CHANT VIII
Le Catual regardait attentivement l'auguste vieillard représenté sur une des bannières du vaisseau de Gaina, dont la main tenait, comme symbole, une sorte de sceptre garni de feuillage; il demanda enfin quel étail ce personnage : « Seigneur, répondil le frère du capitaine, toutes les figures que vous voyez sont celles de héros fameux; s'ils vous paraissent intrépides, ils le furent à un degré bieu plus haut. La Parque, depuis longtemps, les a moissonnés, mais ils vivront toujours, malgré elle, dans le temple de la Gloire. Celui-ci est le célèbre Lusus, qui donna au royaume appelé aujourd'hui Portugal le nom de Lusitanie; il lui le compagnon, peut-être même le fils de Bacchus; après de grandes conquêtes, après de longs voyages, il s'arrêta dans les plaines fécondes qu'arrosent le Douro et la Guadiane. C'est là qu'il reçut la sépulture; c'est de' lui ou de sou frère Lysias que ces lieux tirèrent le
nom do Champs-Élyséens, qu'ils portèrent si longtemps. II a pour sceptre le thyrse de Bacchus, pour montrer à la postérité ou que notre fondateur doit sa naissance au dieu de la vigne, ou que ce diou doit à notre fondateur une partie de ses victoires.
« Voyez cet autre héros : il est arrivé sur les bords du Tage après avoir essuyé, pendant un long voyage en mer, toute la fureur des flots et des vents. C'est Ulysse ; il a ruiné la ville de Troie, en Asie ; il fonde, en Europe, les superbes remparts de Lisbonne, et dédie à Minerve un temple magnifique en reconnaissance du don de l'éloquence qu'il a reçu d'elle.
— Quel est, dit le Catual à son tour, ce guerrier redoutable qui jonche la terre de morts et de mourants, qui met en déroute des armées nombreuses dont les étendards sont des aigles?
— C'est le grand Viriatus, dit Paul de Gama. Il fut d'abord pasteur, puis il se consacra aux travaux de Bacchus. Ses victoires firent pâlir la gloire des Bomains ; aussi furent-ils moins généreux envers lui qu'ils ne l'avaient été pour le roi de l'Épire. Viriatus était trop redoutable : n'ayant pu le réduire par la force, ils s'en défirent lâchement par la trahison.
» Voici un autre capitaine qui vint se liguer avec nous contre les tyrans de sa patrie : c'est le brave Sertorius. Observez avec quelle adresse il s'attache l'amitié de notre peuple ; cette biche, qui semble lui parler à l'oreille, lui découvrait, disait-il, les mystères de l'avenir. Nos aïeux crurent à cette fable, et,
profitant de leur simplicité, il les mena au combat, pour triompher avec eux de la nation formidable qui était victorieuse de toute la terre.
« Cette autre bannière représente le comte Henri, de qui sont descendus nos premiers rois. Nous le disons originaire de Hongrie; les étrangers le font naître en Lorraine. Après avoir vaincu les Maures, les Galiciens et la noblesse de Léon, il s'illustra par de nouveaux exploits dans les plaines de Palestine.
— Apprenez-moi, dit le Malabarais, saisi d'étonnement, quel est cet homme si vaillant qui, avec si peu de troupes, enfonce tant d'escadrons, disperse une multitude prodigieuse d'ennemis, abat des murailles qu'on croirait inébranlables, livre batailles sur batailles et foule à ses pieds un tel monceau de couronnes et d'étendards?
— C'est Alphonse Ier, poursuivit le Lusitain : il chasse les peuples de Libye; on dirait qu'il est armé de la foudre, rien ne résiste à son courage. Si César et le fier Alexandre s'étaient trouvés dans des situations aussi périlleuses, leur renommée serait moins éclatante et nous ne les connaîtrions que par leurs défaites.
«< Considère/, les exploits d'Alphonse et jetez ensuite les yeux sur les grandes actions de ses sujets. Cet illustre vieillard s'appelle Egas-Moniz. Son visage exprime une noble sérénité; il réprimande le jeune prince, dont il était le gouverneur, elle blâme d'avoir laissé ses troupes céder devant l'ennemi. 11 l'oblige
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à retourner au combat et ils y courent tous les deux ; la victoire, qui échappait aux Portugais, revient d'un pas rapide se ranger sous leurs drapeaux.
« Voyez plus loin ce même Egas qui se dévoue à la mort pour dégager sa parole et pour défendre les intérêts de son maître. Le voilà devant le trône du roi de Castille ; il offre sa vie et tout ce qui lui est cher à la vengeance de ce monarque, justement irrité par celui des Lusitains. Le consul romain, pris aux Fourches caudines, ne donnait que sa vie, en se livrant aux Sammtes pour sauver l'honneur de la patrie : Egas, innocent de toute faute, sacrifiait avec lui ses enfants et leur mère !
