout-à-coup senties apaisées.

L'empire entier du $tyx resta comme transporté de ses accents, et, presque soulagé de son tourment éternel, Syaiphe cessa de rouler son énorme rocher.

L'ordre des châtiments infligés par Fluton se trouvait changé ; la roue d'Ixion était en repos, on regardait comme un bien les peines que l'on souffrait.

La reine de l'infernal séjour, émue et remplie d'admira lion, te rendit, Orphée, one épouse désirée et qui depuis tant de jours avait perdu la vie.

Gomment ma souffrance n'adoucit-elle pas l'àme d'une mortelle; elle est plus dure pour moi, elle est encore plus inhumaine que la Gallirhoé des temps profanes.

O cruelle, inconstante, cœur endurci, femme née de quelque tigresse , on plutôt sortie du sein des rochers les plus âpres.

Mais que dis-je, infortuné? Et pour qui me voit-on proférer des plaintes inutiles? Il n'y a que vous, ô nymphes charmantes de l'humide séjour, qui les écoutiez avec compassion !

C'est en levant vos têtes blondes éclatantes d'or audessus des ondes agitées, cest en montrant vos tresses humides que vous sortez toutes pour voir ce que je fais.

Je suis parti avec une nombreuse compagnie, je chantais

alors, je cueillais des fleurs. Vous verrez mon agonie, vous recevrez mes plaintes, vous entendrez mes clameurs.

Vous verrez l'homme le plus agité, le plus malheureux qui ait paru; les pleurs Tout anéanti, et il ne vit que dans sa douleur.

CANÇAM.

Près d'une montagne stérile et desséchée, qui élève sa tète chenue et informe , malgré l'horreur qu'elle cause à la nature, il existe un lieu où aucun oiseau ne vole , où aucun animal ne vient reposer , où l'on ne voit couler aucun fleuve , où l'on ne voit jaillir aucune fontaine, où l'on n'entend jamais le doux bruit des verts rameaux. Cette terre , nommée Heureuse par tout le monde, et que j'appellerai par antiphrase la Désolée, elle a été placée par la nature près de cet endroit où un bras de la haute mer sépare l'Abyçsinie de l'Arabie-Pélrée. Bérénice y fut jadis fondée; elle était située où se couche le soleil qui la brûlait de ses rayons.

On découvre le cap, avec lequel la côte d'Afrique, qui vient du couchant, forme une limite ; on l'appelait Aromata dansd'aulres temps, mais, avec le cours des années, la langue dure et informe des naturels lui a imposé un nom différent. C'est donc là où la mer agitée cherche à entrer dans l'embouchure du détroit que mon triste sort m'entraîna et me fixa un moment. Dans cette partie du monde si triste, si aride, si reculée , il fallut laisser un instant de ma rapide existence pour que mes jours se trouvassent dispersés dans tout l'univers. Là , je les dépensai donc, ces tristes jours , dans la contrainte, dans l'amertume, dans la solitude, dans le travail et dans la douleur; non-seulement j'avais contre mon existence l'ardeur du soleil , un air embrasé et pesant,

POÉSIES D1YÉHSES. 289

mais j'avais encore contre moi mes pensées , avec lesquelles je puis quelquefois tromper la nature : elles retraçaient à ma mémoire celte félicité rapide déjà passée dont j'éprouvai le charme quand je vivais encore, elles me la retraçaient pour doubler Pàprelé de mes maux, pour me montrer qu'il y avait dans ce monde bien des instants de bonheur.

Je restai là avec ces pensées, perdant mon temps et ma vie ; hélas ! ces pensées, elles m'emportaient si haut sur leurs ailes , (et voyez si le saut devait être léger) que je retombais de ces vains rêves de contentement dans le désespoir de voir un si déplorable jour. Mon songe se changeait en un pleur subit, en soupirs qui rompaient les airs : ici le cœur captif , entouré de douleurs et de chagrins , montrait sa plaie saignante. Dans cet abandon il se mettait à nu, exposé aux traits delà fortune superbe ; oui superbe, inexorable, sans pitié.

