Mais comment échapper^ etc
Camoens vient de lancer un terrible anathème contre la passion de l'amour. Mais lui-même a éprouvé, dans toute son ivresse, celte passion dangereuse; l'amour a décidé autrefois du destin de sa vie. 11 s'en souvient tout à coup, et, par un retour d'indulgence, il jette quelque intérêt sur la faiidesse de Don Fernand.
« Après une nuit orageuse où le bruit des vagues se mè- « lait au bruit des vents, l'asire du matin ramène la séré- « nité dans les airs, et la paix sur les flots. Le navigateur se « rassure ; le ciel s'apaise et sourit à la terre : tel s'éclaircit « enfin l'horizon de laLusitanie.
« Fernand n'était plus *. Les rênes de l'État flottaient « dans les mains de la faible Leonor. Pour elle, pour d'a- « vides courtisans, la patrie épuisait ses trésors ; mais elle « appelait un vengeur. Il parut : Don Jean fut porté sur le (( trône. Fruit d'un amour que n'avait point avoué l'hymé-. « née ^, il devait le jour à Don Pèdre. Il en fut proclamé « riiéritiei;.
(( Son élévation s'annonça par un prodige. Du berceau (( d'un enfant nouveau-né sortit une voix miraculeuse. (( Evora l'entendit. L'enfant, dans un élan prophétique^ le « corps tendu , les mains levées vers le ciel , s'écria : Por- « tugal ! Portugal ! Gloire à Don Jean, ton libérateur et « ton roi !
« La haine, si longtemps concentrée dans tous les cœurs « éclate de toutes parts. Le peuple se soulève. Il frappe, « il égorge les parents, les amis de Leonor et de l'insolent (( favori qui règne sous son nom. Tant qu'a vécu Fernand. (( Leonor a couvert d'un voile sa passion pour Andeiro, « Veuve et régente, elle s'abandonne à lui sans pudeur et « sans frein.
« Le ^tyran est fi-appé aux yeux de son amante. Sa mort
« est le signal d'un nouveau carnage. La fureur populaire « s'accroît et s'étend comme un vaste incendie ; elle « atteint jusqu'aux ministres des autels : l'un est précipité « du haut d'une tour, comme autrefois le jeune Astyanax; « l'autre est immolé dans le sanctuaire. Leurs cadavres nus, <( traînés dans la fange, épouvantent les rues de Lisbonne.
« Les crimes de cette époque feraient oublier les cruau- « tés de Marins; Rome fut souillée de moins d'horreurs « alors que Sylla rentra dans ses murs et vengea le sang « par le sang. Saisie d'effroi, déplorant ses injures et le « meurtre de son amant, Leonor appelle à grands cris la « Castille^ et proclame Béatrix l'unique héritière de la cou- (( ronne de Portugal.
« Béatrix, qu'un nœud sacré unit au monarque espagnol, « Béatrix est fille de Leonor et de Fernand ; mais sa nais- « sance est douteuse, et l'opinion des peuples la flétrit. Pour « soutenir les droits et venger l'honneur de sa reine, la Cas- « tille agite l'étendard de Mars, et de toutes les parties de « l'empire appelle ses nombreux guerriers.
(( Des campagnes de Burgos ^ arrivent les vieux Castillans. « Ils marchèrent autrefois sous les drapeaux du Cid. L'intré- « pide laboureur des plaines de Léon accourt sur leurs pas. « D'une main accoutumée à tracer des sillons, il a repris ce « fer si redouté des infidèles.
« Des murs de Séville s'avancent les Andalous, héritiers « de la valeur de leurs pères. Ils ( nt abandonné pour les « champs de Bellone les plaines fertiles que baigne le Gua- « dalquivir aux ondes limpides. On voit paraître à leur « suite les nobles insulaires que Cadix, la fille de Tyr, a (( nourris. Ils portent sur leurs enseignes les colonnes « d'Hercule.
« D'autres guerriers sont sertis des remparts de Tolède ; « de Tolède, orgueil de la Castille et séjour des rois. Elle est « embellie par le Tage, qui, des vallées de Conca *, vient « baigner ses murs et fertiliser ses campagnes. Vous aussi,
(( Galiciens farouches, vous allez affronter encore un ennemi (( dont vous avez tant de fois éprouvé la valeur.
« L'infatigable Biscayen répond au signal des combats. « Ses mœurs sont rudes, son langage est grossier ; son âme <( est altière : jamais il n'endura la servitude ni l'injure. La « terre de Guipuscoa et les Asturies ont arraché le fer de (( leurs entrailles pour en armer les valeureux champions- « de la cause de Béatrix ^.
« Cette ligue formidable n'a point effrayé le monarque « portugais. Il n'est fort que de son courage, mais son cou- .(( rage est pour lui la chevelure de Samson. Il rassemble « dans Coïmbre l'élite de la nation. Ses vues sont arrêtées ; « ses résolutions, invariables : mais il veut interroger les (( organes du peuple et des grands, observer les opinions di- « verses, et rallier tous les vœux.