« Considérez encore ce chevalier qui, sortant d'une embuscade, se jette sur l'armée d'un roi Maure, taille en pièces les troupes de ce prince, le fait prisonnier et délivre une forteresse importante que les Libyens tenaient assiégée. L'auteur de ce haut fait, dont Mars serait jaloux, était le valeureux don Fuas Roupinho. Non content de s'être signalé sur terre avec tant d'éclat, il voulut que les flots fussent témoins de son courage; vous le voyez attaquant la flotte des Maures, rougir de leur sang le domaine liquide d'Amphitiïte, leur enlever plusieurs galères, couler à fond ou réduire en cendres tous les autres et faire craindre au mont Abyla que l'incendie qui les consume ne gagne ses forêts. Il meurt à la fin par la main des ennemis qu'il a tant de fois abattus; voilà son âme triomphante qui s'envole au palais de l'Olympe. Il
est le premier des Lusitains qui se soit illustré par des victoires navales.
« Portez votre attention sur cette brillante armée qui débarque sur les rives du Tage; ce sont des étrangers qui viennent secourir notre premier roi pour l'aider à s'emparer de Lisbonne, au pouvoir des Ismaélites. Si braves que soient tous ces pieux héros qui versent avec joie leur sang dans cette guerre sainte, le généreux Henri de Bonneville mérite d'être distingué parmi les autres. Son zèle et sa valeur l'entraînent au milieu des dangers les plus terribles; il y trouve une fin glorieuse. Le ciel honore sa tombe par des prodiges éclatants, la terre qui couvre ses cendres produit elle-même un palmier dont les feuilles guérissent toutes sortes de maladies.
« Cet homme, revêtu d'ornements consacrés aux. ministres des autels, est un prêtre nommé don Theotonio; l'amour de sa patrie et de la religion l'oblige à prendre les armes; il enlève aux Mauritains la ville d'Arrondies. Cet autre est le vaillant Mem-Moniz, digne fils du grand Egas. Voyez-le, au siège de Santarein, cscaler le premier ces superbes remparts où il plante la bannière de son roi; voyez dans cette bataille où, le premier, don Sanchc met en déroule les Maures de Vandalie, avec quelle impétuosité l'invincible Mem-Moniz renverse sur son passage tous les escadrons et foule aux pieds l'étendard de Séville, après avoir fait mordre la poussière au guerrier qui le portait. On ne pouvait lui refuser place dans ces
bannières, à côté des héros fameux qu'elles représentent, car il élevait la sienne si haut et il savait mettre si bas celle de ses ennemis, qu'un tel honneur était légitime.
« Mais voici l'intrépide Giraldo, le plus audacieux des hommes ; aussi l'a-t-on surnommé le Chevaliersans-Peur. Regardez-le descendre du haut des murs d'Evora, qui gémissait alors sous la domination des Ismaélites, et où il avait pénétré à la faveur de la nuit : d'une main, il s'appuie sur sa lance, de l'autre il tient les têtes de deux sentinelles qu'il a passées au lil de son cimeterre. Bientôt la place fut prise par son adresse, et elle a fait figurer,, depuis cette date, l'exploit de Giraldo dans son écusson.
« Voyez-vous ce Castillan qui, repoussé par son roi Alphonse IX, se range sous l'étendard des Maures. Animé d'un aveugle ressentiment, qui éteint en lui tout esprit de justice et de générosité, il tourne sa fureur contre le Portugal ; soutenu par un nombreux corps, il s'empare de la ville d'Abrantès. Ce Lusitain qui marche contre lui s'appelle Martin Lopès ; peu de troupes le suivent, mais son grand cœur le soutient; il arrache aux Africains le fruit de leurs victoires et fait prisonnier leur chef.
« Regardez ce patriarche de Lisbonne qui, joignant la valeur à la piété, s'apprête à combattre avec une faible troupe de Portugais contre une multitude de Maures ! Les siens paraissent effrayés du péril qui les menace, mais il s'obstine à livrer bataille et le ciel
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se déclare pour lui. Vous voyez dans la suprême région des airs un spectacle miraculeux qui ranime le courage de nos soldats ; cet heureux présage leur inspire une force surnaturelle ; ils remportent une victoire complète sur les rois de Cordoue et de Séville. et sur deux autres princes africains ; en même temps, ils arborent leurs étendards sur les tours d'Alcazer, qui s'humilie devant don Mathieu, leur vaillant chef. « Considérez ce grand maître de Castille, qui est Portugais par sa naissance, c'est l'illustre don Payo de Correa. Il soumet le royaume des Algarves : on dirait que la victoire et la fortune sont à sa merci: villes, châteaux, forteresses défendues par des remparts d'acier, rien ne résiste à sa valeur ni à sa science. Il prend Sylves par ruse et l'orgueilleuse Tavira par force; les Mauritains reçoivent la juste punition du meurtre des sept chasseurs portugais assassinés par eux.
