VIE DE GAMOENS. XLV
Déjà Mancel de Faria Severim avait publié un buste de Camoens dans ses Discursos vários e políticos, en nous apprenant seulement que l'original appartenait à son neveu Gaspard Severim. Ces deux portraits diffèrent assez peu pour qu'on puisse les regarder comme les copies d'une même peinture '. Dans l'un et l'autre les traits sont nobles et d'une expression sévère. Nous savons, d'ailleurs, par Severim^ que Camoens était de taille moyenne ; qu il avait le visage plein, le front proéminent, le nez fort, la barbe et les cheveux d'un blond qui tirait sur le safran. « Quant à son humeur, dit le môme écrivain, elle était gaie et facile ; mais, avec l'âge, il devint un peu mélancolique. » Il faut convenir qu'on aurait pu le devenir à moins.
Cependant Camoens touchait au moment d'achever sa grande œuvre. Son poëme allait enfin voir le jour. Camoens l'avait rêvé à Coimbre, commencé à Santarém, continué à Ceuta ; il en avait presque terminé six chants avant son départ pour l'Inde ^ ; il l'avait repris à Goa, presque achevé à Macao, revu à Sofala. En 1570, il récrivit le dixième chant à Lisbonne, et ajouta une dédicace et un épilogue, où il adressait au jeune roi de mâles et sévères conseils. Honteux de voir le Portugal soumis à deux prêtres ^, il osa dire au faible monarque : « 0 vous que la Providence a chargé du soin de gouverner les peuples, armez-vous de prudence et de • sévérité dans le choix des hommes que vous appelez à vos conseils... L'humble vertu des anachorètes ne doit pas cire la vertu de vos ministres. » Toutefois, le 24 septembre 1571 (et non le 4, comme le disent Faria e Souza et M. Francisco Alexandre Lobo), il obtint, après quelques corrections et suppressions* le real
1 La médaille de Camoens frappée en 1782 a eu pour modèle un portrait peint que possédait le marquis de Niza, neuvième descendant de Vasco da Gama. Celte médaille est gravée dans l'ouvrage de M. John Adamson, t. II, p. 270.
2 iManoel de Faria e Souza a vu un manuscrit des six premiers chants des Lusiades^ de la même main qui avait copié les Décades de Joâo de Barros, et, par conséquent, antérieur au départ de Camoens pour Goa.
3 Luiz et Martim Gonsalve da Gamara, le premier confesseur, le second ministre dirigeant du roi Dom Sébastien.
* Il subsiste quelques traces curieuses des mutilations commises sur les Lnsiades par les examinateurs. Dans l'édition de 1663, que j'ai sous les yeux, les deux octaves 81 et 82 du dixième chaut sont restées en blanc.