VIE DE GAMOENS. XIX
« chercher de l'argent se soutiennent comme des vessies (Í sur l'eau ; les braves seuls sont réduits à sécher sur pied. » Après avoir cité pour preuve quelques noms propres, il ajoute : « Quant à Manoel Serrão^, qui, sicut et nos, cloche « d'un œil, il s'est assez bien conduit depuis son arrivée. « Je puis en parler, car j'ai été choisi pour arbitre de cer- (( taines paroles, sur lesquelles il a fait revenir un militaire « qui ne manque pas ici d'autorité. » Ce passage prouve que Camoens joignait à la bravoure du champ de bataille une susceptibilité d'honneur qui ne lui permettait pas, comme il le dit au môme endroit, « de refuser jamais certaines con- « versations auxquelles les lâches donnent un mauvais nom, « aimant mieux se venger avec la langue qu'avec le bras.» — (( Si vous voulez à présent, continue-t-il, quQ je vous parle des (( femmes, sachez que toutes les Portugaises que nous avons (( ici sont terriblement mûres. » Impertinence qu'il fait suivre d'un commentaire, encore plus soldatesque. « Et quant aux « femmes du pays, outre qu'elles sont de couleur bise, faites- (( moi la grâce de les courtiser à la manière de Pétrarque ou « de Boscan, et elles vous répondent dans un langage mêlé « d'ivraie qui s'arrête dans le gosier de l'intelligence et « jette de l'eau sur le brasier le plus ardent. Jugez ce que « doit éprouver un homme habitué à soutenir les agaceries « du petit minois rose et blanc d'une dame de Lisbonne, (( toujours prête à soupirer comme un pucarinho ^ qui « reçoit l'eau pour la première fois. En se voyant au mi- « lieu d'objets si peu capables d'inspirer de l'amour, com- « ment ne pleurerait-on pas sur ses souvenirs? Dites, pour « l'amour de moi, aux dames de votre connaissance, que, « si elles veulent monter en grade et voir leur entrée an- « noncée par des fanfares, il leur suffit de ne pas redouter « six mois de traversée un peu pénible. Nous irons tous « au-devant d'elles en procession et la bannière en tète. « Nos dames leur porteront les clefs de la ville, comme « leur âge les y oblige. Je vous envoie un sonnet sur la « mort de Dom Antonio de Noronha. Vous y verrez quel (( chagrin sa perte m'a causé. J'ai fait encore une églogue « sur ce sujet, et j'y ai inséré quelque chose sur la mort
1 Petit pot de terre qui crie la première fois qu'on y verse de l'eau.