Mon ànie n'avait nul lieu où se reposer, nulle espérance ; je ne voyais aucun chevet où je pusse un peu reposer ma tête, tout était douleur et cause de souffrance ; mais mourir, je ne le pus, le sort ne le voulut jamais; pour cela il n'était pas assez favorable. Cette mer irritée et mugissante s'apaisait; il semblait que ces vents, importunés par ma voix, réfrénaient leur colère ; le ciel n'était sévère qu'avec moi. Les étoiles et le destin toujours contraires se riaient de mon perpétuel souci ; usant leur puissance et leur indignation contre un corps terrestre, misérable ver de terre.

Si encore j'avais obtenu, pour prix de toutes ces fatigues, la certitude que je suis quelquefois présent à ses yeux remplis d'éclat ; si j'étais assuré que cette triste voix , traversant l'espace, allât frapper les oreilles angéliques de celle près de laquelle j'ai vécu , et que , faisant un retour sur elle-même, rappelant à son esprit agité de souvenirs le

290 POÉSIES D1YËHSES.

temps déjà passé de mes douces erreurs, de mes maux chéris, de ces fureurs souffertes et cherchées pour elle ; si , écoulant la pilié, quoique ce fût bien tard, elle eût quelque regret , elle se jugeât intérieurement sans indulgence ; si je savais, en un mot, toutes ces choses, je pourrais supporter ce qui me resle d'existence , cela adoucirait mes souffrances. Ah! madame, madame, que vous êtes brillante! vous dont la douce mémoire me soutient ici , quoique je sois éloigné de toute joie. Dès que ma pensée vous représente à mon cœur, mes fatigues s'évanouissent, ma peine s'enfuit ; par votre unique souvenir , je me trouve Rassuré et rempli d'un nouveau courage , même à l'affreux aspect d'une mort redoutable : tout-à-coup l'espoir m'envifrmne, et mon visage devenu plus serein exprime les douces souvenances au Heu des pénibles soucis.

C'est rempli de ces souvenances , que je m'informe de vous, madame , aux vents amoureux qui arrivent des lieux bù vous êtes , que je demande aux oiseaux qui volent s'ils vous ont vue, ce que vous faisiez, quels étaient vos dis- Cours , où , comment , avec qui , quel jour, à quelle heure ? Ma Vie fatiguée s'améliore ici : je recueille un nouveau coulage, qui m'aide à vaincre la fortune et la fatigue, uniquement pour vous revoir un jour, uniquement pour aller vous servir et vous adorer ; le temps me dit qu'il aplanira tous les obstacles ; mais le désir ardent , qui ne souffrit jamais de relard sans calculer, Ouvre de nouveau les plaies qui me font souffrir.

C'est ainsi que je vis, et si quelqu'un vous demande pourquoi je ne meurs pas , vous pouvez répondre que je souffre tous les tourmenls de la mort (ft).

SONNET

Où trouverai-je un lieu si reculé , si dédaigné par le bonheur, qu'on n'y voie jamais, je ne dirai point des créatures humaines, mais des animaux sauvages!

Quand pourrai-je rencontrer quelque bois sombre et désolé, quelque forêt triste, solitaire, sans fontaines limpides, sans verdure réjouissante ; tels enfin qu'il convient à mes maux !

Là, au milieu des rochers, enseveli tout vivant, je me plaindrais librement.

Mon mal est sans mesure , mais je ne puis être triste au milieu de la gaieté du jour, et cependant la tristesse seulq pcjit me satisfaire.

CANÇAM (10).

On voit, dans une certaine partie de PÛrient, le feu éternel échauffer de ses rayons les plus brûlants une île habitée par des étrangers ; l'hiver, si dur pour d'autres climats, y ramène gaiement la verdure dans les campagnes. La nation lusitanienne s'en est emparée , grâce au pouvoir de ses armes sanglantes ; un fleuve alimenté par les eaux de la mer qui rappellent tant de souvenirs l'environne. Les herbes qui naissent de tous côtés servent de pâture aux bestiaux et ré* jouissent les yeux des hommes.