« L'assemblée ne manquait pas d'orateurs dont la perfide « éloquence colorait de spécieux motifs une coupable lâ- « cheté. La crainte a glacé leur courage. Infidèles à l'hon- (( neur, ils vont renier leur roi, leur patrie, et comme Pierre, (( s'il le faut, ils renieront leur Dieu.
« Nuno Alvares se lève. La frayeur qui s'est communi- « quée au cœur de ses frères ^ n'a point pénétré dans le « sien. Indigné de leur faiblesse, la main sur son épée et « bravant la terre, la mer et le monde entier, il gour- (( mande avec rudesse les volontés flottantes et les perfides « incertitudes. '
« Quoi donc, s'écrie-t-il, des Portugais refuseront leurs « bras à la patrie ! Quoi ! du sein de cette patrie si rcnom- (( mée dans les batailles, il sera sorti des enfants assez lâches <( pour l'abandonner au moment du péril, pour démentir la « fidélité, le dévouement, les vertus guerrières des Portu- « gais, pour consentira l'asservissement de leur pays !
« Eh quoi! n'étes-vous plus les descendants de ces guer- « riers qui, sous la bannière du fils de Henri, surent triom- « plier de ces fiers Castillans "^^ enlever tant de drapeaux.
« enfoncer tant de bataillons, et ramener, avec d'immenses « dépouilles, leurs commandants chargés de fers ?
« Les dernières victoires de Denis et d'Alphonse sont-elles « si loin de nous, que vous en ayez déjà perdu le souvenir? « Cet ennemi dont le seul aspect vous épouvante et vous « glace, n'est-il pas le même que battaient vos aïeux? Ah! si « la mollesse de Fernand endormit votre valeur, réveillez- « vous sous un roi plein de courage. Il ne faut qu'un roi « pour changer un peuple.
« Et ce roi vous l'avez ; il est votre ouvrage. Montrez un « cœur aussi ii^rand que le sien, et vous ser.ez invincibles, et (« vous verrez fuir encore devant vous l'ennemi qui fuyait « devant vos pores. Mais si ma voix ne peut vous émouvoir, « si la terreur vous enchaîne, restez : j'irai moi seul, j'irai (( combattre l'étranger.
« Moi seul avec mes vaisseaux et cette épée (son arme à (( demi nue étincela dans sa main), je défendrai d'une injuste (( agression notre commune indépendante. Je soutiendrai <( l'honneur du nom portugais, je vengerai le prince et la « patrie, je saurai vaincre enfin l'ennemi qui se présente et « quiconque trahirait la cause de mon roi. »
« Tel, dans les murs de Canusium ^, se montra le jeune « Scipion au milieu des soldats romains échappés au vaince queur de Cannes. Ils allaient cédera la fortune d'Annibab « quand Scipion releva leur courage et les fit jurer sur son « épée de ne quitter les armes qu'avec la vie.
« Tel Alvares a lanimé dans tous les cœurs l'amour de la « liberté et l'ardeur des combats. Les guerriers s'élancent « sur leurs coursiers ; ils brandissent leurs javelots, et cou- « rent en criant d'une voix triomphante : Vive Don Jean! « Vive le libérateur du Portugal!
(( A cette clameur guerrière, la patrie a tressailli d'espé- « rance et de joie. On s'agite, on s'empresse, on repolit les « armes que la rouille a noircies dans les loisirs de la paix. (' J es casques sont préparés j les cuirasses, éprouvées. Cha-
1í8 LES LUSIAPES.
i< cun prend l'armure convenable à son rang. Les preux ont « revêtu l'habit de guerre : il est orné de mille devises, em- « blêmes de leurs amours.
(( Abrantòs voit accourir cette brillante milice : Abrantes, « où le dieu du Tage épanche à grands flots ses liquides tré- « sors. L'avant-garde est guidée par un héros qui méritait « de conduire les formidables armées dont Xerxès couvrit « jadis l'Hellespont, par Nuno Alvares, le fléau de la Cas- « tille ^ comme Attila le fut autrefois de la Gaule et de ^( ritabe.
« L'aile droite est sous les ordres de Vasconcellos. Con- « sommé dans l'art de la guerre, chéri du soldat, il saura le « conduire à la victoire. L'aile gauche obéit à Vasquez « d'Almada : le titre de comte d'Avranches sera le prix de « sa valeur. A l'arrière-garde se déploie l'étendard royal « avec ses tours et ses cinq écussons. Il précède le roi Jean, « dont les exploits seront enviés du dieu Mars.
