CHANT III
Dis-moi maintenant, belle Calliope, tous les récits qui furenl faits au roi do Mélinde par l'illustre Gaina; verse en moi ta flamme, carje suis toD zélé sectateur, el prête à ma bouche l'harmonie et les accents de ta voix immortelle. Et puisse Apollon se reporter avec joie au souvenir du divin Orphée, aé de vos amours, pour oublier à jamais, grâce à tes charmes, Daphné, Clytie el Leucothoé. Comble mes vœux, gracieuse aymphe, abandonnant avec lui les cimes du Pinde pour l'onde sacrée du Tage et, sans craindre un rival pour ton fil-, abreuve-moi à longs irait- des eaux de l'Aganippe et accorde ma lyre pour chanter 1rs enfants de l.usus.
Dan- un profond silence l'assemblée attendait- la parolf de Gaina, qui, se recueillant un instant, s'exprima ainsi :
Vous m'avez ordonné, grand roi, de vous racon-
ter l'origine de ma nation et ses exploits guerriers. C'est une tâche bien difficile, je le crains, et je puis me demander si l'on ne m'accusera pas d'orgueil quand je célébrerai ma patrie et le peuple dont la gloire rejaillit sur moi-même. Il me faut pourtant obéir, et j'atteste l'astre qui nous éclaire que je ne dirai rien contre la vérité. 11 me faut décrire tout d'abord les principaux climats de la partie du monde que nous habitons, puis je dirai les guerres que nous avons soutenues.
« Entre la zone glaciale et le Tropique s'élève la superbe Europe: le vaste Océan l'arrose tant du côté de l'Ourse boréale que du côté où se couche le soleil. Au midi la mer Méditerranée lui paye le tribut de ses flots; vers l'Orient elle a pour limites les rivages fameux où la vengeance des Grecs ne laissa que la place d'Ilion ; là même elle rejoint les contins de l'Asie dont elle n'est séparée que par le fleuve Tanaïs, qui descend des monts Riphéens vers le Palus Méotide. Telle est l'Europe : au nord se dressent de hautes montagnes où le farouche Éole et les mortels Aquilons ont établi leur empire : dans ce climat, si faible est la puissance du flambeau des deux que la mer y est gelée et la terre incessamment recouverte par les neiges. Là vivent, innombrables, les Scythes . vieille nation qui jadis disputa le droit d'aînesse aux peuples que le Nil abreuve de ses Huis bienfaisants : on y trouve aujourd'hui les froides cavernes des Lapon»-, l'inculte Norvège et l'île de Scandinavie, fière
(.tll LES LUS1 VDES
djBS lauriers que ses fils onl cueillis dans les plaines d'Italie. Ces vastes contrées sont arrosées par nu bras de l'océan Sarmatique, <>ù l'on \"ii naviguer le Prussien, le Suédois et le Danois, lorsque la rigueur de l'hiver ne dompte plus les Unis.
& Entre cette mer et le Tanaïs vivent plusieurs nations étranges, Russes, Moscovites, Livoniens, qui descendent des Sarmates; les Marcomans , qui habitent la forêt d'Hercynie et sont soumis ausceptre de Pologne; les Saxons, les Pannoniens, le peuple de Bohême et cent autres, qui boivenl les eaux de l'Ami s!', de l'Elbe et du Danube, tous sujets de l'empire d'Allemagne. Entre le Danube et le détroit fameux où Hellé laissa son nom e1 sa vie s'étendenl 1rs plaines de Thrace, chères jadis au redoutable Mars, à présent soumises à la fierté ottomane, qui captive sons sa loi les orgueilleux sommets de l'Hémus el «In Rhodope, e les remparts de Byzance. Vient ensuite la Macédoine, d'où l'on pénètre dans les fertiles régions de la Grèce, si fortunées jadis, où l'éloquence et la grandeur d'âme étaient un don de naissance qui se révélait drs le berceau, où la gloire des armes unie à celles* des Muses formait ces héros dont le nom est impérissable.
\|>r is la Grèce on trouve les vastes plaines de Dalmatie, et dans le golfe du perfide Anténor, la superbe Venise, au milieu des eaux : Venise, qui de l'obscurité de son origine s'esl élevée au plus haul degré de splendeur que son ambition pûl espérer. Là s'élève et
s'avance vers les flots l'invincible Italie, mère illustre d'une nation valeureuse qui fittr'emblerle monde entier
par ses exploits : d'un côté Neptune l'enviroi t. dé
l'autre, une redoutable chaîne de montagnes lui serl de rempart naturel. Elleestcoupée dans toute sa longueur par le fier Apennin, dont le front sourcilleux s'est courbé devant la vaillance de nos pères. Autrefois, ce territoire domina tous les autres par les armes : c'esl à Rome, aujourd'hui, que règne le ministre de Celui dont le royaume n'est pas de ce monde.
« Des frontières de l'Italie on passe dans les Gaules, qui furent le théâtre des plus grands triomphes de César. Là les eaux de la Seine, du Rhône, de la Garonne et du Rhin enrichissent un des plus beaux royaumes qu'éclaire le soleil ; il est borné par des montagnes où fut ensevelie l'aimable Pyrène et d'où, si l'antiquité ne nous trompe pas. un embrasement merveilleux fit ruisseler jadis des torrents d'or et d'argent. Au delà de ces monts, on découvre les immenses provinces de l'Espagne, qui est comme la tète de l'Europe. Sa gloire, affermie par la valeur de ses enfants, a toujours dédaigné les caprices de la fortune et les entreprises de mille nations inquiètes, qui ne la virent qu'avec des yeux jaloux. Elle réunit divers peuples qui sont sa force et sa noblesse : l'Aragonais, fameux par la conquête de Parthénope; le- Navarrais et les petits-fils d'Astur, si redoutés du Croissant ottoman; le Galicien, fécond en stratagèmes ; l'indomptable Castillan, les guerriers de Léon et de