Telle est la vérité, ô roi
La réponse de Gama est une réfutation complète des accusations des Maures ; c'est un modèle de modération, de logique et de fermeté. Les discours ne sont pas une des parties les moins remarquables des Lusiades. Au deuxième chant, laharangue de l'interprète de la flotte au roi de Mélinde ; au quatrième, celle de Nuno Alvares Pereira à l'assemblée de Coïmbre; au sixième, celle deBacchus aux dieux de la mer ; ici enfin, le discours de Gama au Samorin, prouvent qu'il existe une alliance intime entre l'éloquence et la poésie. Homère, Virgile, Ovide, Milton, le Tasse, Camoens^ Corneille et Racine, confirment pleinement cette vérité. Le même génie qui fournit au poète des pensées fortes, des mouvements et des iuiages, les fournit à l'orateur. Nascunfur poetœ^ fiunt oratores, est un adage vide de sens.
32. Comme on voit, aux rayons du soleil, l'acier poli ou le cristal d'un miroir, etc.
Cette comparaison est imitée de Virgile :
Laomedoutius héros
C.iiiicta vidons magno curarunn fluctuât aestu , Atque animum nuiic hue celerem nuuc dividit illuc,
la partesque rapit varias, perqiie omaia versât; Sicut atquae tremulum labris ubi lumen ahenis Sole repercussum, aut radiantis imagine Iuikk, Omnia pervolital late loca, jamque sub auras Erigitur, summique ferit laquearia tecti.
j^neid., lib. YIII, v. 19 otseqq.
Cependant le héros, de cent projets contraires Entretient en secret ses projets solitaires, Et, partageant entre eux ses esprits inquiets. Roule, prend, abandonne, et reprend ses projets : Tel, dans l'airain brillant où flotte une eau tremblante, Le soleil, variant sa lumière inconstante. Croise son jeu mobile et son rapide essor, Va, vient, monte, descend, et se relève encor. Et des iiîurs aux lambris rapidement promène Des reflets vagabonds la lueur incertaine. ^
Dklille.