SONNET LIX
« Qui gît dans ce grand sépulcre ? Quel est celui que dé- « signent les illustres armoiries de ce massif écusson? — « Rien ! car c'est à cela qu'arrive toute chose ; mais ce fut « autrefois un être qui possédait tout et qui pouvait tout.
« 11 fut roi, et il remplit tous les devoirs d'un roi ; il fit « avec un soin égal la paix et la guerre. Que la terre lui « soit aussi légère à cette heure que son bras fut autrefois « pesant au Maure farouche !
« Serait-ce Alexandre ? — Que personne ne s'y trompe ; on « estime plus celui qui sait conserver que celui qui n'a su « que conquérir. — Serait-ce Hadrien, ce puissant maître du « monde ?
« — Il observa mieux les lois d'en haut. — C'est donc Nu- « ma ? — Non : c'est Joao III de Portugal, et il restera sans « second. »
Faria e Souza croit que Camoens composa vers cette époque sa onzième églogue, qui fut publiée frauduleusement, comme plusieurs autres de ses poésies diverses, dans les œuvres de Diogo Bernardes ^ Cette églogue est empreinte d'un profond sentiment de tristesse.
Dès les premiers temps de son retour à Lisbonne, Camoens se lia d'amitié avec un écrivain distingué, le licencié Manoel Corrêa, curé de Saint-Sébastien et examinateur synodal de l'archevêché de Lisbonne. C'est à ce digne et savant homme que nous devons de connaître les traits de Camoens; il fit faire un portrait de l'auteur des Lusiades, portrait que Faria e Souza a fait depuis graver, en regard du sien, dans son Commentaire des Lusiades de 1639.
1 Ce poëte, qui n'était pourtant p?is sans mérite, est accusé par quelques critiques de s'être approprié plusieurs égiogues et neuf sonnets de Camoens, et d'avoir ullérc d'autres pièces du môuic poëte, pour se les attribuer.