‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 159 sur 223 · Ils suivent les préceptes de ce Grec fameux, etc · texte numérisé non relu

Ils suivent les préceptes de ce Grec fameux, etc

Pythagore. 11 voyagea dans les Indes, et en rapporta ses principaux dogmes, tels que la métempsycose, l'abstinence des viandes, la contemplation, etc. Les Brahmanes ne furent point ses disciples, comme l'auteur semblerait l'avoir pensé; c'est Pythagore qui se fit le disciple des Brahmanes. Mais il coordonna les doctrines qu'il leur avait empruntées, et les réduisit en préceptes. C'est dans ce sens qu'il faut entendre l'expression de Camoens : Ils suivent les préceptes de ce Grec fameux qui, le premier, donna aux dépositaires de la science le nom d'amis de la sagesse.

Rappelons à nos jeunes lecteurs que le mot de philosophie est formé de deux mots grecs, phileô, j'aime, et sophia, sagesse; et ajoutons que, par une extension abusive ou par ironie, on appelle quelquefois philosophes certains écrivains du dernier siècle, qui, s'égarant dans de vaines théories, ont attaqué les principes sur lesquels reposent toutes les sociétés humaines bien organisées. Tout ce qui tend à rendre l'homme meilleur, à élever son âme, à donner à ses idées plus de rectitude et d'élendue, est de la philosophie. Tout ce qui tend à produire un effet contraire appartient à des doctrines anti-sociales qu'il faut rejeter avec mépris, de quelque nom qu'on les décore.

20. Là, sous des formes diverses inventées par l'esprit de ténèbres, etc.

La description que Camoens nous donne ici de l'intérieur d'une pagode, ou temple indien, est conforme au récit des voyageurs.

Osorius rapporte, au sujet de cette pagode, un trait qui caractérise l'esprit du temps. Au fond du temple, et dans l'endroit le plus obscur, se trouvait une espèce de sacellum^ dont l'entrée n'était permise qu'aux prêtres des idoles^ et qui renfermait une image que l'obscurité du lieu empêchait de distinguer. Des prêtres en sortirent tout à coup, et, la main tournée vers l'image, prononcèrent un ou plusieurs mots où les Portugais crurent reconnaître le nom de Marie. Le Catual

et les Indiens qui l'accompagnaient se prosternèrent sur-le-champ. Les Portugais, s'imaginant qu'ils invoquaient la mère de Dieu, se prosternèrent comme eux, et récitèrent VAve Maria,

21. Les portiques sont revêtus d'ornements où brille dans tout son éclat l'art merveilleux perfectionné par Dédale.

Ce Dédale, grand ciseleur et grand mécanicien, était d'Athènes. 11 est plus connu par la construction du Labyrinthe de Crète et par son voyage aérien, que par son talent pour la ciselure.

22. Les antiquités de l'Inde y sont représentées avec tant de

force et de vérité, etc.

Cette description des portiques est imitée du premier livre de l'Enéide (v. 456) :

Videt Iliacas ex ordine pugnas, Bellaque jam fama totum vulgata per orbem. 11 voit représentés tous ces fameux revers, Ces combats dont le bruit a rempli l'univers. Deullk.

Elle n'a pas certainement le même charme que les tableaux de Virgile, ces tableaux si attachants où Énée lui-même reconnaît son image mêlée à celles des héros :

Se quoque principibus permixtum aguoscit Achivis. ^neid., lib. [, v. 488.

Maïs les tableaux de Camoens ont un autre genre d'intérêt. Ils représentent les premiers conquérants des Indes; et cette vue était bien propre à exalter l'àme des Portugais, devenus les rivaux de Bacchus et d'Alexandre.

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