XVIII VIE DE CAMOENS
ami Dom Antonio de Noronha, tué devant Ceuta avec son oncle Dom Pedro de Menezôs, le 18 avril 1553, dans une expédition mal concertée contre les Maures de Tétuan. Ce jeune ami de Camoens n'avait que dix-sept ans, comme on le peut lire sur le tombeau qu'on lui éleva dans le monastère de Silo Bento de Xabregas, où il repose avec quatre de ses frères, tués, deux en Afrique, et deux dans l'Inde. Camoens a déploré cette perte d'abord dans la belle églogue de Umbrano et Frondelio (la 'première du recueil), dans les douzième et deux-cent-vingt-neuvième sonnets^ et dans la canção dix-sept, si toutefois cette dernière pièce est bien de lui.
Dom Afonso de Noronha, qui avait pu juger de la bravoure de notre poëte dans la campagne contre le roi de Chembé, fut rappelé en Europe et remplacé par Dom Pedro Mascarenhas, qui prit le gouvernement de l'Inde en septembre 1554. A cette époque, Camoens écrivit à Lisbonne une- lettre S dont nous avons déjà cité quelques fragments, et dont nous allons extraire de plus longs passages , -qui donneront une idée des mœurs de Goa et jetteront un jour nouveau sur l'humeur à la fois enjouée et caustique de Camoens.
11 commence. par prémunir son correspondant contre les illusions qu'on était porté à se faire en Portugal sur les avantages du séjour de l'Inde. « 11 a éprouvé que là, comme à Lisbonne, on est sous l'empire de méchantes fées. » Il se félicite ironiquement « d'avoir échappé aux tracasseries et aux embûches qu'il rencontrait partout dans sa patrie, et s'estime heureux de s'être retiré dans un pays où il est plus respecté que les taureaux de Merceana, et plus tranquille que la cellule d'un moine prédicateur. » Les derniers biographes de Camoens, MM. Barreto Feio et Monteiro, ont eu l'étrange idée de prendre au sérieux cette amère plaisanterie, sur le sens de laquelle la suite de la lettre ne peut laisser le moindre doute : « La ville de Goa, dit-il, « est une excellente mère pour les méchantes gens; mais « elle est la marâtre des gens de bien : ceux qui viennent y
1 Première lettre écrite de l'Inde. — Nous ne pensons pas, avec M. John Adanison, que la seconde lettre soit de la même année.