XLVI VIE DE CAMOENS
alvai'à qui lui permettait d'imprimer. Il est remarquable que le privil(5ge s'étendait aux chants subséquents que Camoens pourrait vouloir ajouter. Enfin^ en lo72, parurent les Lusiades,
Cette épopée était la première qui eût encore paru dans une langue moderne. Aux charmes d'une poésie ravissante elle joint tout le sérieux de l'histoire et tout l'intérêt d'un voyage de découverte. Elle n'a pour théâtre qu'un vaisseau, pour horizon que le ciel et la mer, pour points de relâche que les petits ports de Mozambique, de Mélinde et de Calicut, où l'équipage aborde à peine ; et, cependant, tel est l'art du poëte, qu'avec si peu de matière, rien n'égale la variété des tableaux qu'il fait passer sous nos yeux. On a dit souvent de Shakespeare qu'il est le meilleur historien de son pays ; on en peut dire autant de Camoens. Il chante, comme l'indiquent le titre et le début de son poëme, tout ce qui fait la gloire du Portugal ; mais il est l'historien et non le flatteur de sa patrie. Peintre enthousiaste des batailles d'Ourique et d'Aljubarota, il gourmande avec rudesse ses contemporains dégénérés. Deux admirables morceaux, trop exclusivement loués, l'épisode d'Inez et la fiction d'Adamastor, sont loin, suivant moi, d'éclipser les autres parties du poëme. Il reste au lecteur des larmes pour d'autres infortunes non moins touchantes, et de l'admiration pour d'autres fictions non moins heureuses. L'apparition de l'Indus et du Gange, l'entrevue du roi de Mélinde et de Gama, qui, par la vérité du costume et des mœurs, produit une si complète illusion ; les sinistres prédictions du vieux Portugais, écho des préjugés vulgaires, qui ne manquent jamais de protester contre l'héroïsme ; l'aventure de Velloso avec les Sauvages, où la gaieté se mêle à l'intérêt ; la scène de mer, si bien décrite, qui précède le récit chevaleresque du tournoi des douze Portugais ; toutes ces beautés et mille autres, gracieuses ou terribles, sévères ou passionnées, se disputent l'admiration. Combien surtout on partage los regrets de Gama, forcé d'ensevelir sur une grève étrangère plusieurs de ses infortunés compagnons ! Qu'elle sort bien du fond de l'âme d'un poëte navigateur cette réflexion mélancoique : « Oh ! que l'homme aisément trouve ici-bas sa dernière demeure ! Un peu de sable remué sur le rivage, quel-