‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 157 sur 223 · Que ne vas-tu, dans ton ardeur belliqueuse, conquérir · texte numérisé non relu

Que ne vas-tu, dans ton ardeur belliqueuse, conquérir

les bords du Cinyphe et du Nil ?

Le Cinyphe est une rivière d'Afrique qui prend sa source dans le Biledulgérid, traverse le royaume de Tripoli, et se décharge dans la Méditerranée, à l'orient áeLebda, anciennemeni Leptis . Cette rivière est désignée, dans le Dictionnaire géographique deBaudrand, sous le nom de Macres.

7. Que dirai-je de ces peuples qui laissent s'éteindre dans la

mollesse les souvenirs d'une antique valeur?

L'Arioste est plus sévère encore que Camoens envers l'Italie, telle que les dissensions civiles et la corruption des mœurs l'avaient faite à cette lépoque :

0 cl' ogui vizio fétida sentina !

Dormi Itália imbriac' e non ti pesa Ctie ora di questa gente, che ora di quella Ctie già serva ti fù, sei fata ancella.

Italie, en vertus, en héros si féconde, Autrefois la maîtresse et l'exemple du monde! vile esclave aujourd'hui, tu rampes sous la loi Des mêmes nations qui rampaient devant toi.

<s. Seriez-vous donc sortis de cette fatale semence que Cadmus^ etc.

Cadmus avait tué, dans la Béotie, près dela fontaine de Uircé, un énorme dragon. Par l'ordre de Palias, il sema les dents du monstre, et il en naquit des hommes tout armés, qui s'entre-tuèrent sur-lechamp. Ovide a décrit, avec autant d'élégance que de précision, cette étrange métamorphose :

Paret, et, ut prcsso sulcum patefecit aratro,

Spargit humi jussos, mortalia serniua, dentes.

Inde, fide majus, ^lebœ cœpere nioveri,

Primaque de sulcis acies apparult hastœ.

Tegoiina mox capilum picto nutantia cono; >

Mox humeri pectusque, onerataque brachiatelis

Exsistunt, crescitque seges clypeata virorum^

Sic, ubi tolluniur festis aulœa theatris,

Surgere signa soient, primumque ostendere vultum,

Caetera paulatim, placidoque educfa tenore

Tola patent, imoque pedes in margine ponunt.

Territus hoste novo Cadmns capeie arma parabat :

« Ne eape, de p(ii)ulo, quem terra creaverat, unus

« Exclamât, nec te civilibus insere bellis! »

Atque ita terrigenis rigido de fratribus unum

Cominus ense ferit ; jaculo cadit eminus ipse.

Hic quoqiie, qui leto dederat, non longius illo

Tivit, et expirât, modo quas acceperat auras ;

Exemploque pari furit omnis turba, suoque

Marte ca'dunt subiti per mutua vulnere fratres.

Jamque brevis spatium vitae sorlita juventus

Sauguineam trepido plangebant pectore matrem.

3Ietamorph., lib. lll, v. 104 et seqq»

Le héros obéit : il prend les dents horribles, Jette dans un sillon ces semences terribles, Et tout à coup (à peine il en croit ses regards) Il voit croître d'abord des pointes de longs dards, Puis des casques d'airain à l'aigrette mouvante. Des épaules que ceint une armure pesante. Des bras armés de traits, chargés de boucliers, Enfin une moisson d'innombrables guerriers. Ainsi, lorsqu'au théâtre un tapis se déroule, Des figures qu'il peint aux regards de la foule, Le visage, les bras, et le buste et les pieds, S'élèvent par degrés *,^ tour à tour déployés. Contre tant d'ennemis nés soudain de la terre, Cadmus, le fer en main, se prépare à la guerre. « Cesse, lui dit l'un d'eux, c'est assez de nos coups : « La discorde, sans toi, le veng'era de nous. » Il dit : déjà sa main dans le sang est trempée ; Dans le flanc du plus proche il plonge son épée. D'un trait lancé de loin, lui-même il perd le jour; Et celui qui le perce est atteint à son tour. Une égale fureur à l'envi les anime ; Le meurtrier de l'un, de l'autre est la victime; Ils ont tous leurs vengeurs comme leurs assassins. L'instant qui les vit naître a fini leurs destins : Tous, sanglants, renversés, percés des coups d'un frère, Expirent palpitants sur le sein de leur mère.

Saint- Ange.

* Sur la scène antique, la toile des décorations se déroulait en s'élevaut.

9. Ces foudres d'airain qu'inventa le démon de la guerre, etc.

On rapporte à l'année 1375 l'invention de l'artillerie. Pétrarque, dans un de ses dialogues latins, déplore amèrement cette découverte. Non erat satrs de cœlo tonantis ira Dei immortalis^ nisi homuncio (o credulitas juncta superbiœl] de terra etiam tonuisset. « N'était- « ce point assez que, du haut du ciel, la colère de Dieu tonnât sur la « tète des mortels? Fallait-il donc que, superbes imitateurs de Dieu, « les faibles mortels eussent aussi leur tonnerre ! »

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