M Sur les remparts d 'Abrantes se montraient, agitées de « crainte et d'espoir, les mòreSj,.les sœurs, les épouses, les « amantes, levant les mains vers le ciel et s'engageant aux « jeûnes et aux pèlerinages pour le succès des guerriers. « Mais déjà l'armée portugaise a paru dans les plaines d'Al- « jubarota ; les cohortes ennemies poussent un cri formia dable. De part et d'autre on attend avec anxiété le sort de « la bataille.
« Les trompettes^ les fifres, les tambours se répondent (( d'une armée à l'autre. Les bannières aux mille couleurs « flottent dans les airs. C'était l'ardente saison où les granges « du laboureur se remplissent des trésors de Cérès, où la « brillante liqueur de Bacchus inonde et rougit nos pres- (( soirs; le soleil entrait dans le signe d'Astrée.
{( La trompette castillane donne le signal et porte au loin « l'épouvante et l'horreur. Les sommets de l'Artabre^ l'en- « tendirent; la Guadiana, le Douro, la terre Transtagane en « furent émus; le Tage hésita dans son cours vers l'Océan;
CHANT QUATRIEME. li'J
« et les mères alarmées pressèrent leurs enfants contre leur « sein *^
« Les guerriers ont pâli : le sang qui les anime a reflué « vers le cœur. Lorsqu'un grand péril vient à nous, son as- « pect nous effraie; présent, nous le bravons. Ainsi, dans « la chaleur du combat, le danger, si terrible d'abord, dis- « paraît aux yeux du guerrier; l'amour de la gloire est plus « fort que l'amour de la vie.
M La bataille commence **; les deux avant-gardes s'ébran- « lent à la fois. D'un côté, l'ambition des conquêtes^ de « l'autre, l'ardeur de. la défense, animent les combattants. « Alvares s'avance, semblable au dieu Mars. Il fond sur les « Castillans, les renverse^, et couvre de leurs cadavres cette « terre sacrée qu'ils venaient usurper.
« Les flèches, les javelots sifflent dans les airs; le ciel en « est obscurci. La terre tremble et retentit sous les pas des « coursiers; les lances se croisent et se brisent; le choc fré- « quent des armures imite le bruit sourd du tonnerre. Tous « les efforts des Castillans se portent sur l'invincible Nuno ; « leurs rangs, sans cesse éclaircis par son bras, se rênou- « vellent sans cesse.
« Ses frères, ô honte ! ô rage impie qui signala les san- « glantes querelles de César et de Pompée ! ses frères marie chent contre lui. Le héros ne s'en étonne pas. Quand on « a trahi sa patrie et son roi, on peut bien égorger son frère. « De vils transfuges se pressent autour d'eux, et sa dispu- « lent le honteux honneur de porter les premiers cou.ps à « la patrie."
« 0 Sertorius, ô Coriolan, et toi Catilina, et vous tous qui^ (( d'une main sacrilège, avez déchiré le sein maternel! si, « dans les gouffres du Ténare, vous subissez le châtiment « qui vous est dû, dites au dieu des enfers que parmi les « Portugais il s'est aussi trouvé des traîtres.
« Les ennemis.se succèdent comme des flots, et de leur « poids écrasent nos premiers rangs. Alvares frémit. Tel,
« cerné par les chasseurs dont les coursiers ont franchi les (( plaines de Tétuan, le lion de Ceuta s'arrête à l'aspect des « lances menaçantes. D'un regard farouche il mesure l'en- « nemi. Trop fier pour fuir, trop courageux pour se rendre, « inquiet peut-être, mais non pas effrayé, il bondit tout à « coup et se jette sur le rempart de fer dont il est environné. « Tel s'élance Alvaròs. La mort se multiplie sous ses coups ; (( mais, accablé par le nombre, il Yoit périr à ses côtés ses (( plus intrépides compagnons i\
« Cependant le monarque portugais parcourait la plaine, « entrait dans tous les rangs, et du geste et de la voix échauf- « fait l'ardeur du soldat. Il a vu le danger d'Alvarès. La « lionne devenue mère est moins terrible en sa férocité lors- « qu'au retour de la chasse elle appelle en vain ses lion- « ceaux, enlevés de leur repaire par le pûtre de Massylie.
« Furieuse, elle court et fait retentir de ses rugissements « les sept montagnes du Dahra i^ Tel s'irrite le héros ; tel il « vole, en frémissant, au secours de l'avant-garde. Une troupe « d'élite l'accompagne. Braves compagnons! dit-il aux guérie riers d'Alvarès, chevaliers invincibles, défendez la patrie ; (( son indépendance est au bout de vos épées.
« Voici votre roi : bravez, comme lui, les javelots et les « traits. N'êtes-vous plus mes frères d'armes? n'êtes-vous « plus les Portugais? Il dit, et brandissant quatre fois sa « lancC;, il la darde avec force, et d'un seul coup arrache le « dernier soupir à plus d'un Castillan.
« L'intrépidité du monarque a passé dans l'ame de ses « guerriers. Une noble honte les ramène au combat; tous (( rivalisent de courage et d'audace. Leur glaive étincelle ; « il brise, il déchire les plus fortes armures. Immolés à leur « tour, ils meurent avec joie sous les yeux du héros qui les « guide.
