‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 19 sur 223 · VIE DE CAMOENS. XXI X · texte numérisé non relu

VIE DE CAMOENS. XXI X

« lieu de peuples, de langues^ de coutumes, de cieux et de « caractòres divers, et cela pour te suivre d'un pas diligent, (( Fortune inconstante^ qui consumes nos années en nous « présentant des espérances qui, de loin, brillent comme « des diamants, et qui, tombées de tes mains, ne sont plus « qu'un verre fragile.

« La pitié des hommes me manqua. Je vis, au premier pé- « ril, mes amis se tourner contre moi. Au second, je ne trou- « vai plus de terre où poser mon pied. On me refusa l'air « pour respirer. Enfin, le temps et le monde me manquè- « rent. Quel mystère incompréhensible! naître poiir vivre, « et m'apercevoir que je manquais, pour vivre, de tout ce « que le monde possède à cette fin ! Ne pouvoir pas même « me débarrasser de cette vie, que j'ai si souvent risquée! « Il n'y a pas de détresse, pas de dangers, pas de tristes évé- « nements, pas d'injustices commises par ceux que l'ordre « confus du monde et d'anciens abus élèvent au-dessus des « autres, que je n'aie soufferts, attaché à la fidèle colonne « de ma souffrance, ce pilori que l'implacable persécution « du malheur a mille fois brisé et relevé de son bras puis- « sant.

« Je ne raconte pas ces maux comme le matelot^ après « une violente tempôte, raconte ses périls dans un port « joyeux. Aujourd'hui même, la Fortune houleuse me sou- « met à de si grandes misères, que je crains de hasarder un « seul pas. Je ne cherche plus à détourner les disgrâces qui « m'arrivent ; je ne prétends plus au bien qui me manque. « Pour moi, toute l'habileté humaine est impuissante; c'est « d'une force souveraine, c'est de la Providence divine que « je dépends. Cette pensée, bien claire pour moi, m'offre sou- « vent une consolation dans mes malheurs; mais quand, « vaincu par la fragilité humaine, je jette un regard sur le « cours du temps S et n'en rapporte que le souvenir des au- « nées si tristement écoulées, alors l'eau que je bois et le

1 Je lis :

Oá olhos nu que corre, e n.lo alcançii, et nou

Os olhos na que corre, e nâo alcança,

qui offre un mauvais sens.

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