Voici trois autres chevaliers qui cherchèrent pendant toute leur vie les aventures qui pouvaient attester leur courage, dont ils laissèrent des monuments impérissables tant en France qu'en Espagne; leur nom vivra toujours et les eaux du Léthé n'en effaceront jamais la mémoire. Regardez-les remportant seuls à Tolède la palme d'un superbe tournoi ; les Espagnols en frémissent de honte, leur jalouse fureur change l'image de la guerre en une guerre véritable; le chef des trois Portugais, l'intrépide Gonzalès Ribero, se voit attaqué' par plusieurs Ibériens à
la lois ; sa valeur est plus grande que le péril, ses ennemis tombent à ses pieds frappés à mort.
« Fixez toute votre attention sur la bannière qui suit celle-ci, dont le héros mérite d'occuper à lui seul les cent bouches de la Renommée. Sa patrie était ébranlée, cet autre la soutint et il empêcha sa chute. Le voyez-vous qui montre aux Portugais que le joug de leur roi naturel sera toujours plus doux pour eux que celui d'un étranger? Quel feu, quelle noble colère éclatent sur son front ! Mars prendrait-il un autre visage pour blâmer les faiblesses d'un peuple timide ? Sa prudence et son grand cœur surmontent des difficultés qui paraissent insurmontables ; ici les nombreuses armées de la Castille lui cèdent la victoire; plus loin, il terrasse les nations farouches qui habitent entre le Bétis et la Guadiana. Dans cette dernière bataille, les troupes de Lusus sont d'abord enfoncées; le chef, voyant que la force humaine est impuissante, s'écarte pour implorer le secours du ciel ; mais pendant que, prosterné la face contre terre, il adresse ses vœux au souverain maître du sort des hommes, les soldats découragés par son absence, tombent en masse sous les coups des Espagnols. On l'appelle, on le cherche, on le trouve enfin et on lui apprend que s'il tarde à revenir tout va être perdu. Animé d'une sainte confiance, il répond que rien ne presse, et, sans se hâter davantage, il continue sa prière comme s'il était certain que lorsqu'elle sera terminée, le Dieu dont il invoque le nom lui donnera la gloire
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du triomphe. Ainsi, quand jadis au pied des autels, Pompilius apprit que ses ennemis approchaient en faisant d'épouvantables ravages et qu'il fallait sans aucun retard s'opposer à leur fureur, il se contenta de répondre : « J'irai quand j'aurai achevé le sacri- <■ lice. »
« Si vous êtes curieux de connaître cet invincible guerrier qui alliait tant de piété à tant de valeur, je pourrais vous dire qu'il s'appelait Scipion Lusitain ; niais son nom véritable, Nun-Alvare, a plus d'éclat que ceux qui furent célébrés à Rome et dans la Grèce. Heureuse, la patrie qui peut être fiérc d'un fils si magnanime ! Nun-Alvare fut le père de la sienne ; elle se souviendra de lui éternellement et versera des pleurs sur sa tombe tant que le soleil brillera autour du globe de Cérés cl de Neptune.
« Cet autre capitaine est le vaillant Rodrigue de Landroal : avec une faible troupe il remporte sur deux commandants espagnols une victoire mémorable et leur enlève le butin qu'ils ont fait dans les plaines du Tage; bientôt après il baigne son épée dans le sang d'une bande de traîtres qui traînaient en captivité le plus cher de ses amis.
* Voyez legénéreux ducFernandd'Elves, qui purge le Portugal d'wn perfide dont la lâcheté déshonore la nation de Lusus. Voyez-le ensuite ravager les plaines de Xérès, épouvanter la Castille et s'en revenir chargé de riches dépouilles. Celui-ci, qui tient tête à lui seul à toute la Hutte des Brigiens, s'appelle Ruy
Péreira; il sort de rempari aux galères portugaises et les sauve d'une perte inévitable en se dévouant luimême à la mort.
Voici, il un autre côté, dix-sept Lusitains qui, sur une montagne , se défendent contre quatre cents Espagnols. On les cerne de tous côtés pour les faire prisonniers, mais ce ne sont que vaines tentatives ; leurs moindres coups portent le trépas : il se montrent les dignes héritiers de ces anciens Portugais qui, au nombre de trois cents, vainquirent mille Romains, au temps fameux où Viriatus défendait par les armes la liberté de notre Hespérie.
