I»2 II - LUSIADES
nels, propose la paix au capitaine. Comme gage de Cette trompeuse réconciliation, il lui envoie le pilote qu'il lui a promis, présent dangereux qui ne tend qu'à livrer les Portugais aux horreurs de la mort.
Gama, qui voil le temps serein e1 les vents favorables pour reprendre sa roule vers les Indes, reçoit le pilote avec plaisir, accorde la paix au gouverneur et l'ail lever l'ancre. La flotte vole, légère, sur le territoire d'Amphitrite ; les aimables Qlles «lu vieux Nérée l'accompagnent, fidèle el gracieux cortège qui veille à la sûreté des Portugais. Le capitaine, sans soupçonner les noires trahisons que le Mann' médite en son cœur, s'entretient pacifiquemenl avec lui et s'informe de plusieurs particularités qui concernent son voyage. Cet homme qui, suivant l'inspiration de Bacchus, prépare aux Lusitains la mort ou la servitude, les amuse par des discours trompeurs sur les heureux climats où tendenl leurs désirs. Il leur dit, en outre, avec cette duplicité donl Sinon ' se servit pour perdre les Troyens, que, près de là, s'élève une lie habitée par un peuple qui adore le dieu du Portugal. Gama, pénétré d'une pieuse allégresse, le prie d'y conduire ses vaisseaux et lui donne d'avance une récompense généreuse. Cette lie, que le Maure annonce comme un séjour converti au culte de la plus sainte religion, s'appelle Quiloa : sa puissance el ses
1 On >ail que ce Grec, ami d'Ulysse, persuada aux Troyens de faire entrer dans leurs murs un immense cheval de bois où étaient cachés les meilleurs sueirî rs de l'armée ennemie.
forces surpassent infiniment celles de Mozambique; niais au lieu d'un temple de la vérité, c'est un infâme repaire des erreurs de Mahomet.
On tourne la proue vers ce rivage dangereux, niais la déesse de Cythère, voyant que la flotte s'écarte de sa route pour se précipiter dans un péril si redoutable, s'oppose à ce malheur. Elle ne veut pas que sanation chérie soit la victime d'une si noire méchanceté : elle suscite des vents contraires aux désirs du pilote et dont le souffle éloigne les Portugais du sentier de la mort. Le traître ne se déconcerte pas et accumule perfidie sur perfidie. S'obstinant dans son funeste dessein, il assure que si les courants des mers et les frères de Borée ne permettent pas d'aborder où le souhaite le capitaine, on peut du moins faire relâche sur la côte d'une autre île voisine, peuplée moitié de Maures, moitié d'habitants qui suivent la même loi que les Portugais. Ces mensonges flattent leur crédulité. On s'approche, on se prépare à jeter l'ancre ; mais la déesse qui les protège empêche 1rs vaisseaux d'entrer dans le port. L'onde, soulevée par une main invisible, les repousse constamment et ils sont contraints de rester en rade.
Cette île, nommée Monbaze, n'est séparée de la terre ferme que par un canal très étroit. Près du rivage s'élève une ville du même nom, solidement bâtie et dont l'orgueilleuse structure la fait découvrir de loin. Tout ce pays était alors sous la domination d'un roi (pie sa vieillesse seule faisait respecter. Tandis que le
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capitaine s'abandonne à une joyeuse confiance, plusieurs barques légères se détachent de la côte : on vient le complimenter de la pari du roi qui connaît déjà les Portugais par les secrets a\is de Hacchus ; l'abord des Monbazins paraît riant et favorable, mais ces fleurs séduisantes couvrenl un poison dangereux. Ainsi les périls renaissenl --ans cesse, se succédant comme les vagues de Neptune. 0 faiblesse de l'homme! ô carrière de ses jours perpétuellement entravée par les caprices du sort! Sur l'Océan, les flots rebelles lui déclarent la guerre; la foudre, les vents, les tempêtes offrenl à ses yeux épouvantés l'éternelle image de la mort. Sur terre, il voit sa propre espèce armée contre lui; malheureux jouet de ses pas-dons, tyrannisé par ses frères, livré àl'indigence, aux infirmités, aux embûches, où trouverat-il du repos? Quel sera le refuge de ce misérable insecte, si le ciel el toute la nature conspirent sa ruine ?