‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 121 sur 223 · Fiers d'une illustre origine^, etc · texte numérisé non relu

Fiers d'une illustre origine^, etc

Nous avons déjà fait remarquer que le Tigre et l'Euphrate avaient leur source dans le paradis terrestre.

20. Ils s'avancent vers les bords de l'Indus^, bords fameux qui fourniront un jour à l'histoire ses plus admirables récits.

Gama a le pressentiment des grandes choses que ses compatriotes exécuteront en Orient; il les voit, dans l'avenir, combattant sur les rivages de l'Indus, et la muse de l'histoire écrivant leurs triomphes. Le texte porte :

Dãlli Tão em demanda da agua pura Que causa Inda será de larga historia.

Le sens de ces deux vers n'était point douteux, et cependant La Harpe traduit ainsi: Les rivages de Vlndus^ dont on a raconte' tant de fables. Nous n'avons point fait remarquer jusqu'ici les^ombreux contre-sens que présente sa traduction ; mais la faute que nous venons de relever est plus qu'un contre-sens. Elle dénature l'original, et substitue une idée commune à une pensée grande et éminemment épique.

21. Les yeux tournés vers cette douce patrie qu'ils appelaient

en vain.

Ce passage rappelle la mort si touchante d'Antor, au dixième livre de l'Enéide (v. 781).

Sternitur infelix alieno vulnere, cœlumque Adspicit, et dulces moriens reminiscitur Argos. Il tombe atteint d'un trait qui ne le cherchait pas, Regarde encor le ciel, et, loin de sa patrie,* Songe à sa chère Argos, soupire et rend la vie.

Dblille.

22. Ce glorieux dessein, si conforme à la noble ambition de ses aïeux , le poursuivait jusque dans les bras du sommeil.

Le songe d'Emmanuel est peut-être le morceau le plus parfait des Lusiades; il est aussi beau de style que de pensée, et se lie admirablement au fond du sujet. L'expédition d'Orient, déjà si grande par elle-même, s'agrandit encore par la manière dont elle est annoncée. Le Gange et l'Indus viennent appeler Emmanuel à la conquête de leurs rivages. Ton règne est arrivé. Bientôt nous courberons devant toi ce front qui n'a jamais fléchi sous le joug^ etc. L'imagination du lecteur franchit les intervalles des temps et des lieux, et assiste d'avance aux grands événements dont la terre de l'Inde sera bientôt le théâtre.

23. C'était l'heure où les étoiles s'effacent aux approches de l'Aurore, où l'air, plus pur et rafraîchi par l'absence des feux du jour, invite les mortels au repos.

Imitation de Virgile :

Et jam nox húmida cœlo

Praecipitat, suadentque cadentia sidera somnos.

jEneid., lib. II, v. 8.

La nuit tombe ; et déjà les célestes (lambeaux, Penchant vers leur déclin, invitent au repos.

24. Je suis le Gange : mon berceau touche au ciel ; il fut celui du premier homme.

Quelques écrivains ont prétendu que le Gange prenait sa source dans le paradis terrestre, et qu'après avoir longtemps coulé sous terre, il en sortait au pied du mont Imaûs. Camoens paraît avoir adopté cette opinion. Il est toujours poëte avant d'être géographe, et la naissance merveilleuse du Gange convenait au rôle qu'il lui donne.

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