« Regardez ces deux enfants, don Pèdre et don Henri ; celui-là, en laissant en Allemagne des témoignages éternels de sa valeur : celui-ci, en traçant sur l'empire de Neptune des routes inconnues, en découvrant de nouveaux mondes, en domptant l'orgueil des Maures de Coûta, où il entre le premier l'épée à la main, dérobent leur nom aux ténèbres de la mort.
« Voyez l'illustre Menézès qui, sans force et sans appui, soutient deux sièges contre tous les peuples de Barbarie et repousse glorieusement les assauts de cette multitude terrible. Don Duart de Yiane, son fils, s'offre ensuite à vus yeux: il fut le Mars de son siècle. Non content de braver dans Alcazer les efforts d'une armée redoutable, il opposa son corps aux coups destinés à Sun lui et mourut victime de son dévouement.
Vous pourriez voir encore ici bien d'autres grands
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hommes que le ciel a donnés au Portugal, mais 1rs couleurs on1 manqué au peintre, <>u plutôl les honneurs ef les récompenses qui sonl l'âme des beauxarts ae sont poini venus l'encourager à continuer cel ouvrage. C'est la faute de ceux qui, en héritant du sang de ces héros, a'onl pas hérité de leurs vertus, plongés ila us la mollesse, ivres d'orgueil et lâches déserteurs des exemples de leurs ancêtres. Qu'ils furent donc candides <i dupes de leur bonté, ces ancêtres si magnanimes, eux qui se donnèrent tant de peine pour la gloire de leurs petits-fils ! Aujourd'hui leur postérité s'endort dans les loisirs corrupteurs, aussi obscure qu'ils mit été illustres! »
C'est ainsi mu- Paul de Gama retraçait 1rs exploits des Lusitains. Le Catual l'écoutail avec avidité. Ses yeux et ses oreilles ne se lassaient ni de regarder, ni d'entendre: il redemandait des explications, tantôt à propos d'une bannière, tantôt à propos d'une autre. et sa curiosité trouvait toujours un nouveau plaisir aux éclaircissements qu'on lui donnait.
Le jour commençait à baisser et Phébus allait porter la lumière aux antipodes, quand le magistrat Indien et son cortège retournèrent vers la ville. De son côté, le roi avait assemblé s,.- mages et ses devins pour savoir de leur bouche ce qu'il devait attendre de l'arrivée des Portugais dans le .Malabar. Os prêtres impurs ayanl célébré leurs mystères avec une pompe superstitieuse et infâme, apprirent d'un mauvais génie qui les inspirait que la nation de Lusus
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subjuguerait les Indes en les soumettant à de nouvelles lois. Cet oracle les épouvante, et ils courent • ■il donner avis au Samorin, lui rapportant que les entrailles des victimes ne présagent pour son royaume que revers, servitude et calamités sans nombre.
En même temps, Baccbus, qui s'affermit toujours dans sa haine contre les Portugais, invente de nouvelles trahisons pour ruiner leur glorieuse entreprise. Il se transporte chez un prêtre mahométan qui, trop fidèle aux pratiques de sa foi, regarde avec horreur les autels qu'on élève à la vérité. Cet homme goûtait alors dans les bras de Morphée la douceur d'un repos profond ; l'implacable Bacchus lui apparaît en songe sous les traits du faux prophète que révèrent les Musulmans. « Pieux sectateur de ma doctrine, dit le dieu déguisé, défends ta race et toimême contre les malheurs qu'apportent ces étrangers débarqués d'hier dans votre port ! » L'Ismaélite se réveille en sursaut, mais il s'imagine que c'est une vaine illusion qui vient de l'abuser, un caprice de ses sens et de son esprit; tranquillement il se rendort. Bacchus reprend la parole. « Méconnais-tu, s'écrie-t-il, ton sage législateur, sans lequel tes yeux porteraient le bandeau de l'ignorance et du mensonge ? Je veille pour toi. et tu dors! Tu languis dans l'inaction tandis que l'orage s'assemble sur ta tête ! Apprends, apprends que les Portugais viennent ici détruire mon culte et persécuter quiconque suivra la religion que j'enseignai jadis à tes prie-. ! A pré-
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sriii que ces ambitieux sont faibles el en petit nombre sur les côtes du Malabar, arme-toi, n'épargne rien pour les perdre el n'attends pas qu'ils reviennent avec des forces tellemenl écrasantes qu'on ne puisse plus les vaincre. Les yeux peuvent encore supporter la lumière du soleil naissant, mais lorsqu'il s'est avancé dans sa course brillante, et que ses rayons répandenl des ardeurs du midi, en vain l'on tenterait de les fixer, une prompte cécité serait le prix de cette témérité I
Bacchus <lit. et, s'évanouissant avec le sommeil qui fermait les yeux du Maure, il le laisse accablé de terreur el d'étonnement. Un horrible lïis-son s'empare de tout le corps de ce prêtre sacrilège; il saute de son lit. il appelle à grands cris ses serviteurs et leur demande de la lumière ; mille inquiétudes le déchirent; son cœur bouillonne dans les flots du noir venin (bail il est abreuvé. A peine voit-il briller le visage de l'aurore qu'il assemble les principaux de sa secte et leur retrace, en gémissant, le songe qui a fait sur son esprit une si cruelle impression.