(( Ivre de vengeance et de fureur, le terrible Don Jean « éclate comme la foudre ; il peuple en un instant les ri- « vages du Styx. Là, périssent le grand-maître de Compôs-
« telle faisant des prodiges de valeur, et celui de Calalrava (( tout fumant de carnage, et les frères d' Alvares qui mau- « dissent, en expirant, le ciel et leurs destins **.
« Des guerriers vulgaires^ de nobles guerriers descendent « péle-niêle aux abîmes où, de ses trois gueules aiTamécs, « l'affreux Cerbère épouvante les ombres. Un dernier af- (( front manquait aux Castillans. L'étendard de leur roi roule <( enfin renversé devant l'étendard de la Lusitanie.
« Le carnage redouble. Aux cris de fureur des combat- « tants, se mêlent les cris plaintifs des blessés. Le sang trempe « la terre, la verdure et les fleurs sont noyées dans des ruis- « seaux de pourpre *^ Roi de Castille î que sont devenus tes « vastes projets? Qu'as-tu fait de cette armée qui devait con- « quérir un royaume ?
« Elle fuit sanglante, mutilée ; la frayeur lui donne des « ailes. Trop heureux de sauver sa vie^ le monarque la suit^ « emportant au fond du, cœur la honte de sa défaite^ l'inutile « regret de tant de pertes, de tant d'or vainement prodigué, « de tant de richesses devenues la proie du vainqueur.
« Le désespoir des vaincus éclate en imprécations. Les (( uns maudissent l'inventeur de la guerre ; les autres, le « monarque ambitieux qui, dévoré de la soif des conquêtes, « expose tant d'infortunés aux tourments de l'autre vie, tant « d'épouses à la douleur du veuvage, tant de mères au cha- (( grin d'un éternel abandon.
(( Le vainqueur poussait des cris de joie. Pendant trois (' jours, des vœux, des offrandes , acquittèrent sa reconnais- « sance envers le Dieu qui venait de lui donner la victoire. « Mais les trophées d'Aljubarota n'ont fait qu'enflammer « Alvares. Avide de renommée, insatiable de gloire^ il court, « au delà du Tage, moissonner de nouveaux lauriers.
« La Fortune vole sur ses pas. Le regard est moins prompt, « la pensée moins rapide que ses succès. L'Andalous lui liei vre sa frontière et ses richesses; Séville et vingt autres
« cités abaissent devant lui leurs drapeaux. Tout cède en un « moment à la valeur portugaise.
« Les Castillans gémissaient sous le poids de leurs désas- « très, quand la paix vint leur sourire et consoler l'Ibérie. « Le ciel;, pour rapprocher les deux monarques, choisit la « main de deux illustres princesses, qui, de la cour d'Albion, « vinrent cimenter la paix par un double hyménée ^^.
« Le flambeau de la guerre est éteint; mais l'ardeur des (( combats vit encore dans le cœur du roi Jean. Tranquille « sur terre, il cherche au delà des flots de nouveaux enne- « mis à combattre. C'est le premier de nos rois qui, noble ({ champion du Christ, alla sur la rive africaine croiser la « lance avec les champions de Mahomet.
« Tels qu'une légion d'oiseaux navigateurs, mille vais- (( seaux fendent les plaines argentées d'Amphitrite, et diri- (( gent vers les colonnes d'Hercule leurs voiles arrondies par « les vents. Bientôt les hauteurs d'Abyla sont couvertes de « nos guerriers. Ceuta rejette de son sein les infidèles. Un ({ nouveau traître, un Julien *"^ tenterait en vain de leur ou- « vrir les portes de l'Hespérie : Ceuta les leur ferme à ja- « mais.
« Le règne de Jean fut glorieux, mais trop court. Le ciel « l'enviait à la Lusitanie ; il alla se réunir aux immortels, « laissant sur la terre une nombreuse postérité, des enfants (( dignes de lui, dignes de la patrie qu'ils devaient illustrer « encore.
(( Edouard monta sur le trône. Il connut le malheur et le « supporta noblement. Le Sort, dans son bizarre courroux, « se plaît à faire succéder la tristesse à la joie, les revers à (( la prospérité. Eh ! qui peut se flatter de fixer la roue de la (( Fortune? Elle emporte dans sa révolutinn et les peuples « et les rois.
« Quelque gloire du moins compensa les malheurs de <( l'État. Un frère d'Edouard, le pieux Ferdinand, paraît «tout à coup sur les rivages de la Mauritanie. Il menace
({ Tanger ; mais bientôt, enveloppé par les Maures, il tombe « entre leurs mains. Qu'il rende Ceula aiTx infidèles, et les « infidèles lui rendront la liberté. Apportez-moi des fers, « j'épond le prince magnanime ; et il livre à l'esclavage des « jours destinés aux grandeurs.