Mon sort Ta voulu. Ce fut en ce lieu que s'écoula une grande partie de cette existence, qui ne m'appartenait plus ; il le fallait ainsi pour que ma sépulture, creusée par les mains du redoutable Mars, fût un jour baignée de sang et couverte de mes souvenirs. Si l'amour consentait qu'en échange de cette vie il restât de moi quelque mémoire , et

que le récit de mes souffrances fût lu par deux beaux yeux , je le répète, j'échangerais ma vie et ma gaieté contre ce doux souvenir. Mais cette fiction, par un sort cruel, m'entraîne i de fausses espérances ; la réflexion nie défend de penser que je puisse trouver dans la mort ce que n'a pu me faire obtenir une aussi longue vie. Toute confiance est tellement perdue pour moi, que, dans l'amertume de ma triste situation, je désespère aussi de rencontrer le trépas.

Ah ! si quelque jour je retrouvais mes anciens maux , oui , je pourrais revivre encore !

Je ne suis pas la cause de tout cela , ce n'est pas moi qui ai allumé le feu qui me brûle. S'ils croient que c'est l'appréhension de l'oubli qui m'offense , plût à Dieu que mon malheur fût de telle nature qu'il laissât quelque crainte à ma pensée. Hélas! qui a vu un semblable tourment? qui croirait qu'on peut être indifférent à tout avenir?

Celui qui a quelque chose à perdre peut craindre, mais malheur à celui qui n'a plus rien à redouter. Madame , la faute en est à vous , pour me faire mourir il suffisait de ne pas vous laisser voir pendant une heure ; vous m'avez livré à de fausses espérances , et cela m'étonne d'autant plus que je n'étais pas même digne de vos dédains. Qui vaut aussi peu que moi ne méritait pas une aussi douce peine.

On a eu pour moi un amour affable et indulgent , mais l'on reconnaît bien maintenant à mes maux qu'il n'y a pas de plus grande punition que de refuser à celui qui a commis une faute le châtiment qu'il mérite. C'est ainsi qu'il en arrive au malade qu'on ne peut guérir et auquel le médecin accorde tout ce qu'il peut désirer : on me permettait l'espérance , lo désir et l'audace.

Et maintenant je demande compte du bien passé , à celte triste vie, à celte longue absence; (jui croirait que

j'eusse commis une faute qui méritât une aussi grave pénitence? Considérez, madame , qu'il y a conscience de m'infliger une semblable peine pour une erreur aussi légère. Ne voyez- vous pas que c'estme faire payer avec usure, mais, si mon long et pénible bannissement vous donne quelque satisfaction , que mon tourment dure toujours.

Beau fleuve limpide, et vous arbres qui offrez des couronnes aux vainqueurs , vous qui toujours favorables au diligent cultivateur, donnez diverses productions sur les mômes rameaux , vous n'éprouvez jamais aucune injure du temps ; que les plaintes que je viens de prononcer murmurent sous vos ombrages tant que le soleil accordera sa lumière à l'astre des nuits , afin que d'âge en âge on sache que l'exil ne tue pas. Cancam , ta voix plaintive et désolée restera dans cette solitude jusqu'à ce que le temps te change en un plaintif écho.

SONNET

Si, quand je vous ai perdu, ô mon espoir, j'avais en môme temps perdu le souvenir du bien passé et du mal présent, je ne sentirais pas la douleur du changement qui s'est opéré.

Mais l'amour, dans lequel j'avais mis ma confiance, se plaît à me représenter combien de fois jadis j'ai été heureux et content , et sans doute qu'il veut me donner la mort avec de tels souvenirs. De ces choses dont il restait à peine un vestige, parce que je les avais livrées à l'oubli , je me vois persécuté intérieurement par ma propre mémoire.

Ah ! dure étoile ! cruel tourment î quel mal plus cruel existe-t-il que de se rappeler durant ses maux un bien que l'on a perdu.

SONNET

Me§ jours heureux ont passé rapidement comme l'éclair, les jours tristes marchent plus pesamment derrière les heures allègres mais fugitives.

Ah! fausses prétentions , vaines fantaisies, que pouvez vous me donner qui me rende le bonheur ? Le temps a jeté ses ceudres refroidies sur la flamme ardente de mon cœur.

Et je cherche maintenant parmi ces débris, l'histoire de mes erreurs passées. Ma jeunesse n'a point laissé d'autre fruit à qui mon âme doit honte et douleur.

Ce que j'appelle c'est l'âge lointain , les vains désirs, les pleurs inutiles, les faux soucis, pour que le temps léger, qui efface tout, les emporte.

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