La bataille commence
L'auteur a déjà peint deux batailles rangées, celle d'Ourique et celle de Tariffe. Il va décrire celle d'Aljubarota. Rien ne se ressemble comme ces chocs de grandes masses les unes contre les autres; et cependant Camoens varie avec tant d'art la peinture des trois batailles, qu'elles forment chacune un tableau tout à fait distinct.
La description de la bataille d'Ourique est empreinte d'une couleur religieuse qui convient parfaitement au résultat de cette bataille. On sait qu'elle a fondé la monarchie portugaise : la victoire et la religion devaient consacrer le nouveau roi.
La bataille de Tariffe est dessinée sur un plan plus large. 11 s'agissait du sort de la péninsule tout entière, attaquée à la fois par les Maures de Grenade et par les Maures d'Afrique. L'intérêt se partage, comme la bataille elle-même, entre les Portugais et les Castillans. Et remarquons avec quelle fidélité le poëte conserve aux deux peuples de la Péninsule le caractère qui les distingue. L'Espagnol s'avance à pas mesurés contre les guerriers de Maroc. Le Portugais se précipite sur l'armée de Grenade,larenverse en un moment, se rejointau Castillan, et décide la victoire.
A la bataille d'Aljubarota, les intérêts sont changés, l'alliance est rompue : c'est contre la Castille que le Portugal se défend ; il combat pour son indépendance et pour le roi qu'il s'est donné. Ce roi joue ici, et devait jouer en effet, le premier rôle. 11 s'agissait pour lui d'une couronne : il devait la conquérir lui-même.
C'est ainsi que l'auteur a su profiter habilement de toutes les circonstances de temps et de lieu, de toutes les nuances de caractère et d'intérêts qui pouvaient varier ses tableaux.