« Codrus cherchant la mort -au camp des Doriens, Régulus « reprenant ses fers à Carthage, Curtius se précipitant « dans un gouffre, les Décius mourant dans les combats, « tous ces héros ne servaient que leur patrie : Ferdinand « s'immole au salut de l'Hespérie entière.
« Un règne plus fortuné suivit le règne d'Edouard. Sous le « sceptre d'Alphonse, la Lusitanie releva son front humilié ; (( l'eiTroi rentra dans le cœur des Barbares. Heureux ce « prince, si l'ambition ne l'eût entraîné dans l'Ibérie î mais « si les campagnes de Toro furent témoins de ses revers, les « bords africains ne connurent que ses victoires.
« Rival d'Alcide, il sut joindre à ses lauriers les pommes « d'or des Hespérides. Les Maures n'ont point secoué le joug « que leur imposa la main d'Alphonse; il porte encore sur « le front les palmes qu'il moissonna sous les murs d'Alcaccr, « de Tanger et d'Arzilla.
« C'est en vain que l'Afrique entière était accourue au « secours de ces fières cités; leurs impénétrables remparts « tombèrent devant lui. Jamais les guerriers de la Lusitanie « n'avaient montré plus d'audace et d'intrépidité; jamais le « nom portugais n'avait brillé de plus d'éclat. Comment ces « jours de gloire se changèrent-ils en jours de deuil ?
« La Castille et l'Aragon florissaient sous un sceptre com- « mun. Alphonse a vu d'un œil jaloux la puissance de Fer- « dinand. Enivré par la victoire, il marche contre lui. L'Es- « pagnol appelle aux armes les différents peuples qui lui (( obéissent, depuis les rivages de Cadix jusqu'aux cimes des « Pyrénées.
« Le fils d'Alphonse rougirait d'être oisif quand son père (« va combattre. 11 s'élance sur ses traces, et court le soutenir
« au jour de la bataille. Les étendards des deux nations flot- « tent dans les plaines de Toro. Une lutte ardente s'engage. « La victoire, longtemps incertaine, abandonne les drapeaux « d'Alphonse et reste fidèle à son fils.
(( Le jeune héros ensanglante le triomphe des Castillans, « arrête leur impétuosité, soutient un jour entier leurs ef- « forts, et couvre l'honneur de son père. Tel, aux plaines de « Philippes, on vit Antoine victorieux sauver Octave vaincu, « dans cette grande journée où leurs armes réunies vengè- (( rent la mort de César.
« Lorsque Alphonse eut fermé les yeux à la lumière pour (( ne les rouvrir que dans les cieux , le sceptre passa dans les « mains de Jean second, le treizième de nos rois. Son règne « vit éclore une entreprise audacieuse, inouïe, et qui sem- « blait au-dessus d,es forces de l'homme. Le roi Jean résolut « de pénétrer jusqu'au berceau de l'Aurore, jusqu'à ces ré- « gions où j'aspire moi-même.
« Animés de son esprit, dépositaires de ses pensées, d'in- « trépides voyageurs traversent l'Espagne, la France et l'Ita- « lie ; ils s'embarquent au port deParthénope, de cette belle a et grande cité que les Destins ont fait passer sous tant de (( jougs différents pour la relever enfin sous le glorieux em- (( pire de l'Espagne.
« La mer de Sicile les porte rapidement vers les plages « sablonneuses de Rhodes. Bientôt ils parviennent aux ri- « vages qui furent témoins de la mort de Pompée. Us visi- « tent la nouvelle Memphis et les plaines que fécondent « les eaux du Nil, les campagnes désertes où gît Thèbes « aux cent portes, et- l'Ethiopie, qui garde encore la loi du (( Christ.
(( Ils franchissent les ondes sacrées qui s'ouvrirent jadis (( sous les pas d'un peuple aimé du ciel. Derrière eux « fuient les monts Nabalhéens, qui rappellent le nom d'un « fils d'Ismaël; les rivages que la mère d'Adonis*^ embau- (( ma de ses parfums, les champs de l'Arabie heureuse, et
« les deux autres Arables, avec leurs rochers et leurs brûlants « déserts.
« Ils entrent dans le golfe Persique^ qui conserve encore « le souvenir de la confuse Babel. C'est là que le Tigre et (( l'Euphrate, fiers d'une illustre origine ^^, réunissent leurs « ondes. Puis, se confiant à cette mer que ïrajan n'osa fran- « chir, ils s'avancent vers les bords de Flndus, bords fameux « qui fournirent un jour à l'histoire ses plus admirables <( récits 2^
« Déjà les peuples du Sind et du Kerman avaient offert à « leurs regards les mœurs, les usages variés qui distinguent « le monde oriental ; mais ce long et pénible voyage ne leur « promettait pas un retour facile. Ils moururent sur une « terre lointaine, les yeux tournés vers cette douce patrie « qu'ils appelaient en vain^^
« Heureux Emmanuel! c'est à ton génie, c'est à tes vertus « héroïques que le ciel réservait la découverte de l'Orient. « Héritier de la couronne et des grandes pensées du roi Jean, « Emmanuel se vit à peine sur le trône, qu'il projeta la con- « quête des mers.
