Fruit d'un amour que n'avait point avoué l'hyménée, etc
ISous avons vu que Don Jean était fils naturel de Don Pèdre. H régna^, dit Camoens, aindaque bastardo. Le poëte avait d'abord cherché à justifier, par l'exemple des dieux, le défaut de la naissance de Don Jean :
Sempre forâo bastardos valerosos
Por letras, ou por armas, ou por tudo :
Foram-uo os mais dos deoses mentirosos.
Que celebrou o antigo povo rudo.
Mercúrio, e o douto Apollo sâo famosos
Por sciencia diversa, e loiigo estudo,
Outros sâo por armas soberanos; ^
Hercules, e Lyeo, ambos Tiiobanos.
« On a vu plus d'une fois les enfants de l'amour briller sur la « scène du monde. La Fable en avait peuplé l'Olympe. Mercure, dieu <i de l'éloquence ; Apollon, dieu de la lyre; Hercule, le dompteur de « monstres ; Bacchus, le vainqueur de l'Inde, n'étaient, comme Don « Jean, que d'illustres bâtards. »
Cette stance est tirée d'un manuscrit des Lusiades, heureusement découvert par Manuel de Faria. Camoens, avant de faire imprimer son poëme, sentit que la naissance de Don Jean ne devait pas être justifiée auprès du roi de Mélinde, qui n'avait pas probablement sur ce point de jurisprudence les mêmes idées que les peuples de l'Europe. Par là d'ailleurs, il détruisait beaucoup trop tôt l'illusion qu'il voulait produire à l'aide de l'ancienne mythologie. Il aura encore besoin de Bacchus dans le sixième idiant. Ce n'est qu'au dixième que, par la bouche de Téthys, il dira son secret aux lecteurs, et renversera lui-même les machines épiques dont il se sera servi pour amuser leur imagination. Nous avons cité à la dix septième note (lu premier chant, l'ingénieuse explicai ion donnée par Téthys, explication qu'avaient déjà préparée les quatre-vingt-dixième, quatre-vingt-onzième et quatre-vingt-douzième octaves du neuvième chant:
Que as Immortalidades que fingia
A antiguidade, que os illustres aniá,
Là no esteilante Olympo, a quem subia
Sobre as azas inclylas da fama;
Por obras valerosas que fazia.
Pelo trabalho immenso que se chama
Caminho da virtude, alto e fragoso,
Mas no fim doce, alegre, e deleitoso
Nâo eram senâo prémios, que reparte Por feitos immortaes, e soberanos, 0 mundo co' os barões, que esforço, e svle, Divinos os fizeram seudo humanos :
Que Jupiter, Mercúrio, Phebo, e Marte, Eueas, e Quirino, e os dous Thebanos, Ceres, Palias, e Juno, com Diana, Todos foram de fraca carne humana.
Mas a fama, trombeta de obras tais.
Lhes deo uo mundo nomes tâo estranhos, De deoses, semideoses immortais, Indigetes, Heróicos, e de Magnos.
Por isso, ò vòs que as famas estimais, Se quizcrdes no mundo ser tamanhos, Despertai jà do somuo do ócio ignavo, Que o animo de livre faz escravo.
« L'antiquité aimait à placer dans les deux les mortels dont la « voix des nations avait proclamé les bienfaits ou les exploits. Ils «• n'arrivaient à l'immortalité que par d'immenses travaux, par cette «•carrière de la vertu, si rude d'abord et si pénible, mais à la fin « si riante et si douce.
« En sortant de la vie, ils franchissaient le seuil de l'Olympe ; le « ciel s'ouvrait aux bienfaiteurs de la terre, Jupiter, Hercule, Phœ- « bus et Mars, Énée et Romulus, les deux Thébains, Cérès, Palias, « Diane etJunon, n'étaient que les enfants des hommes.
« Mais la trompette de la Renommée en a fait des dieux, des « demi-dieux, des dieux de la patrie, des génies protecteurs et des « héros. 0 vous donc qui aspirez à la gloire, voulez-vous être aussi « grands qu'ils l'ont été sur la terre ? Réveillez-vous au bruit de « leurs actions. Ils n'attendaient point dans un lâche repos les « honneurs de l'apothéose. »•
Le but moral du système poétique de l'auteur est tout entier dans ces trois octaves; et il. était difficile de l'exposer avec plus de noblesse et d'élégance. Plus on étudie Camoens, plus on admire la sagesse de son plan, la liaison de ses idées et la beauté de son imagination . Et n'oublions pas que les Lusiades ont précédé la Jérusalem délivrée.