Cette troupe perfide se partage en différents avis; les uns proposent d'odieux stratagèmes, les autres veulent qu'on prenne les armes: mais tous s'accordent en ce point, de travaillera la ruine des Portugais et de leur flotte. Ils concluent à la fin qu'avant d'employer la violence, ils doivent user d'adresse et séduire subtilement ceux qui occupenl les premières dignités du rovaume.
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Cetto faillite résolution est suivie d'une action hâtive ; ils vont trouver en secret les ministres du Samorin et se les concilient à force de présents. Ils y joignent des discours trompeurs , protestent que la tranquillité des Indes est perdue à jamais si les Lusitains s'établissent dans le Malabar; cette nation est inquiète, turbulente, accoutumée à s'enrichir des dépouilles d'autrui; elle se fait gloire de braver la puissance des rois ; elle est sans religion et son métier est d'exercer sur les flots la piraterie.
Combien les rois ne doivent-ils pas s'appliquer à ne choisir que de sages conseillers, des ministres incapables de se laisser corrompre et de sacrifier à leur propre intérêt la gloire de leurs maîtres ! Telle est la hauteur du trône que la vérité n'y peut atteindre si elle n'y est portée par des bouches fidèles!
Le Samorin attendait de son Catual des renseignements sincères sur les mœurs des Portugais ; mais ce magistrat et les autres grands de la cour ne le repaissent que de calomnies; leurs mensonges, en le jetant dans l'erreur, l'entraînent à l'injustice. Ils l'empêchent de renvoyer les Lusitains avec une réponse favorable pour leur roi; c'était cependant tout ce qu'eût souhaité Gama. Satisfait de sa découverte, il n'aspirait plus qu'à repartir pour les rives du Tage où il publierait le succès de son expédition, sachant bien qu'à cette heureuse nouvelle, l'invincible souverain du Portugal ferait partir des vaisseaux et des troupes qui porteraient sa gloire et son pouvoir dans les Indes.
Le devoir do Gaina n'était pas de conquérir ces vastes régions, il lui suffisait de Les avoir trouvées.
Au fond de son palais, le Samorin était agité par une inquiétude cruelle : les noires prédictions de ses mages, les discours du Catual et des principaux d'entre les Maures le faisaient frémir. En môme temps sa cupidité naturelle plaidait en faveur des Lusitains; il craignait de perdre l'occasion d'établir un commerce avantageux pour ses sujets et pour lui-même, s"il refusait l'alliance du roi de Portugal. Enfin, ne sachanl que décider el ne tirant de ses ministres corrompus par les présents des Maures aucune lumière qui pût apaiser son trouble, il envoie chercher le capitaine el lui parle ainsi :
« Si tu nie confesses la vérité sans fard et sans détour, je te pardonnerai ta faute. Tod ambassade n'est qu'un mensonge, car tu n'as pas de roi et lu ne connais pas de patrie qui puisse t'appeler son fils sans rougir. Je l'ai appris, je sais que lu mènes une vie errante, que le brigandage seul entretient. Quel roi sérail donc assez téméraire pour envoyer ses flottes et s, ,n peuple d'une extrémité du monde à l'autre, pour les exposer au péril d'un voyage si redoutable ? Mais si. comme tu l'oses affirmer, ton prince est environné de gloire el de majesté, si son sceptre gouverne une nation fameuse, quelles preuves m'en donnes-tu ? Où sonl les présents que lu m'apportes? C'esl par de riches offrandes que les ambassadeurs ont coutume de s'ouvrir une route vers l'amitié des
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grands mis-, il ne suffil pas de la parole d'un navigateur, qui ii Vsl souvènl que le rebul do la terre et le jouet des ondes; m vous êtes, par aventure, exilés de votre pays natal, avoue-le-moi sans crainte : bien des hommes célèbres ont eu le même sort. Vous vivrez en paix dans mes États; mes sujets deviendront vos frères et vous reconnaîtrez que l'innocence ne manque jamais de patrie. Ou bien, si les rigueurs du sort vous obligent à faire le métier de pirates, vous n'en recevrez ici aucun châtiment, la nécessité qui aura causé votre crime vous servira. d'excuse. »
Quand l'empereur eut manifesté ainsi les mauvais sentiments que la calomnie des Ismaélites lui inspirait contre les Lusitains, Gama prit la parole avec une mâle assurance. La divine Vénus l'animait et faisait couler de ses lèvres la douceur de la persuasion. « Puissant roi, dit-il au monarque de Calicut, si, pour punir le crime des premiers pères du genre humain, le ciel n'eût pas permis que les Maures fussent les implacables ennemis de notre sainte religion, vous n'eussiez pas aujourd'hui conçu contre nous de si fâeheuses préventions. Mais comme les faibles mortels ne peuvent obtenir le bien sans surmonter les plus grands obstacles et que la crainte suit à chaque pas l'espérance, je ne puis m'étonner des hésitations que vous opposez à nos justes désirs. Laissez-moi donc vous parler avec franchise, vous me l'avez commandé et je vous obéis.