« Ce glorieux dessein, si conforme à la noble ambition « de ses aïeux, le poursuivait jusque dans les bras du som- « meiP^ Une nuit... c'était l'heure où les étoiles s'effacent « aux approches de l'aurore, où l'air, .plus pur et rafraîchi « par l'absence des feux du jour, invite les mortels au « repos ^^
« Étendu sur sa couche dorée, dans ce calme profond où « l'esprit se dégage de l'obscurité des sens, le prince repassait « dans son âme ses royales obligations et ses devoirs hérédi- « taires. Le sommeil descendit sur ses yeux sans interrompre « le cours de ses pensées, et bientôt de prophétiques images « se déployèrent devant lui.
(( Sur l'aile d'un songe, il planait dans les cieux. Ses regards « plongeaient sur des mondes inconnus, sur de grands em- « pires encore ignorés. Non loin des lieux où naît l'Aurore,
« il voit jaillir d'une longue chaîne de monts deux sources « vives et facondes : elles semblaient, dans le lointain, se « rapprocher et s'unir.
« Des oiseaux farouches, de féroces quadrupèdes habitaient « seuls ces montagnes incultes; d'impénétrables forêts en (( écartaient les pas des humains. I/aspérité de ces lieux soli- « laires faisait assez connaître que, depuis le crime d'Adam, (( le pied de l'homme ne les avait jamais foulés.
« Emmanuel voit sortir du sein des eaux et s'acheminer « vers lui deux vieillards d'un aspect vénérable, mais un « peu sauvage; ils marchaient à grands pas. De l'extrémité « de l^urs cheveux l'eau coulait par torrents: leur corps en « était inondé. Ils avaient le teint basané, la barbe lim-o- (( neuse, longue et touffue.
« Leur tète était couronnée de rameaux étrangers, de « plantes inconnues à l'Europe. L'un d'eux paraissait plus « fatigué que l'autre. A l'oncle encore agitée qui tombait de « sa chevelure, on voyait qu'il était parti de plus loin que « son compagnon, et que, pour l'atteindre, il avait précipité « sa course. Tel, du sein de l'Arcadie, Alphée va chercher « aux plaines d'Ennales flots caressants d'Aréthuse.
« Un air d'autorité respirait sur son front. Il s'arrête, et « d'une voix majestueuse : 0 toi, s'écrie-t-il^ à qui le ciel a « destiné l'empire de l'Orient, ton règne est arrivé. Bientôt « nous courberons devant toi ce front* qui n'a jamais fléchi « sous le joug. Ordonne à tes guerriers de venir recevoir nos (( tributs.
« Je suis le Gange : mon berceau touche au ciel; il fut « celui du premier homme '^*. Ce vieillard qui m'accompagne ({ est l'Îndus, ïe roi des fleuves. Son trône est assis sur ces « monts sourcilleux que tu aperçois dans l'éloignement. « La conquête de nos rivages te coûtera de longs efforts, de « terribles combats; mais arme-toi de constance, et d'in- « croyables victoires te soumettront tous ces peuples qui sont (( devant tes veux.
« Il dit, et disparaît; Tlndus disparaît avec lui. Emmanuel « se réveille, et mille idées confuses se pressent dans son « esprit. Mais déjà la Nuit avait replié ses voiles; l'Aurore « semait de roses l'azur des cieux ; tout l'orient se couvrait « d'un manteau d'or et de pourpre.
« Le monarque rassemble ses fidèles conseillers ; il raconte « la vision céleste, il redit les paroles du vieillard. Tous « sont frappés de surprise et d'admiration. Le ciel a parlé l « s'écrient-ils dune voix unanime. Qu'une flotte aille porter « nos guerriers aux bords lointains où le ciel les appelle.
« L'espoir de guider un jour nos navigateurs à quelque « grande découverte avait plus d'un.e fois ^agité mon cœur. « Ce noble espoir, Emmanuel l'avait lu sur mon front. A « quel autre motif attribuerais-je le choix dont il honora mon « courage?
« Gama, me dit-il avec €et air de bonté qui double la « puissance des rois, le succès dans les grandes choses est le « piix du travail et de la fatigue; c'est en perdant glorieu- « sèment la vie que l'on s'immortalise. Inaccessible aux « lâches terreurs, le héros meurt avant le temps, mais sa « gloire lui survit.
