‹ Les Lusiades de L. de CamoensChapitre 8 sur 40 · XXXI V · texte numérisé non relu

XXXI V

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tout élan d'enthousiasme : t il trouva dans le cœur magnanime du vice-roi D. Constantin, la faveur et l'accueil qu'il s'en promettait; la reconnaissance même l'engagea à lui adresser le morceau bien connu qui commence par une imitation évidente de répitre adressée par Horace à Auguste.... D. Constantin était tout -puissant dans l'Inde et bieu puissant ausfti dans le royaume entier, et cependant l'espoir d'obtenir sa faveur ne peut arracher à Camoens des louanges servi!» s , des éloges honteusement prodigués. Il se regardait comme tyranniquement persécute par Francisco Barreto, et bien que le blâme de celui auquel il succède résonne toujours doucement aux oreilles tlu successeur, s'il lit en passant allusion à la prodigalité avérée et blâmée du gouvernement de Barreto, le poète eut la délicate générosité de ne pas prononcer le nom de sou ennemi. »

Le gouvernement de D. Constantin de Bragance était ce qu'il fallait qu'il fut dans un pays où la corruption débordait de toute part. Ce noble réformateur ne put longtemps protéger le poète; il fut rappelé, et dès le mois de septembre 1664(1) le comte de Redondo, D. Francisco Coutinho lui succéda dans la vice-royauté des Ind<s. La réputation du poète s'était accrue; le nouveau vice-roi estimait , dit-on, son talent ; il était sans haine contre sa personne, et cependant ses ennemis comprirent que s'ils osaient l'attaquer

(1) Je ne sais trop sur quelle opinion se fondent deux écrivains modernes qui affirment que sous l'administration de D. Constantin le poète se trouva dans une telle détresse qu'il se vit contraint de demander le don d'une chemise. Ses œuvres offrent au contraire la preuve qu'il était alors dans une sorte d'aisance, une demi-prospérité, comme on l'a dit fort bien , puisqu'il pouvait convier ses amis à un festin, où , au lieu des mets (igmriai) qu'on devait d'abord servir, les convives trouvèrent des vers qui leur étaient adressés. Camoens a bien adressé un dizain à un fidalgo qui lui avait promis le triste présent dont nous avons parlé plus haut , mais rien ne prouve que ces vers aient été composés dans l'Inde. Je crois bien plutôt qu'ils le furent à Lisbonne ou mieux encore à Sofala. (V. la petite pièce intitulée : A hum Jidahjo que Ihe lardava com huma camiza que Ihe promtfeo.)

ET SES CONTEMPORAINS

une main puissante ne le défendrait plus. Non-seulement le langage de Camoens continuait à être ce qu il avait toujours été, hardi avec les seigneurs, railleur avec les lâches, implacable avec les fripons, mais plus d'un personnage désigné cinq ans auparavant dans les Disparates vivait encore, et sans doute n'avait point perdu tout espoir de vengeance. Le poète, sur une accusation banale , fut jeté dans les fers , et peut-être ce fut- il dans une des prisons de Goa qu'il composa quelques-uns de ces vers immortels où il peint si bien l'amour d'une généreuse liberté.

L'accusation portée contre Camoens n'a jamais été formulée d'une manière positive ; si l'on est certain que ses ennemis étaient puissants, on n'a jamais su les noms de ses accusateurs, ni quelles étaient les inculpations qu'ils mettaient en avant. Manocl de Faria c Souza signale bien d'une manière assez vague certains bruits, que la malveillance fit courir; il dit bien que l'on imputa au poète certaines malversations durant le temps de son administration à Macao, mais il ne précise rien à ce sujet ; ce quïl y a d'assuré , c'est que Camoens triompha noblement de cette odieuse calomnie. L'ordre qui Pavait plongé dans un cachot fut révoqué.

Selon quelques vieux autours qui ont parcouru l'Orient précisément à cette époque , c'était une épouvantable chose que les prisons telles qu'elles étaient organisées dans les Indes portugaises. D'horribles émanations y infectaient l'air; on n'y vivait que des dons de la charité privée, et les criminels de tout genre y étaient confondus : telle était celle de Goa , moins affreuse cependant que la Masmora souterraine de Cochin ; l'innocence de Camoens était reconnue , et cependant il ne sortit point de ce déplorable séjour. Ce qu'il y a de plus triste à dire, en rappelant cette longue série de maux, c'est que ce fut un homme dont l'histoire signale assez fréquemment la valeur et les services qui le retint en prison, lWiguel-Rodriguoz Coutiuho, surnommé Fios Secos (fils secs) , se constitua le créancier impitoyable du poète. Riche et puissant, il oublia ce qu'il se devait à lui-même, ce qu'il devait à cette fière noblesse de Portugal dont il faisait partie. Camoens ne sortit de prison que, lorsqu'il se fut adressé au vice-roi. Une épigranune

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