■• Si vous refusez d'ajouter foi à mes discours, vous
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ne songez pas à tous les motifs qui appuient d'euxmêmes la preuve de ma loyauté et vous prêtez l'oreille à dos impostures que vous ne devriez pas croire Si j'étais exilé de ma pairie, si je ne vivais que de rapine et de brigandage, viendrais-je chercher si loin un asile incertain ou des occasions de m'enrichir? Quelle espérance, quel intérêl m'eussenl poussé à travers les tempêtes, les frimas du pôle antarctique, les ardeurs dévorantes qui brûlenl les peuples soumis à la constellation du Bélier? Si vous me demandez des présents somptueux pour garantir ma parole, sache/. que l'unique objel de mon voyage était de découvrir dans quel climat la nature avait placé votre royaume;
mais si la fortune m'accorde le 1 heur de retourner
dans ma chère pairie, vous me verrez bientôl revenir avec des présents qui vous proUveronl que je ne vous trompais pas et que mon maître esl un des princes les plus puissants de l'univers. Il vous para il incroyable que ce prince m'ait envoyé vers vous du fond de l'Hespérie ; mais lui, dont le cœur ne trouve rien d'impossible, lui que h; ciel lii souverain pour vaincre tout ce qui s'opposerait à sa gloire, il a mesuré les difficultés de son entreprise et s'est flatté que noire zèle en triompherait. Animés de son esprit, excites par son courage, nous avons satisfail ses aobles désirs : la vertu lusitaine pouvait se signaler dans des épreuves plus surprenantes encore. Le projel de la découverte des Indes a'esl pas nouveau dans le Portugal : nos anciens rois l'ont formé; ces héros qui fuyaient la
mollesse et trouvaient leurs délices à tenter les aventures les plus périlleuses, ont prétendu connaître les bornes de l'Océan et les dernières plages arrosées par Neptune. Don Juan, ce fameux roi, qui traversa le premier les plaines de l'onde pour combattre les Maurusiens, l'illustre don Juan eut un tils dont les Huttes découvrirent toutes les terres éclairées parles signes d'Argo, de l'Hydre, de Lièvre et de l'Autel. Cet heureux succès en attira d'autres : l'audace de la nation s'accroissait de jour en jour; les noirs habitants des côtes méridionales de l'Afrique virent descendre nos navigateurs sur des rivages qui ne connaissaient pas encore l'étoile du nord. Enfin j'ai poussé ma course plus avant que tous ceux qui m'ont précédé dans cette vaste carrière, et malgré la fureur des aquilons, malgré le fier soulèvement des vagues orageuses, me voici dans votre empire où je n'attends que votre réponse pour la porter à mon roi.
« Telle est la vérité, seigneur, poursuivit le capitaine : je l'expose devant vous sans aucun déguisement. Il faudrait que je fusse le plus insensé de tous les hommes si le seul dessein de vous tromper m'amenait dans votre Cour, puisque le résultat à attendre de mon imposture serait bien au-dessous du danger qu'elle m'attirerait. Ne trouverais-je pas plus d'avantage et plus de sécurité à rester sur la mer, qui est l'élément du pirate? Daignez donc écarter de vous, grand roi, les soupçons odieux que la calomnie des Maures vous a inspirés contre notre innocence. La
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vérité porte un caractère qui la distingue aisémenl du mensonge. Je me flatte que, pour peu qu'il vous plaise d'examiner mes rais, ms, vous en reconnaîtrez bientôt la justice, et lorsqu'elles vous auront convaincu, j'espère que vous me renverrez promptemenl dans ma patrie. Un prince généreux ue me privera pas d'un plaisir si doux et si légitime. »
Le souverain écoulait avec une attention extrême les discours de Gama, et observait curieusement ses regards et ses --estes, pour voir s'il n'y découvrirai! pas cet embarras qui trahit le mensonge; mais au lieu du trouble et de l'inquiétude dont il cherche les traces, il n'aperçoit sur le front du capitaine que cette héroïque assurance qui accompagne toujours la sincérité.
