‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 3 sur 223 · VIE DE CAMOENS. VII · texte numérisé non relu

VIE DE CAMOENS. VII

très-ilkisire, de vassal de Dom Afonso V. Il servit bien ce prince en Afrique et en Castille, de 1438 à 1481. 11 habitait Coimbre, où il exerça plusieurs grandes charges et où il a un magnifique niausok^e dans le cloître de la cathédrale ; mais, longtemps avant 1624, le cintre de cette chapelle était muré, dit Manoel de Faria Severim, parce qu'il n'y avait plus personne de cette branche des Camoens pour en prendre soin.

On ne sait rien d'Antonio Vaz de Camoens^ si ce n'est qu'il épousa Guiomar da Gama, parente de l'illustre Vasco da Gama, et qu'il eut pour fils Simâo Vaz. Celui-ci prit pour femme Anna de Sa e Macedo, d'une famille noble de Santarém, et fut le père du prmce des poètes de son temps j de Luiz DE Camoens.

Lisbonne, Coimbre et Santarém se disputent l'honneur de l'avoir vu naître ^ Les plus fortes présomptions sont pour Lisbonne. Deux contemporains de Camoens, Pedro de Mariz et le hcencié Manoel Corrêa 2, nous apprennent que son pore était né dans cette ville^ et nous savons qu'il l'habitait encore en 1550. Si nous cherchons des preuves dans les vers du poëte, nous trouvons qu'il appelle à tout instant le Tage, meu Tejo, et les Nymphes de ce fleuve, Nymfas minhas, expressions caressantes et filiales^ qu'il n'a jamais employées pour d'autres fleuves, môme pour le Mondego. Enfin, lorsque , banni de Lisbonne, il fut obligé de se retirer à Santarém, il se compara, dans sa troisième élégie (0 Sulmonense Ovidio desterrado), à Ovide exilé de sa patrie. 11 ne semble pas qu'il pût reconnaître plus formellement Lisbonne pour sa ville natale.

11 ne s'est pas élevé moins de controverses sur Tannée de sa naissance. Le docteur Manoel de Faria Severim ^, son plus ancien biographe après Pedro de Mariz, le fait naître

1 On a fait valoir en faveur d'Alemquer, village à huit lieues de Lisbonne, les deux vers suivants de Camoens :

Criou-me Portugal, na verde e cara Pátria minha Alemquer ;

mais ce n'est qu'une méprise : la suite de ce sonnet prouve que c'est ici l'épitaphe d'un soldat mort dans l'Inde.

2 Voyez, à la suite de cette notice, la liste raisonnéc des principaux historiens de Camoens.

3 Voyez la même liste.

vin VIE DE CAMOENS.

SOUS le règne de Dom Manoel, en 1517, et Manoel de Faria e Souza (dans sa seconde vie) en 1524. La preuve apportée par Faria e Souza est un extrait des registres de la maison des Indes de Lisbonne, pour Tannée 1550. Cette pièce est ainsi conçue :

« Luiz de Camoens, fils de Simâo Yaz et de Anna de Sa, « demeurant à Lisbonne en la Mouraria (quartier des Mau- « res), écuyer, âgé de vingt-cinq ans, de barbe rousse, a « donné son père pour répondant. 11 part sur le vaisseau le « Sâo Pedro dos Burgalezes, sur lequel le vice-roi Dom « Afonso de Noronha se rend aux Indes. »

Si, comme le dit cet acte, Camoens était âgé de vingt-cinq ans en 1550, il est né en 1525 ou 1524.

Cependant, comme malgré cette preuve, qui semble péremptoire, l'opinion de Severim a été suivie dans ces derniers temps, notamment par madame de Staël ^ il faut examiner sur quel fondement elle repose. Severim ne cite d'autre autorité que celle de Manoel Corrêa, qui fut l'ami, le biographe et comme le Brossette de Camoens. Or, Corrêa, au lieu indiqué, ne parle ni de l'année 1517, ni d'aucune autre date. En y regardant même de plus près, on trouve dans Corrêa l'opinion adverse. 11 note sur la stance 9 du dixième chant des Lusiades, que Camoens avait quarante ans et plus quand il l'écrivit, et plus loin, sur la stance 119, que le chant dix fut composé en 1570. Or, si Camoens était né en 1517, il aurait eu non pas quarante ans, mais cinquante ans et plus en 1570. Enfin, Severim lui-même ne persévère pas dans son premier avis. Il fait mourir Camoens en 1579, à l'âge de cinquante-cinq ans, ce qui revient aie faire naître en 1524.

Si l'on en croyait une tradition accréditée par Pedro de Mariz, les malheurs de Camoens auraient commencé avec sa vie. L'année môme de sa naissance, son père Simâo Vaz, capitaine de vaisseau, allant aux Indes, aurait échoué sur des bas-fonds en vue du port de Goa, et, ayant gagné la terre, il serait mort quelque temps après dans cette ville. Ce récit est formellement démenti par l'extrait des registres de la maison des Indes, que nous avons cité plus haut, et

1 Biographie universelle, art. Camoens.

Page 1