(( Je t'ai choisi entre tous pour une expédition digne de <( toi : je t'ofTre des travaux^ des périls et de la gloire. Imi( posés par moi, ces travaux, j'en suis sûr, te paraîtront « légers. A ces mots,. je ne pus contenir mes transports ; Oui, (( je braverai pour vous le fer, le feu, les frimas et les glaces. « Pourquoi Gama n'a-t-il qu'une vie à sacrifier pour son « roi?
(( Imposez-moi des travaux tels qu'Eurysthée en inventa (( pour Alcide. Faut-il combattre le lion de Némée, les Harpies « immondes, le sanglier d'Érymanthe, l'hydre et toutes ses « fureurs? Faut-il descendre au noir Cocyte, au ténébreux • « empire de Pluton? 0 mon roi ! mettez mon dévouement à (( des épreuves plus terribles encore : me voilà prctà les « subir.
« Emmanuel applaudit à mon zèle et l'enflamme par des « éloges. La louange est l'aiguillon du courage, et, distri- « buée par le prince, elle enfante les héros. Mon frère, Paul « de Gama, veut partager ma glorieuse destinée. Le sang et « l'amitié nous unissent d'un double nœud.
« Un autre guerrier, l'intrépide Coelho, suit l'exemple de « Paul. Ils joignent tous deux la prudence à l'audace, l'ex- « périence à la valeur. D'habiles matelots s'élancent sur mes (( navires ; la même ardeur les entraîne, le môme enthou- « siasme les attache au succès de la grande entreprise.
« Par ses dons, par ses discours, Emmanuel les excite en- « core et les flatte. Les paroles du monarque se gravent proie fondement dans leur cœur; elles les soutiendront un jour « au milieu de leurs travaux et de leurs peines. Dans l'ar- « deur qui les presse, ils appellent la mer elles dangers. Tels « on vit autrefois les conquérants de la Toison d'Or monter « sur le navire fatidique ^^ qui^ le* premier, osa tenter les « hasards du Pont-Euxin.
« Déjà la flotte est réunie dans ce port célèbre où le Tage « vient mêler aux eaux d'Amphitrite son onde claire et ses « sables d'argent. Nulle pensée timide n'a ralenti l'ardeur de « mes compagnons. Les enfants de Mars, les enfants de Nep- (( tune sont prêts à me suivre au bout de l'univers.
« Les premiers couvrent la plage; leurs armes^, leurs couce leurs sont différentes, mais un même esprit les anime. Les (( autres sont sur la flotte, qui repose encore immobile, « abandonnant aux zéphyrs ses pavillons aériens. A l'aspect « de l'immense Océan, qui semble^ à l'extrémité de l'horizon, « se confondre avec les cieux, chacun de mes navires se croit « destiné à prendre place un jour à côté d'Argo^ parmi les « astres de l'Olympe.
. « Tout est prêt pour le départ, vaisseaux, matelots et « guerriers. Il ne nous reste plus qu'à préparer notre âme « aux périls d'un avenir incertain, à la mort toujours pré- « sente aux yeux du navigateur ^^ Nous adorons l'Être sou-
« verain dont l'aspect vénc^rable est l'aliment et la vie des « esprits qui l'environnent. Nous, le prions de nous porter, « sans orage, aux régions de l'Aurore, de bénir des armes « qui ne seront employées que pour sa gloire.
« Enfin, nous sortons du temple, de ce temple saint qui a <( pris le nom de Bethléem, berceau d'un Dieu 2"^. Il s'élève u sur le rivage;, et regarde cette mer à laquelle nous allons (( confier nos destinées... 0 roi ! pardonne un douloureux c( souvenir. Quand je reporte ma pensée vers ces bords que « je quittais avec tant d'émotion, j'ai peine encore à retenir « mes larmes.
« Nos parents, nos amis, un peuple immense accourait sur « le rivage : l'affliction se peignait dans tous les yeux. Et « nous, accompagnés de paisibles cénobites dont les pieux <( cantiques s'élevaient jusqu'au ciel, nous marchions lente- « ment vers nos vaisseaux.
« Le deuil général s'accroissait à chaque pas ; les femmes « versaient des pleurs, les hommes laissaient échapper de « profonds soupirs. Les sœurs, les épouses, les mères, en « proie aux alarmes d'une tendresse plus défiante, augmen- « taient encore la tristesse d'un départ qui semblait sans u retour.
(( La mère disait à son fils : Tu étais ma seule consolation, (( le seul appui de ma vieillesse ; elle finira dans la souffrance (( et dans les larmes. Tu fuis ta mère languissante et mal- « heureuse; tu l'abandonnes, ô mon fils! pour aller, dans c( un lointain naufrage, servir de pâture aux monstres de u l'Océan.
