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Antoine fut moins fêté à la cour de Cléopâtre

Les festins de Cléopâtre, le luxe de sa cour, ont été célébrés par les historiens et par les poetes. Lucain décrit ainsi le repas qu'elle donna à César, après la bataille de Pharsale.

Infudere epulas auro : quod terra, quod aer,

Quod pelagus, Nilusque dédit, quod iuxus inani *

Ambitione furens toto quaesivit in orbe,

Non mandante famé : muitas volucresque ferasque

^Egypti posuere deos; raanibusque ministrai

Niliacas crystallus aquas, gemmœque capaces

Excepere merum, sed non Mareolidos uvae,

Nobile sed paucis senium cui contulit annis

Indomitum Meroe cogens spumare Falernura.

Accipiunt serias nardo florente coronas,

Et iiunquam fugiente rosa : multumque madenti

Infiidere comse, quod nondum evanuit aura,

Cinnamon, externa nec perdidit aera terra ;

Adveetumque recens vicinee messis amomum.

PharsaL, lib. X, v. 154 et seqq.

« On servit dans des vases d'or tout ce que l'air, le Nil et la mer « ont produit de plus exquis, tout ce que l'ambition d'un luxe « effréné a pu rechercher de plus rare. Ce n'est pas aux besoins de « la nature, mais aux délices de la table qu'on immole dans ce fes- « tin une foule d'animaux, qui sont des dieux sur le Nil. Des urnes « de cristal versent l'eau de ce fleuve, la plus flatteuse au goût qui « soit dans l'univers. De profondes coupes de pierre précieuse re- « çoivent le jus précieux des vignes de Méroé, cette liqueur qu'un M soleil ardent fait bouillonner, et à laquelle il donne en peu de temps a la maturité d'une longue vieillesse. Le nard odoriférant et la rQse, « qui ne cesse de fleurir dans ces climats, couronnent le front des M convives ; leurs cheveux distillent les parfums que ces bords « mêmes font éclore, et dont la subtile essence ne s'est point éva- « porée, comme quand ils passent sur des bords éloignés. »

Trad. de Marmontel.

2. Mais leur éternel persécuteur, Bacchus, va tenter un dernier effort.

Les enfants de Lusus ont repris la route de l'Orient ; un pilote fidèle éclaire et dirige leur navigation ; ils vont toucher enfin cette terre tant désirée ; et, dans le moment même où le lecteur partage leurs espérances et leur sécurité, le poëte ramène sur la scène leur éternel persécuteur. Le ciel est pour Gama ; Bacchus lui-même est contraint de fléchir sous l'irrévocable loi du Bestin ; mais sa fureur est toujours la même. S'il ne peut s'opposer au triomphe des Lusitaniens, il peut encore leur susciter d'horribles traverses. Ainsi, dans V Odyssée, Neptune, qui voit Ulysse échapper à la tempête, s'écrie : Misérable j ouet des vagues, gémis sous le poids de ma colère jusqu'à ton arrivée chez les Phéacien^ race chérie de Jupiter. (Liv. V.) Ainsi dans V Enéide, Junon, forcée de céder à la fortune des Troyens, ne peut se résoudre à abandonner sa proie :

Fiectere si nequeo superos, Acheronta movebo.

Lib. VII, V. 312.

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