Enfin, après avoir pesé mûrement les arguments qu'il vient d'entendre, il juge que ses ministres se sont laissé corrompre pour l'abuser ou bien qu'ils s'abusent eux-mêmes en cédant trop légèrement à une vaine lerreiy. A cette idée s'ajoute celle du profil ([lie les Indiens retireront de son alliance avec le Portugal. D'après ces diverses considérations, il se délermine à traiter favorablement les navigateurs de Lusus et dit à leur capitaine de retourner sur sa Hotte. S'il a quelques marchandises qui soient inconnues ou rares dans son royaume, il peut les débarquer en suivie, ou 1rs échangera contre des aromates et il ne lui sera fait aucun tort.
Avant pris congé du souverain, l'illustre Vasco de
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(iania se rendit chez le Catual el lui demanda un canot indien, dont il avait besoin pour regagner sa Hotte. 1rs barques étant alors éloignées du rivage. Cet injuste ministre, qui ne songe qu'à l'attirer dans un nouveau piège, ne le contente point, suppose divers obstacles et fait naître des retards qui s'enchaînent les uns aux autres. Il le conduit au port de Calicut, et cherchant toujours l'occasion de se défaire de lui, l'écarté autant qu'il peut du palais de l'empereur, pensant pouvoir accomplir son détestable projet sans que le bruit en parvienne aux oreilles de son maître. Mais, soit que l'occasion fatale, si désirée des Maures, ne se présentât point, soit que leur rage fût arrêtée par quelqu'une de ces timides réflexions qui punissent les criminels, même avant qu'ils exécutent leur forfait, lé Catual n'osa rien entreprendre dans l'endroit où il n'avait emmené (lama que pour le perdre. Confus, inquiet et ne sachant que résoudre, il lui dit enfin, après mille détours frivoles, qu'il lui donnerait le lendemain une barque pour rejoindre ses vaisseaux. Toutes ces démarches équivoques font naître de violents soupçons dans l'esprit du capitaine ; il presse instamment le Catual de le laisser partir dès ce jour même pour faire apporter dans Calicut les marchandises de sa flotte, ajoutant que telle est la volonté de l'Empereur, et qu'on ne peut retarder l'exécution de ses ordres sans déroger au respect qui lui est dû. Cette sage remontrance ne gagne rien sur l'esprit du Catual : il persiste à retenir Gaina, roulant continuel-
lemenl dans sa tête divers projets de trahison pour livrer les Portugais à la rigueur du fer homicide i u pour brûler leurs navires afin qu'aucun ne retourne
sur les rives du Tage. C'est là l'unique désir des Maures, parce qu'ils voudraient que les rois de Lusus ignorassent à jamais la roules des Indes.
Enfin, (lama ne peut repartir; ses plaintes et ses
cris sont inutiles. L'idolâtre lui conseille de Paire approcher sa flotte, disant qu'elle est trop éloignée, que le débarquement des marchandises sera plus commode quand les vaisseaux seront entrés dans le port; que', d'ailleurs, il ne con\ ienl qu'à des corsaires de se tenir ainsi au large, que celte défiance est de mauvais augure et n'appartient pas à ceux qui viennent en amis.
Le capitaine no se laisse point éblouir par cet artifice, devinant bien que les Malabarais ne souhaitaienl voir approcher les vaisseaux que pour y porter la flamme et le feu et les détruire entièrement. Dans cette cruelle conjoncture il ne s'abandonne point à de vaines terreurs; ses inquiétudes ne décèlent pas la faiblesse, son trouble n'est qu'un effet de sa prudence, qui prévoit toul et cherche un remède à tout. Il passe rapidement d'une résolution à l'autre; mille pensées diverses l'occupent el l'agitent, son esprit à peine a se fixer. De même, si un enfanl oppose, en badinant, à la lumière du soleil un miroir de cristal
OU d'acier poli, ''H le reinuaiil salis cesse au gré de
son folâtre caprice, 1rs rayons, réfléchis avec viva-
cité, vont frapper tantôt une muraille, tantôt le toit d'une maison; plus prompts, plus soudains qu'un éclair, ils brillent à peine sur un objel qu'ils courent en illuminer un autre dont ils s'éloignent à l'instant pour se promener ailleurs sans s'arrêter nulle part. Telle était la situation du capitaine ; telle était l'incertitude où son àme flottait. Se rappelant qu'il avait ordonné à Coello de venir le prendre sur le rivage dans une barque, il lui envoie en secret le tidèle Monzayde pour l'avertir de ne point quitter sa flotte et de se tenir toujours en garde contre les trahisons des Calicutiens. Ainsi doivent agir ceux qui veulent s'illustrer dans l'art militaire ; leur prudence doit avoir des ailes, voler au remède avant que le mal soit arrivé, devancer les périls, éviter les stratagèmes et s'en garantir habilement. Un capitaine qui se laisse surprendre ne méritera jamais de solides éloges.