(( L'épouse éplorée, les cheveux épars, s'écriait : 0 mon « bien-aimé ! toi sans qui l'amour ne veut point que je vive,
tu vas livrer à la fureur des flots des jours qui ne sont « plus à toi !• Tu sacrifies à d'inquiets travaux nos douces « flammes, nos paisibles nœuds ! Vain souvenir d'un bonheur « qui n'est plus ! bientôt les vents emporteront dans tes voiles « et mon bonheur et tes serments.
u Tels étaient les tristes accents de la tendresse et de Tamour. « Les enfants, les vieillards, troupe faible et timide, suivaient (( la foule en pleurant. Les montagnes voisines répondaient « à leurs voix plaintives. Des tlots de larmes mouillaient le v( sable du rivage.
« Nous n'osions lever les yeux sur une mère, une épouse, « une famille désolée; chacun de nous craignait de s'atten- « drir, de chanceler à l'entrée de la carrière. Je me hâtai « d'interrompre des adieux si chers à l'amitié, mais si dou- « loureux aux cœurs qui se séparent. J'ordonnai l'embar- « quement.
« Cependant un vieillard était resté sur le rivage ^^ ; son « regard était triste; son maintien, grave et sévère. Mûri par (( l'âge, instruit par la sagesse, il paraissait avoir connu la « gloire; mais la gloire n'avait plus pour lui d'illusions. Trois (( fois, d'un air improbateur, il secoua sa tête vénérable; « l'œil fixé sur nous, il donna tout à coup un libre cours à « sa douleur. Nous l'entendîmes de nos vaisseaux.
« Ambition, disait-il, amour des conquêtes î désir trom- {( peur de ce vain bruit qu'on appelle renommée! passion fu- « neste ! à quels supplices tu livres les âmes que tu possèdes ! « que de peines, que de dangers tu leur apprêtes ! à quelles « mortelles épreuves tu les condamnes !
(( Tourment de la viC;, source d'égarements et de crimes, « brillante folie qui dévores les fortunes, les royaumes et les « empires ! on te nomme la passion des grands cœurs, et tu (( leur conseilles le meurtre et le ravage I Le vulgaire ébloui « te prend pour la gloire, et tu n'en es que le fantôme.
(( Dans quel gouffre de maux vas-tu plonger mon pays ! « Où mènes-tu ces téméraires navigateurs ? De quelle gran- « deur chimérique as-tu flatté leur espoir? Leur as-tu pro- « mis bien des royaumes? Leur as-tu montré d'avance les « mines d'or, les palmes, les lauriers qui les attendent, le « rang qu'ils tiendront dans l'histoire ?
« Misérables mortels ! tristes enfants de cet insensé qui,
« d'une patrie céleste, vous a précipités sur cette terre d'exil ; t( vous qui, du sein de ITige d'or, du sein de l'innocence et « de la paix, avez été lancés par son crime au milieu des « combats d'un siècle de fer :
« Si les combats ont tant de charmes à vos yeux, si vous « appelez bravoure et courage une brutale férocité^ si vous « attachez tant de gloire au mépris de l'existence, ce bien si « précieux, que l'auteur môme de la vie a tremblé devant la « mort ;
« iYavez-vous pas tout près de vous les enfants d'Ismaël ? La « guerre avec eux ne vous manquera jamais. Si vous ne <( combattez que pour le Christ, ne sont-ils' pas les enfants de (( Mahomet ? S'il vous faut des terres et des trésoxs, n'ont-ils « point de vastes domaines et d'opulentes cités? Si vous n'as- « pirez qu'à des victoires glorieuses, ne sont-ils pas beili- « queux et vaillants ?
« Vos ennemis sont à vos portes, et vous courez en « chercher d'autres aux régions lointaines : gouffre im- « menseoù s'engloutiront, chaque année, les débris disper- « sés de l'antique Lusilanie. Les prestiges de la gloire vous « dérobent la vue du péril, et, sourds à ma voix, vous n'en- (( tendez que le cri de la renommée qui vous proclame déjà (( les dominateurs de l'Inde, de l'Afrique, de la Perse et de « l'Arabie!
« Maudit soit le premier qui attacha la voile au chêne al- « lier descendu sur les flots ! il mérita les tourments de l'a- « bîme. Ah ! que jamais le génie créateur;, la lyre harmo- « nieuse ou la noble épopée ne célèbrent sa mémoire; que « son nom périsse avec lui !
« Le feu qu'une main téméraire osa ravir au céleste foyer « s'est répandu dans l'univers ; il l'embrase, il le consume^, il « tient partout allumés los flambeaux de la discorde et de la « guerre. Quel fut ton délire, ô Prométhée! et que de maux « tu nous aurais épargnés, si ton fatal larcin n'eût fait des- « cendre au cœur de l'homme le feu qui l'agite et le dévore !
« Phaëton n'eût pas entrepris de guider le char de son « père ; Icare n'eût point suivi dans les airs l'audacieux Dé- « dale : l'ardeur que tu versas dans leur sein prépara leur « infortune. L'Éridan, les flots icariens, 1 air, le feU;, la terre « et l'onde, tous les éléments, atiesteront l'audace et le mal- « heur des mortels. »
NOTES