‹ Les Lusiades de L. de CamoensChapitre 5 sur 40 · XXVI CAMOENS · texte numérisé non relu

XXVI CAMOENS

Pereira , les Slances où Montoro déplore la mort d'Isabelle, les Églogues harmonieuses de Bemardim Ribeiro , qui était presque un contemporain , l'admirable élégie , où un rossignol répond aux plaintes de deux amants, mille autres niorceaux charmants qu'on ne lit plus même en Portugal; tout dans ce livre dut révéler au poète mille secrets de grâce naïve, d'harmonie, de vivacité qu'on retrouve dans ses œuvres mêlées.

Camoens revint enfin d'exil, et résida probablement A Lisbonne. Les dégoûts qu'il avu't éprouvés déjà , la situation difficile dans laquelle il se trouvait, le déterminèrent à s'éloigner. Sa première intention était de partir pour l'Inde dès 4850 avec le vite-roi D. Alphonse de Noronha; des motifs qui nous sont restés inconnus rengagèrent à passer de préférence en Afrique II se rendit à Centa. Dans une pièce pleine d'intérêt , qui nous a été conservée par Garcia de Resende, un poète bien antérieur à Camoens ne nous fait pas un tableau flatteur de la manière dont les Portugais vivaient dans cette ville, et surtout de la moralité qui y régnait. Quoi qu'il en soit, cette résidence était regardée comme une sorte d'école , où les jeunes gens qui se destinaient à la carrière militaire trouvaient d'excellents enseignements et surtout mille occasions de se distinguer. « Camoens était » brave , dit un savant qu'on ne saurait accuser de lui » être trop favorable; la trempe de son esprit, les événe- » ments que l'on rencontre dans son histoire , en sont la •w preuve ; le courage était d'ailleurs une qualité inhérente à » la nation, il se vante de l'avoir montré, avec une franchise » qui , elle seule , nous obligerait à le croire. » En Afrique, H courut de nombreux dangers , et c'est à cette époque de sa vie qu'il faut rapporter les vers de la Cançam, où il dit que Mars lui fit goûter ses fruits amers. Il perdit l'œil droit dans une affaire contre les Maures. Elle eut lieu devant Ceuta, et quelques écrivains ont peusé qu'il était alors sur un navire commandé par son père.

M. Carvalho, ancien professeur à l'Université de Coiuibre, relève jusqu'à trois cents au moins; il serait vivement à souhaiter que ce savant publiât enfin un texte qu'il a éciairci , et qu il compte enrichir de notes nombreuses dues à sa vaste érudition.

ET SES CONTEMPORAINS. XXVil

Selon les calculs les plus probables, Camoens ne resta que deux ans en Afrique, et dès 1552 il revit Lisbonne. La fortune ne lui fut pas plus favorable qu'elle ne l'avait été jusqu'alors ; ses services restèrent méconnus, ses talents furent probablement distingués , mais ils ne reçurent aucune ré* compense. Sa situation devint plus triste , bientôt son cœur fut plus douloureusement affecté : il y a quelques biographes qui fixent à cette époque la perte de sa chère Nalercia (i). D'autres reculent beaucoup plus loin ce malheur. Quoi qu'il en soit, il réalisa le projet qu'il avait formé deux ans auparavant, et, dans le courant de 1555, il s'embarqua pour PInde, sur le vaisseau le San-Bemto, que commandait Fernand Alvares Cabrai. Un cri douloureux échappé au poète nous fait assez comprendre quel était alors l'état de son âme; en quittant le Tage , il répéta les paroles de Scipion : Ingrata patria non possidebis ossa mea. Mais un exilé Ta rappelé aussi avec éloquence , le vent qui chassait devant lui les voiles emporta ses imprécations, et quelques heures s'étaient à peiue écoulées depuis la sortie de la flotte , que déjà ses yeux cherchaient à l'horizon les ombres fugitives des montagnes de la patrie et des fraîches collines de Cintra.

L'expédition se composait de quatre navires ; elle fut assaillie par une tempête qui mit la faible escadre en un pressant péril; elle la dispersa. Le San-Bemto fut même le seul de ces bâtiments qui parviut durant cette année aux Indes. Dès son arrivée en ce pays , Camoens trouva une occasion de se signaler , et il la mit à profit. Sur la côte de Malabar , dans la direction du cap Comorin , un roi d'assez faible importance inquiétait dans la paisible possession de * leur territoire les princes de Porca et de Cochin : c'était le souverain de Pile de Chembé , plus connue parmi les Portugais sous le nom de Pimenta. Alphonse de Noronha, qui avait depuis long- temps résolu une expédition devenue indispensable, mit à profit l'arrivée du navire que commandait Fernand Alvares Cabrai. Vers le mois de novembre 1555, il quitta le port de Goa avec une puissante escadre

(1) C'est sous ce nom , qui revient en effet très-fréquemment dans ses poésies, que le poète a caché celui de Catarina.

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dont le San-Bemto faisait partie. Deux mois à peine après son arrivée dans la capitale des Indes, Camoens prenait donc part à une de ces expéditions aventureuses qu'on a quelque peine à se figurer aujourd'hui, et dans lesquelles nécessairement le courage devait suppléer au nombre. Alphonse de Noronha fut vainqueur; mais rien n'égale la modes! ie avec laquelle le poète raconte comment se termina cette entreprise. En écoutant ces paroles si nobles et si simples à la fois, on sent qu'il est vraiment de la race de ces vieux Portugais , dont il consacrera le souvenir et qu'il fera si dignement parler. Sans terminer complètement la guerre , D. Alphonse avait atteint le but qu'il s'était proposé en armant cette expédition ; Chcmbé et les iles d'alentour avaient été ravagés ; Fallié des Portugais devait se trouver suffisamment vengé, et dans une autre circonstance le roi de Porca pouvait être considéré comme le vassal de Jean III; c'était ce que commandait la politique en ce temps. Après avoir laissé des forces navales assez considérables dans ces parages , D. AU phonse revint à Goa, et Camoens l'accompagna; selon toute probabilité , il arriva dans cette ville vers 1534. Le séjour que fit le poète dans la capitale des Indes portugaises ne fut pas encore de longue durée. Le vice roi D. Pedro de Mascarenhas , ayant succédé le 23 septembre dans le gouvernement à Alphonse de Noronha, une nouvelle expédition fut résolue. On arma trois navires de haut bord et cinq flûtes, mais cette fois il n'était pas question de nouvelles conquêtes ; il s'agissait seulement d'aller à la poursuite d'un corsaire, qui, grâce à son intrépidité, s'élait acquis une certaine prépondérance dans les mers de l'Inde, et qui avait fait éprouver de grandes pertes au commerce des Portugais. Le commandement de cette flottille fut remis à Emmanuel de Vasconcellos , capitaine mûri par l'âge, homme d'une haute intelligence , et qui s'était déjà distingué dans la mer Rouge. Camoens s'embarqua de nouveau pour faire partie de celte expédition, et il quitta Goa au mois de février 1533.

L'escadre suivit sa roule jusqu'à ce qu'elle eût aperçu les eûtes de l'Arabie, et, selon l'ordre qu'elle avait reçu, elle alla se placer devant le mont Félix, au nord du cap de Guardafû pour y attendre les vaisseaux qui devaient arriver

ET SES CONTEMPORAINS

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