Le Catual s'obstine à retenir Gama prisonnier dans Calicut tant qu'il refusera de faire approcher ses vaisseaux; mais les menaces de ce barbare sont inutiles, Gama les méprise et, pénétré d'une généreuse colère, il s'apprête à affronter constamment à lui seul tout le poids de la méchanceté et de l'audace des Indiens, plutôt que d'exposer aumoindre danger laflotte de son roi. La nuit et la moitié du jour suivant s'écoulent ainsi. Enfin, il demande à revoir l'Empereur pour lui porter ses plaintes, mais les gardes qui l'environnent ne lui en laissent pas la liberté. L'injuste Catual n'était pas sans inquiétude sur les conséquences de sa per-
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fidie; il craignail qu'elle fui châtiée si le Samorin en avait jamais connaissance. Pour éviter cette disgrâce il s'avisa d'une nouvelle ruse et dit au capitaine que s'il ue voulail pas faire aborder ses navires, il devait au moins faire débarquer les marchandises, qu'on échangerait, ainsi que l'Empereur l'avait ordonné ; il ajoutait que s'il repoussait une pareille proposition qui ne tendail qu'à fonder le commerce entre les deux peuples, c'étail lever l'étendard de la guerre.
Crama -avait bien qu'on le trompai! encore, mais il consent à accepter la proposition du Catual, parce qu'il voit que c'esl pour lui l'unique moyen de recouvrer la liberté. Cependant, il ne veul pas exposer ses canots à la fureur d'une populace aveugle el cruelle; il (•(inclut l'accord en stipulanl que les marchandises seront amenées par des barques indiennes. Le pacte est exécuté : les bateaux partent avec nue lettre du capitaine qui mande à sua frère l'étal <>ù il >•' trouve, et commande d'envoyer des marchandises ijiii seront sa rançon.
Bientôl les marchandises arrivent à terre. Le Catual les reçoil avec une joie qui trahit les lâches desseins où il secomplaît. Alvarez et Diego, deux braves Portugais, demeurent dans Calicul pour présider au commerce, ii condition toutefois que le commerce puisse s'établir dan- un pays ou la fraude et l'avarice corrompent les cœurs el fonl taire les lois.
\ la vue des richesses qu'il rêve d<- confisquer, l'infâme Catual rend la Liberté à Gama et le héros
retourne sur sa flotte, quels que soient ses regrets de laisser deux do ses compagnons dans une ville où tout parait à craindre pour eux. Mais la prudence ne lui permet pas de partager le péril extrême dont ceux-ci sont menaces ; il doit conserver ses jours pour les autres qui sont plus nombreux.
Ainsi prit fin l'injuste détention du capitaine. Le magistrat indien qui, dans cette conjoncture, avait méprisé son honneur et la volonté de son empereur, ne fut sensible qu'aux attraits du gain. Honteuse et sacrilège soif des richesses, quelle est donc ta puissance sur les cœurs des mortels ! Tu les obliges à tout faire, les plus grands crimes ne leur coûtent rien dès qu'il s'agit de t'assouvir! Pour toi, le tyran de la Thrace viola les droits les plus sacrés de l'hospitalité par le meurtre du jeune Polydore; pour toi la malheureuse Tarpéia livra le Capitole aux Sabins ! Il n'est pas de difficultés dont l'or ne vienne à bout : une pluie de ce brillant métal pénètre dans la tour de Danaé; toutes les précautions d'Acrisius deviennent inutiles; les murs d'airain s'amollissent et ses soldats, autrefois plus vigilants que le dragon des Hespérides, se laissent endormir; l'or subjugue les forteresses qui résisteraient à la valeur de Mars ; il rend les amis infidèles, 1rs généraux parjures et les nobles capables de lâcheté ; l'or fait oublier aux Vestales le soin de leur gloire et l'amour de la vertu; l'or met le bandeau de l'erreur sur los yeux des savants; il institue les lois, il les interprète et los abroge, il couvre le mensonge
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du sceau de la vérité, il règle par sou poids la balance deThémis; il métamorphose par ses dangereux enchantements les princes légitimes en tyrans détestables; en un mot, tout l'univers fléchi! sous son empire et tous, jusqu'aux ministres des autels, brûlent de l'encens aux pieds de celte idole.