VJE DE CAMOENS. XXXIX
naufrage. Camoens a exhalé sa douleur clans les vers suivants :
SONNET CLXXIlï
« Le ciel, la terre, les vents étaient endormis ; les on- « des qui s'étendent sur le sable, les poissons que le soni- « meil engourdit au sein de la mer, reposaient dans le si- « lence de la nuit. Le pécheur Aonio, couché près d'un « endroit où l'eau se ridait sous la brise, prononce en « pleurant le nom chéri qui ne peut plus être que proie nonce : Ondes, disait-il, avant que l'amour me tue, ren- « dez-moi ma nymphe, que vous avez faite sitôt sujette à la « mort. Personne ne lui répond. La mer bat au loin la « grève; le bocage s'émeut doucement; le vent emporte la « \T)ix qu'il jette aux vagues. »
SONNET XXni
« Chère ennemi?, dans les mains de Jaquelle la fortune « avait placé mon bonheur^ il t'a manqué une sépulture sur « la terre, pour qu'il me manquât, à moi;, une consolation. « Eternellement les eaux posséderont ton incompréhensible <( beauté; mais tant que ma vie durera, tu vivras dans mon « âme ; et puissent mes vers grossiers avoir assez de puis- « sance pour te pouvoir promettre une longue histoire de « cet amour si pur et si vrai ! Tu seras toujours célébrée « dans mes chants, et, tant qu'il restera de la mémoire « au monde, mes écrits seront ton inscription funéraire ^' »
Enfin, on ne peut guère douter qu'après avoir perdu cette seconde maîtresse, notre poète, vieillissant comme Anacréon, ne se soit abandonné pour une belle esclave indienne, nommée Barbara, à un amour qui paraît avoir été plus sensuel que passionné. Dans une ode érudite (la dixième), il accumule tous les exemples qui peuvent excuser sa faiblesse; il cite Salomon, Aristote, et surtout le vaillant Achille, qui aima une captive troyenne. Cette ode, un peu pédante, ne vaut pas les Endechas que lui inspira ce dernier attachement, qui calmait son ame et où il croyait trouver la fin de tous ses maux.
1 Le sonnet 170 paraît se rapporter aussi au naufrage et à la mort de cette jeune femme.