‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 21 sur 223 · SONNET XIX · texte numérisé non relu

SONNET XIX

« 0 mon âme charmante *, qui as pris si tôt congé de « cette triste vie, repose là-haut dans le ciel éternellement, (( et que je vive, moi, sur cette terre, toujours triste ! Si là- (Í haut, dans la demeure céleste où tu es montée, il est per- « mis de se souvenir de notre monde, n'oublie pas l'amour « ardent que tu as vu briller si pur dans mes yeux; et, si tu « crois que le chagrin qui m'est resté du malheur sans re- « mède de t'avoir perdue mérite de toi quelque retour, de- « mande à Dieu, qui a abrégé tes années, qu'il m'enlève « d'ici pour te revoir, aussi vite qu'il t'a enlevée. »

Dom José Maria de Souza, celui des biographes de Camoens qui a le plus attentivement étudié cette partie de l'histoire de notre poêle, pense qu'il n'apprit la mort de sa maîtresse que longtemps après avoir quitté les Moluques, et seulement en 1564^ Voici nos raisons pour la placer ici.

Nous ne savons avec certitude que deux choses sur la maîtresse de Camoens ; elle était dame du palais^ et mourut jeune. Cette dernière circonstance a fait penser à plusieurs biographes qu'elle était morte avant le départ du poète pour Goa. Je ne puis admettre cette supposition, contredite par plusieurs pièces évidemment composées dans l'Inde, et qui sont toutes pleines d'elle ^ On doit, pour accorder les vers du poète avec la tradition, n'éloigner la mort de cette jeune femme que le moins possible de l'arrivée de Camoens dans l'Inde. La dernière pièce qui lui soit adressée est la canção sixième, écrite à ïernate, et qui peut être datée de 1557. Nous croyons donc que la maîtresse de Camoens mourut vers 1*555; il fallut bien deux ans pour que ce malheur allât trouver notre poète à l'extrémité du monde.

Dans sa résignation douloureuse à ses malheurs passés,

1 Les traités de versification portugaise blâment très-ridiculement l'équivoque de Aima minha et maminha.

2 Voyez une lettre adressée par Dom José Maria à M. John Adamson. [Memoirs of the life of Luis de Camoens, t. I, p. 96.)

3 L'élégie première et les cauções X, XI et YI.

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